| SECURITE MARITIME
Les catastrophes de l'Erika (1999) et du Prestige (2002) ont rappelé que les côtes françaises sont parmi les plus exposées de la planète aux risques de marée noire. Elles ont également mis en évidence la gravité des dysfonctionnements qui affectent le secteur, particulièrement opaque, du transport maritime international, l'un des premiers à avoir été entièrement mondialisé. Les principaux maillons faibles sont identifiés : le scandale des pavillons de complaisance, les lacunes du système d'indemnisation des victimes, l'absence de sanctions pénales encourues par les responsables de pollutions maritimes, un droit international qui privilégie la liberté de navigation par rapport au droit des Etats côtiers à se protéger. Depuis le naufrage de l'Erika, la Commission a mis en chantier de très nombreux textes (les paquets de directives Erika I, Erika II et Erika III) qui, au terme de procédures particulièrement longues (codécision) édictent un flot de mesures dont certaines, si elles sont effectivement appliquées, peuvent avoir des effets utiles (élimination des pétroliers à simple coque, boîte noire obligatoire, meilleur contrôle des sociétés de classification ). Mais cette effervescence législative laisse de côté les deux questions fondamentales qui doivent impérativement être traitées si l'on veut prévenir de nouvelles catastrophes maritimