Les rapports entre les institutions publiques et les religions en Europe
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Société et Bioéthique
Les rapports entre les institutions publiques et les religions en Europe Publié le 15/12/2009
En Europe, la question des relations entre les institutions publiques et les autorités ecclésiales se pose de manière très différente dans des pays issus de traditions et de cultures différentes. Le niveau européen devenant incontournable dans le débat public, il convient aussi de s'intéresser aux relations de l'Union européenne avec le fait religieux et les institutions religieuses. (Ière partie). Le message religieux présente en effet un impact direct sur la société et mérite d'être entendu sur certains sujets de pointe, en raison justement de la constance et de la légitimité intrinsèque de ce message (IIème partie). Nous verrons en pratique quels sont les moyens dont disposent les Eglises pour promouvoir dans la société civile les idées qu'elles prônent, et avec quels résultats, tant au niveau des Etats membres qu'au niveau communautaire (IIIème partie).
1. Les relations entre les autorités civiles et religieuses en Europe
A première vue, on peut constater qu'il y a une grande diversité des systèmes nationaux dans les relations qu'entretiennent les autorités publiques, étatiques notamment, et les Eglises, c'est à dire les organes représentatifs des croyants et des croyances.
La question de ces relations se pose de manière très différente selon qu'il s'agisse des Etats ou des organisations multinationales.
A. Les systèmes nationaux
Aujourd'hui, tous les Etats européens reconnaissent la liberté de conscience et de culte dans leurs lois ou constitutions nationales, mais n'accordent pas les mêmes droits, ni les mêmes devoirs aux autorités religieuses. On peut ainsi procéder à une classification sommaire des types d'organisation.
En tant que texte de portée fondamentale et en principe non soumis à des bouleversements réguliers, les constitutions, dont certaines en Europe sont très anciennes ou coutumières, placent l'organisation politique de la Nation sous l'œil d'un Être suprême. La mention de Dieu dans ce type de texte, en général dans le préambule n'est pas le fruit du hasard ou du manque d'imagination du rédacteur, il est un signe fort de ce qui constitue pour le peuple le ciment de l'identité et de l'unité nationale.
On distingue les pays qui invoquent explicitement Dieu (Grèce, Royaume uni, Allemagne, Pays-Bas) et ceux qui ne font qu'évoquer son existence ou reconnaissent comme un fait social incontournable que la majorité des citoyens adhèrent à la foi chrétienne. C'est le cas de la République Tchèque et de la Slovaquie par exemple.
Le Danemark, la Norvège, la Grèce, Malte ou l'Angleterre ont une religion d'Etat, ce que rejettent explicitement les textes allemands ou espagnols qui organisent néanmoins une coopération des Eglises et de l'Etat. Ces deux Etats participent directement au financement des cultes (lieux de cultes et rémunération du clergé). 14 Etats ont un Concordat avec le Saint-Siège qui établit donc le statut de l'Eglise Catholique romaine dans le pays, parmi lesquels le Portugal, la Hongrie ou la Slovaquie qui affirment par ailleurs dans leurs textes constitutionnels respectifs le principe de séparation de l'Eglise et de l'Etat.
L'Italie et la Pologne, pays à grande majorité catholique, ont réussi à trouver des systèmes équilibrés "d'autonomie et d'indépendance réciproque de l'Eglise et de l'Etat", notamment en raison du rôle social fondamental que joue (ou a joué) l'Eglise dans l'Histoire nationale.
La France a une histoire particulière et une conception sans doute unique au monde de la laïcité. La loi du 1905 organisait la séparation des Eglises et de l'Etat à une époque de fort anticléricalisme politique et l'on est tenté depuis de limiter la religion à un phénomène exclusivement privé. De fait, bien que l'Etat ait à sa charge les bâtiments de culte construits avant 1905, il n'en finance aucun et ne doit pas privilégier l'une ou l'autre confession présente sur le territoire de la République. L'Alsace et la Moselle ont un statut particulier de ce point de vue, pour des raisons historiques. Les ministres des cultes catholiques, protestants et juifs y sont donc rémunérés par de l'argent public et l'enseignement religieux y est obligatoire dans les écoles.
En France toujours, contrairement à une idée reçue, la constitution française invoque Dieu et ce dans le préambule de la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789, incorporée à la constitution de 1958 et de même valeur.
Toujours au sein des Etats, en raison du rôle social des institutions religieuses dans la vie quotidienne des citoyens, ces dernières peuvent se voir confier des missions "de service public" ou pour le moins établir des actes d'état civil ayant une portée juridique équivalente à ceux de l'administration. Cela suppose une coopération des institutions civiles et religieuses, une reconnaissance des effets civils d'un acte religieux, comme c'est typiquement le cas du mariage.
Les juridictions civiles et religieuses peuvent être en lien, mais les deux ordres sont séparés, une annulation religieuse de mariage par un tribunal ecclésial n'a pas la portée civile du divorce.
Cette distinction des deux ordres spirituel et temporel n'est pas du goût de tous et certaines revendications apparaissent ça et là en Europe pour lier les deux en matière de droit et de droit matrimonial notamment.
La France reconnaît par exemple les effets d'un mariage musulman polygame régulièrement contracté à l'étranger.
En Grande-Bretagne, un débat a surgit sur l'opportunité de permettre à des ressortissants anglais d'origine musulmane d'être jugés par des tribunaux islamiques, en Angleterre sur les questions familiales notamment. Le projet a été mis dans un placard, mais les fortes pressions communautaires dans ce pays qui juxtapose les communautés, risque de l'en faire ressortir un jour.
En 2007, un juge allemand (proche de la retraite et sans doute par provocation) a refusé de prononcer un divorce demandée par une femme allemande battue régulièrement par son mari marocain, au motif que le Coran autorise un homme à battre sa femme, ce qu'elle ne pouvait ignorer en s'engageant. Cette décision a bien sûr été cassée en appel mais elle est symptomatique.
La carte d'identité de la république de Grèce fait toujours mention de la religion. Les gouvernements grecs ont négocié des arrangements aux accords de Schengen pour restreindre l'accès au Mont Athos, toujours interdit au non orthodoxes et bien souvent aux femmes.
B. Au sein des institutions internationales et de l'UE
Les Organisations Intergouvernementales (OIG) sont en générale des coopérations d'Etats qui s'associent librement pour traiter en commun des questions de dimensions transnationales. Ainsi, la plupart ont un objet technique et ne mettent pas en cause l'identité des Etats. Il peut s'agir de coopérations mondiales (Union postale internationale, Organisation de l'aviation civile internationale, agences spécialisées de l'ONU, etc.) ou régionales (l'antique CCNR, Commission Centrale pour la navigation du Rhin, Organisation pour la Sécurité et la coopération en Europe OSCE, etc.). On comprend aisément qu'il n'est nul besoin de faire mention de Dieu ou que les questions relatives à la foi n'aient pas leur place.
En ce qui concerne l'Organisation des Nations-Unies, OIG à vocation universelle, ou pour le moins élargie, on peut comprendre que la référence à Dieu n'ait pas de place non plus. Aucune formulation n'aurait pu satisfaire l'ensemble des Etats-membres, tant les conceptions, les doctrines religieuses, les cultures induites par les religions, etc. sont fondamentalement discordantes.
Au niveau international, aucune OIG ne se revendique chrétienne en soi, ni même d'une autre religion à l'exception notable de l'OCI, l'Organisation de la Conférence Islamique et de la Banque Islamique de Développement (qui comptent respectivement 56 et 55 Etats), qui font donc de l'appartenance à l'Islam une condition d'entrée et le cœur même de leur action.
L'Union européenne est dans une toute autre situation, particulièrement depuis qu'elle se veut une entité politique à part entière et supranationale.
La genèse de la construction européenne que nous connaissons actuellement remonte aux années 1950, mais n'avait alors qu'un objet limité au charbon et à l'acier puis étendu à l'énergie nucléaire, à l'agriculture, à la création d'un marché commun, d'une union douanière, économique et monétaire, et ainsi de suite avec toujours plus de membres, jusqu'à ce que la question se pose de savoir quels étaient les fondements de cette "union sans cesse plus étroite"1.
Les pères fondateurs de l'Europe, Adenauer, De Gasperi, Schuman, sont tous des chrétiens fervents, encore aujourd'hui cités en exemple par leurs "héritiers" démocrates-chrétiens. Ces pères fondateurs sont parfois vus et cités comme le sont les pères de l'Eglise par les chrétiens2. De fait, la démocratie chrétienne a joué un rôle primordial dans la construction européenne.
Le tournant se fait avec le traité de Maastricht de 1992, lorsque les Communautés européennes se transforment en Union Européenne, créant une citoyenneté européenne, etc.
La devise alors imaginée est reprise depuis par les traités est "Unie dans la diversité", qui reconnait donc la diversité et la pluralité (des langues, cultures, traditions, etc.) mais évoque aussi l'unité. Or cette unité est-elle seulement juridique, objet des innombrables directives bureaucratiques imposées par Bruxelles ou bien trouve-t-elle ses fondements dans l'histoire et dans des racines spirituelles communes.
Le pape Benoît XVI, rappelait à Prague le 27 septembre 2009 que "Quand l'Europe écoute l'histoire du christianisme, elle entend sa propre histoire. Les chrétiens sont tenus de se rassembler pour rappeler à l'Europe ses racines."
L'immense majorité des constitutions évoquent dans le préambule ou dans le corps du texte ce qui identifie la nation, ce qui en constitue les fondements, et cette question s'est naturellement posée à la "Convention européenne" lors de la rédaction du projet de "Traité établissant une Constitution pour l'Europe" entre 2001 et 2004.
De nombreux commentaires ont été fait sur le sujet et il est inutile de s'étendre sur la question, d'autant que le texte a été rejeté par deux fois en 2005, il est cependant important de constater que la religion chrétienne n'est pas évoquée nommément, le préambule commençant par une vague allusion: "S'inspirant des héritages culturels, religieux et humanistes de l'Europe...".
Cette exclusion volontaire du caractère chrétien de l'héritage religieux de l'Europe, (largement l'œuvre de la France) est tout à fait éclairante, lorsque 80% au moins des Européens déclarent être de confession chrétienne (avec des grandes différences d'un pays à l'autre 65% des français, 96% des Polonais, etc.). On peut aussi y voir le signe de la non exclusion de principe de la Turquie.
Les textes européens essayent bien de prévoir une relation institutionnalisée entre les Eglises et les organes de l'Union, mais sa nature même empêche toute considération pratique sur le sujet. Quid du financement des cultes, des relations UE-Saint Siège, des pratiques liées aux religions d'Etat (couronnement, prestation de serment, place du chef d'Etat dans la hiérarchie ecclésiale), de l'enseignement de la religion, etc.
La matière est ainsi infiniment délicate, les Etats ayant des pratiques très diverses sont néanmoins confrontés à l'envahissement des règles européennes qui empiètent peu à peu sur ces questions.
Les institutions européennes sont bien entendu laïques, on ne concevrait plus aujourd'hui en Europe de créer ex nihilo des institutions qui ne le soient pas. Une consultation des Eglises est néanmoins prévue par le Traité de Lisbonne, dans le nouvel article 17 du Traité sur le fonctionnement de l'Union Européenne.
L'article énonce que: "L'Union respecte et ne préjuge pas du statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les églises et les associations ou communautés religieuses dans les États membres. L'Union respecte également le statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les organisations philosophiques et non confessionnelles.
Reconnaissant leur identité et leur contribution spécifique, l'Union maintient un dialogue ouvert, transparent et régulier avec ces églises et organisations."
Avec cet article, on risque à terme de placer toutes les Eglises chrétiennes, au même rang juridique, protocolaire et philosophique que les autres religions et au delà, au même rang que des courants de pensée ou des sociétés philosophiques, en bref, des lobbys. Ce procédé néglige également le caractère particulier de la religion et des institutions qui la représentent dans le monde comme respectivement une dimension spéciale (spirituelle) de la personne humaine et comme garante d'un certain ordre social dans la plupart des Etats membres.
L'UE se rêve déjà comme Etat supranational, doté de ses propres symboles, de ses règles propres, de son statut international et les traités successifs lui confèrent un nombre croissant de compétences, qui ne se limitent plus seulement à des domaines techniques, mais de plus en plus culturels, relatifs à la culture, à l'éducation, aux mœurs et styles de vie.
2. La place du message religieux et du message des religions dans l'espace public
Indépendamment du statut juridique des Eglises en Europe, ces dernières peuvent avoir plus ou moins d'influence dans la société.
Cela n'est pas seulement du fait de l'importance numérique des croyants ou à la bienveillance des dirigeants et décideurs politiques. C'est avant tout parce que le message religieux est utile voire nécessaire à la société, c'est en tout état de cause un message qui trouve une vraie légitimité intrinsèque (A) et particulièrement dans certains domaines, que sont la protection des droits fondamentaux et ce qui touche aux nouvelles technologies ou à la recherche biomédicale (B).
A. La légitimité (sociale) du message des religions
Le message que peuvent apporter les religions dans la société et particulièrement la religion chrétienne, peut en quelque sorte se placer sur un plan différent de celui des institutions publiques, des partis politiques, des groupes de pressions ou des individus, car le message religieux est intemporel et n'est normalement pas conditionné aux modes, aux exigences économiques, aux possibilités techniques, au pouvoir politique, mais il exprime une conception de Dieu et de l'Homme.
Sous la troisième République, en France, période de fort anticléricalisme, on a assisté au rejet de l'Eglise comme institution supposée lutter contre l'Etat républicain et influencer les consciences. La morale républicaine qui devait être inculquée par l'instituteur n'était en définitive rien d'autre que la morale chrétienne "laïcisée". Enseigner "la bonne vieille morale de nos pères"3 a fonctionné un temps mais ce système a des limites.
Nicolas Sarkozy le rappelle dans son discours du Latran en décembre 2007, prononcé lors de sa première visite à Rome en qualité de président de la République Française: "Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s'il s'en rapproche, parce qu'il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d'un engagement porté sur l'espérance"4.
"Car l'Évangile n'est pas une idéologie, il n'a pas la prétention d'enfermer les réalités sociopolitiques toujours changeantes dans des schémas rigides (…), au contraire il répand une lumière nouvelle sur la dignité de la personne humaine"5, dis encore le pape Benoît XVI.
Le message religieux évangélique n'est pas une doctrine politique, il est une vision de Dieu et de l'Homme, il n'y ne doit pas y avoir de contradiction. Au niveau européen il faut prendre en considération le fait que l'Eglise, vue en France comme gardienne le l'ordre moral au sens péjoratif, est perçue au contraire comme la gardienne des libertés et de la vérité dans d'autres pays, particulièrement ceux qui ont vécu l'oppression communiste.
Globalement, le problème est celui du libéralisme philosophique, qui dans une certaine mesure revient à supprimer tout cadre. Les uns considèrent que la liberté individuelle doit être comprise comme la possibilité de choisir soi-même son idée du bonheur et de la morale, tandis que d'autres estiment que l'autonomie de l'individu doit être comprise par référence à un cadre moral qui lui donne son sens et sa portée. La liberté individuelle n'est alors intelligible que par rapport à un ordre moral objectif.
Le besoin de cadres, se fait ressentir. Jürgen Habermas, philosophe non croyant, s'oppose à l'exclusion des Eglises du débat public: "Quand les citoyens sécularisés assument leur rôle politique, ils n'ont le droit ni de dénier à des images religieuses du monde un potentiel de vérité, ni de contester à leurs concitoyens croyants le droit d'apporter, dans un langage religieux, leur contribution aux débats publics"6.
Benoit XVI, dans un débat avec Jürgen Habermas en 2004 affirme que l'Europe a trahi l'héritage des Lumières en séparant radicalement la raison de la foi reléguant cette dernière à un rôle marginal dans la vie privée et publique, ce qu'aucune autre civilisation n'a jamais fait.
Depuis que le Christ lui-même recommandait à ses disciples de "rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu"7, le chrétien est supposé distinguer la dimension temporelle et la dimension religieuse dans sa vie terrestre, ce qui ne signifie pas séparer les deux. Le devoir du chrétien de lutter contre les lois immorales ou l'objection de conscience religieuse, reconnue comme légitime dans une grande partie des pays d'Europe est une manifestation claire de la légitimité de la croyance religieuse personnelle et de ses conséquences publiques. L'objection de conscience s'applique dans les domaines médical et militaire principalement, mais non pas exclusivement.
De la même manière, il est reconnu à tout soldat, le droit à un soutien moral d'un aumônier militaire, quelque soit sa confession, il en va de même des prisonniers (Dans les prisons françaises des corans bilingues français-arabe sont en vente, les Bibles sont plus difficiles à trouver). Les hôpitaux publics ont aussi des aumôneries. Dans ces trois situations, les pouvoirs publics n'ignorent pas et prennent en considération les besoins spirituels ou moraux de la personne.
Paradoxalement, au fur et à mesure que l'on pense voir en Europe disparaître la pratique religieuse chrétienne, les revendications de type communautaro-religieuses se multiplient en provenance des personnes d'origine musulmane. Les revendications communautaires trouvent leur source dans une religion qui ne parvient pas à dissocier la pratique privée du cadre de vie, donc de la société (port du voile, nourriture hallal, séparation des hommes et des femmes, etc.)
Enfin, la loi punit les atteintes injurieuses aux croyances religieuses ou aux croyants et prohibe les discriminations fondées sur la religion, c'est donc bien qu'elle est présente. Les chrétiens réagissent assez peu aux attaques publiques contre la foi chrétienne, qu'elles proviennent des médias, des artistes (ou supposés tels), des intellectuels (ou supposés tels), mais les croyants d'autres religions, surtout parmi les juifs et les musulmans, n'hésitent pas à monter au créneau.
B. Les droits fondamentaux de la personne, questions de bioéthique
Depuis l'époque des Lumières et des premiers catalogues de droits de l'Homme, ces derniers ont toujours reposés sur quelque chose ou quelqu'un qui accordait ces droits en vertu de sa supériorité juridique et morale reconnue, ainsi que son autorité incontestable. Pour accorder des droits à l'Homme, des droits absolus, insusceptibles de changements, il faut être Dieu, et c'est justement sous les auspices divins que ces droits étaient proclamés. Dieu était la source et le garant des droits de l'Homme, car son créateur.
Peu à peu sous l'influence du libéralisme philosophique qui conduit à l'émancipation de l'Homme par rapport à Dieu puis à son oublie et enfin à la volonté de prendre sa place, on a abouti à une situation dans laquelle l'homme s'octroie des droits à lui-même, droits qui en conséquences sont soumis à son bon vouloir, son interprétation changeante au fil du temps, des ajouts, des suppressions.
Les textes européens des droits de l'Homme depuis la Seconde Guerre Mondiale traduisent cette philosophie. La Convention Européenne des Droits de l'Homme de 1949 ne mentionne rien, pas plus que la Déclaration Universelle de 1948, adoptée (sans force juridique contraignante par l'ONU). Seule la Charte de l'Union européenne, élaborée en 1999 évoque dans son préambule le patrimoine spirituel un peu comme si celui ci n'était plus d'actualité8. Ce qui est à comparer avec le préambule de la Charte des Droits de l'Homme en Islam dans laquelle on trouve huit fois le mot Dieu9, sans compter les mots Prophète, Seigneur et autres.
Entre la charte islamique qui soumet tout à Dieu et les textes européens qui soumettent tout à la décision rationnelle de l'Homme, il y a un fossé.
L'interprétation de concepts philosophiques ou la définition du contenu des droits fondamentaux méritent bien la participation des Eglises. Que Dieu soit ou non reconnu comme la source des droits fondamentaux, les Eglises apportent un éclairage fondé sur la référence à la loi naturelle, inhérente à l'Homme et indispensable à une saine vie en société (prohibition du meurtre, du vol, etc.).
La loi naturelle doit être connue et reconnue d'où la nécessité que le message que portent les Eglises soit entendu. Il n'a pas à s'imposer en sa qualité de point de vue religieux, mais il est légitime et doit être entendu dans le débat. La religion n'a pas à édicter de normes particulières pour l'organisation concrète de la vie en société ou à s'opposer à des règles humaines dans le domaine temporel, elle doit apporter son éclairage particulier sur les questions qui touchent l'Homme.
En 1987, la congrégation pour la doctrine de la foi (Présidée alors par le Cardinal Joseph Ratzinger) précise bien que "Le Magistère de l'Eglise n'intervient pas au nom d'une compétence particulière dans le domaine des sciences expérimentales", mais "après avoir pris connaissance des données de la recherches et de la technique" son rôle est de proposer "en vertu de sa mission évangélique et de son devoir apostolique, la doctrine morale qui correspond à la dignité de la personne et à sa vocation intégrale, en exposant les critères de jugement moral sur les applications de la recherche scientifique et de la technique"10.
Le point de vue religieux n'est d'ailleurs pas exclu des centres de réflexions sur la bioéthique, le comité consultatif national d'éthique (CCNE) français comprend 40 membres parmi lesquels11 cinq personnalités désignées par le Président de la République et appartenant aux principales familles "philosophiques et spirituelles" (courants philosophiques et religions catholique, protestante, juive et musulmane), 15 personnalités appartenant au secteur de la recherche et 19 personnalités qualifiées choisies en raison de leur compétence et de leur intérêt pour les problèmes d'éthique.
En matière de droits fondamentaux ou de bioéthique, le message religieux n'est pas celui des moyens, mais celui du sens.
L'interrogation fondamentale de l'homme en la matière n'est pas tant la capacité de faire quelque chose mais l'opportunité de la faire. A tout moment, l'Homme se situe devant un choix entre le bien et le mal qu'il peut faire consciemment ou non. Face à la liberté, il faut un cadre moral pour ne pas se tromper. Déjà, Saint Paul rappelle aux premiers chrétiens cette responsabilité lorsqu'il affirme que "tout est possible, mais que tout n'est pas souhaitable". Au XVIème siècle, les personnages de Rabelais reformulent cet avertissement "science sans conscience n'est que ruine de l'âme". Un avertissement souvent oublié de nos jours.
La dignité humaine est un concept "à la mode" et invoquée régulièrement avec des sens différents. Le concept de dignité humaine est, pour les chrétiens, ce qui justifie de protéger la vie humaine de son commencement (fécondation) à sa fin naturelle, ce qui interdit de fait l'avortement et l'euthanasie. Mais c'est ce même mot de dignité qui, pour les autres, justifie le recours à l'euthanasie comme "droit à mourir dans la dignité" voire même le droit à l'avortement pour permettre "une vie digne" à l'enfant. Savoir si la dignité humaine est soumise à la liberté ou si la liberté humaine ne doit pas franchir les limites de la dignité est un débat complexe, l'apport de la réflexion religieuse n'est pas à exclure de la discussion.
Au sein des institutions européennes, on a pu entendre ça et là des déclarations incroyables de responsables de haut rang. Ainsi le Commissaire à l'industrie dans un débat sur les thérapies innovantes, remet en question la légitimité des réflexions et interrogations morales12, se bornant au résultat immédiat (et plus encore si ce résultat se compte en euros).
Certains messages se heurtent aussi à des obstacles législatifs, l'Eglise catholique reconnaît l'homosexualité comme un comportement désordonné et voit donc une hiérarchie entre l'hétérosexualité et l'homosexualité, de même que dans les applications sociales de ces deux comportements. La loi britannique interdit toute discrimination fondée sur l'orientation sexuelle. Des centres catholiques ont été contraints de fermer, car ils refusaient de confier les enfants à adopter à des couples de même sexe. Par ailleurs, l'Eglise condamne l'acte homosexuel (pas les personnes qui ont ces pratiques), mais un tel discours rentre en contradiction directe avec la loi. Finalement, le droit positif va à l'encontre du message de l'Eglise et l'empêcherait théoriquement de le maintenir publiquement.
En voulant s'affranchir de tout cadre et de la question du sens (portée essentiellement par la vision de l'Homme des religions), les droits de l'Homme ne sont plus qu'une énumération abstraite de principes changeant au grès du temps et des interprétations ou pire des intérêts collectifs ou personnels. En l'absence de référence à quelque chose de supérieur à l'Homme (Dieu, l'être suprême, la loi naturelle), ils perdent le caractère absolu qui leur essence même.
3. L'influence concrète de la religion dans les décisions politiques en Europe
La question se pose là encore de manière très différente selon que l'on se place dans les Etats nationaux ou au niveau de l'UE. Les raisons de ces différences tiennent à l'histoire, aux traditions nationales, mais aussi à la nature et au fonctionnement des organes européens.
A. Au niveau national
Les partis politiques confessionnels chrétiens, quasi impensables en France, sont légions à travers l'Europe. On trouve par exemple la CDU-CSU allemande qui regroupe l'Union Chrétienne Démocrate et l'union Chrétienne Sociale bavaroise, le parti Chrétien Démocrate & Flamand (CD&V) en Belgique, le parti Chrétien Social Luxembourgeois, le parti Christen Democratisch Appèl aux Pays-Bas, l'Union Chrétienne Démocrate (KDH) slovaque, etc. et même en Grèce le LAOS, parti orthodoxe laïc ! Ces partis sont pour une grande part des partis de gouvernement et l'on doit s'attendre à ce qu'ils défendent les valeurs que leurs dénominations portent.
D'autres partis en Europe n'affichent pas le caractère chrétien qui les anime mais sont sur la même ligne, ce qui serait le cas du Partido Popular espagnol ou de Forza Italia.
Dans les droites nationales, très diverses suivant les pays, on trouve beaucoup de formations politiques sans la dénomination "chrétienne" qui, pour une grande part défendent fidèlement les valeurs chrétiennes, comme indissociables de la culture, du patrimoine et des traditions qu'ils défendent. Ces formations ne sont que rarement dans des gouvernements et n'ont donc qu'un impact limités sur les politiques.
Dans certains pays encore, la nécessité de mentionner le caractère chrétien ne se fait pas ressentir, c'est le cas en Pologne où les valeurs défendues sont bien sûr inspirées par les valeurs chrétiennes.
En France, les hommes politiques se gardent bien de montrer des liens trop étroits avec la religion catholique comme en témoigne la déclaration de François Fillon à la sortie de son entretien avec le Pape Benoît XVI à Rome: "Je ne suis pas aussi pratiquant qu'on le répète. Je vais deux fois par ans chez les moines de l'abbaye de Solesmes (commune sarthoise dont il est conseiller municipal) et, de temps en temps, à la messe"13. Où est le mal à savoir que le premier Ministre et catholique et fréquente l'Eglise ? Les politiques se défendent d'être (trop) catholiques mais s'affichent volontiers aux réunions du CRIF ou à la rupture du jeûne au cours du ramadan.
L'appartenance au judaïsme n'est pratiquement jamais revendiquée par les politiques français et peu de personnalités publiques sont musulmanes. Il existe néanmoins un Parti des Musulmans de France qui présent des candidats aux élections locales, comme ce fut le cas à Strasbourg en 2008. Les propositions contenues dans le programme de ce candidat étaient tournées vers l'intérêt communautaires plus que vers l'intérêt général de tous les Strasbourgeois.
Des partis politiques font également un accueil bienveillant à l'islam, pour des raisons électorales ou sociales. La plus part des cas, il s'agit de partis non-confessionnels et même plutôt ultra laïcs. Le parti vert néerlandais a des affiches avec l'inscription suivante en vert: "islam in Europe" (le tout dans un croissant fermé par des étoiles rappelant ainsi le drapeau européen). Pour un parti qui milite pour les droits des homosexuels, la liberté sexuelle ou le droit à l'avortement, il y a quelque chose de paradoxal.
La présence très forte et "monopolistique" de l'Eglise catholique en Pologne, à Malte, en Irlande, au Portugal et dans une moindre mesure en Italie et en Espagne, renforcée la confiance dans l'institution, par une pratique religieuse soutenue et une coopération institutionnalisée avec les pouvoirs publics permettent à de nombreuses législations spécifiques de ne pas évoluer aussi vite que chez les voisins. Cela concerne particulièrement la protection du plus faible au commencement et à la fin de la vie humaine (embryon et personnes âgées malades), mais encore les modes de vie et la société (travail du dimanche, reconnaissance civile des unions homosexuelles, etc.).
Dans ce type de pays on assiste à une proximité entre les politiques et la hiérarchie catholique, qui serait choquante en France. Il s'agit pour le moins d'une profonde connaissance mutuelle du politique et du clergé.
Les groupes de pressions "éthiques" sont très présents par exemple aux USA ou à proximité des Nations-Unies, mais leur méthodes ne sont pas adaptées aux débats politiques nationaux en Europe, au sein des Etats membres, et ils sont habitués à militer en anglais. Ils sont par conséquent assez peu présents au niveau national, mais ne dédaignent pas l'importance qu'ils peuvent avoir au niveau des institutions européennes.
B. Au niveau européen
Au niveau européen, la question est plus délicate, pour diverses raisons évoquées plus haut. D'abord, la construction est laïque et récente, il n'existe pas de religion prédominante comme cela peut être le cas au niveau national, et les institutions ecclésiales qui sont "installées" dans leurs Etats membres, réagissent avec une certaine lenteur face à la construction européenne.
2008 fut l'année européenne du dialogue interculturel, initiative qui vise à échanger, à développer des échanges entre les civilisations et pour le moins à connaître l'autre. Au Parlement européen, tous les intervenants en séance solennelle ont été des dignitaires religieux (le Patriarche orthodoxe de Constantinople Bartholomée Ier, le Dalaï-lama, le grand Rabbin de Londres ou encore le grand Mufti de Syrie sont venu s'exprimer) preuve que l'on ne saurait exclure complètement cette dimension religieuse pour parler avec les autres.
Au sein de l'Assemblée européenne, le groupe du parti populaire européen PPE est doublé du parti politique européen du même nom, parti qui comprend quasiment toutes les formations démocrates-chrétiennes d'Europe, mais également, comme membre observateur associé, l'AKP, Parti de la Justice turc habituellement qualifié par la formule oxymorique "d'islamiste modérée".
Bien souvent, il suffit de quelques députés moteurs, ayant à cœur de défendre certaines valeurs chrétiennes, pour être sur tous les fronts et influencer un vote. Quelques députés connus et reconnus ont joué ce rôle durant le mandat 2004-2009 par exemple Kathy Sinnott (IND/DEM - Irl), ou Anna Zaborska (SK), présidente de la commission des Droits de la Femme, Mario Mauro (IT), Miroslav Mikolasik (SK), du PPE, et d'autres encore.
Il semble que ces moteurs soient moins nombreux dans la nouvelle législature 2009-2014 ou à différentes responsabilités, mais il n'y a pas encore eu de véritables textes tests au cours de cette législature.
Or au niveau européen, de nombreuses questions font débat et touchent directement à des "domaines d'interventions" classiques des Eglises. Il s'agit de la santé génésique dans l'aide humanitaire (promotion de normes de santé reproductive, contraception) de "droits reproductifs" (extension de l'avortement), du financement de la recherche (ce qui inclue la liste des domaines dans lesquels on souhaite intervenir par priorité), les directives ou projets de directives anti-discriminations,
Lors des votes sur les questions épineuses, on assiste à une division non pas toujours en fonction des partis politiques, mais aussi des nationalités.
Parmi les démocrates-chrétiens favorables à l'approfondissement de la construction européenne, à l'accroissement des compétences des institutions de l'UE, il s'en trouve pour réagir vivement lorsque des décisions vont avoir des conséquences en matière de bioéthique par exemple. Ils invoquent alors le principe de subsidiarité, mais c'est déjà souvent trop tard.
Les Eglises ont également des groupes de pressions qui en dépendent de manière plus ou moins directe.
L'Eglise catholique se démarque clairement puisqu'elle dispose, via la nonciature apostolique auprès des communautés européenne d'une première représentation qui n'est autre que la voie diplomatique. Le Pape Jean-Paul II avait à l'époque maintes fois rappelé aux chefs d'Etats européens la nécessité d'inclure clairement les racines chrétiennes dans la constitution européenne en cours d'élaboration. Il a pu faire en sa qualité de chef d'Etat et non pas de "lobbyiste".
Il existe également la Commission des Episcopats des Communautés européennes (COMECE) qui, elle, agit comme n'importe quel lobby. La COMECE a prouvé pendant la campagne électorale européenne de 2009, qu'elle n'assez peu d'esprit critique sur la construction européenne et se fondait volontiers dans le moule de la pensée unique débordant parfois le cadre dans lequel elle devrait s'exprimer (migrations, réchauffement climatique, droit du travail)
Les Eglises protestantes regroupées ont également une association, la CEC, (Conférence des Eglises Européennes CEC-KEK) qui porte leurs valeurs devant les institutions européennes.
Avec les orthodoxes, les catholiques et les protestants ne sont pas toujours bien coordonnés, alors même qu'ils se battent sur les mêmes questions.
Moins présentes au niveau européen qu'au Congrès américain, il existe une multitude de petites communautés ou de sectes politico-religieuses qui se proposent de défendre des valeurs qu'elles pensent chrétiennes (Réseau Ecologique Chrétien Européen, greenfatih, etc.). Leur influence en Europe est fort limitée.
Il existe par ailleurs un certain nombre de groupes de pression non confessionnels qui défendent directement ou indirectement les valeurs chrétiennes. Ils agissent en marge des institutions et sont des lobbys, parfois importés des Etats-Unis avec les méthodes américaines. On peut citer la World Youth Alliance (WYA) qui milite pour la dignité humaine, la responsabilité dans l'éducation (particulièrement en matière d'éducation sexuelle), Care for Europe, New Women for Europe, Matercare International qui militent pour les droits de la Femme, dans le respect de leurs corps et de la famille.
Certaines associations organisent de vastes collectes de signatures ou demandent à leurs militants d'envoyer courrier ou courriers électroniques aux députés européens. Ces pratiques très répandues et efficaces dans les mouvements écologistes ne sont guère utilisées par les groupements chrétiens ou avec une portée bien trop limitée pour être crédibles.
Toujours au niveau des institutions européennes, on assiste aussi à des actions manifestement tournées contre les catholiques ou pour promouvoir des valeurs inverses. C'est l'objet des intergroupes gay, du petit-déjeuner de la libre pensée, ou autres initiatives au sein du parlement européen.
Les lobbys ou associations très divers font également, sous des apparences parfois très sérieuses la promotion des idées contre lesquelles se battent les chrétiens. Les Députés européens reçoivent par exemple des publications promouvant la liberté (quasi totale) de recherche scientifique, qui elle aussi conteste, au nom de la liberté, les restrictions à la recherche et aux manipulations scientifiques14.
Ces lobbys de la liberté absolutisée sont présents et actifs en Europe, ils sont en général dans les mouvances libérales, sociale-démocrates, écologistes et jusqu'à l'extrême gauche.
La foi est partie de l'homme public, du décideur politique, ce qui n'est pas nécessairement un atout au niveau européen comme en témoigne les mésaventures de Rocco Buttiglione, commissaire européen désigné par l'Italie au poste de commissaire aux libertés publiques en 2004, qui pour avoir affirmé ses convictions catholiques et énoncé son point de vue sur l'homosexualité (citant mot pour mot le catéchisme de l'Eglise catholique) a reçu un "veto" du Parlement européen pour exercer cette fonction.
Les votes au Parlement européen peuvent être soumis à une procédure de publicité, appelé "vote par appel nominal", qui permet donc de savoir ce qu'a voté chaque Député sur les textes ou même sur de simples amendements. Ces appels nominaux sont demandés par un groupe politique ou 40 Députés. Cette procédure présente beaucoup d'avantages puisque l'élu est ouvertement responsable de son vote, mais sur certains sujets sensibles, notamment d'éthique, de bioéthique ou autres, cela peut inciter un député à céder à la pression de la pensée unique, ou à ne pas se démarquer de son groupe, etc. C'est un "jeu" parlementaire que de poser des amendements pièges pour forcer les opposants à prendre des positions très tranchées dans un sens ou l'autre et pouvoir bien entendu le dénoncer par la suite.
Conclusion
L'organisation nationale, issue d'une longue pratique a fait éclore dans chaque pays d'Europe un système de relations entre les autorités publiques et religieuses, d'une grande diversité et parfois d'une grande complexité. Ces systèmes, les institutions européennes ne peuvent le condenser en une organisation équilibrée et consensuelle. Pourtant avec l'élargissement des compétences européennes, la voix des religions se doit d'être entendue à ce niveau là également, ce qui se fait très difficilement aujourd'hui et de manière désorganisée. De par sa nature même et sa diversité interne, l'Union Européenne ne se prête guère à l'influence des religions.
Les intérêts qui dominent sont économiques et politiques, l'éloignement par rapport au citoyen dissout la responsabilité des décideurs de l'UE et permet la prise de décisions qui auraient beaucoup plus de mal à passer dans les cadres nationaux. De plus, la technicité des directives européennes, la bureaucratie, la diversité linguistique, culturelle et religieuse nuisent grandement à l'efficacité des actions que tentent parfois de mener les Eglises ou les groupes de pression religieux.
L'influence de la foi d'une grande majorité de citoyens parvient à rester déterminante au niveau d'une Nation fondée sur les valeurs qu'elle porte (le catholicisme en Pologne, l'orthodoxie en Grèce, le protestantisme en Norvège), le cadre politique national permet dans la plupart des Etats l'expression directe ou indirecte des Eglises. Le cadre institutionnel de l'UE en revanche ne s'y prête pas.
Néanmoins, si des revendications identitaires parviennent à trouver un écho favorable au niveau national (particulièrement en provenance de la communauté musulmane), cela paraît pour le moment exclu à l'échelle européenne.
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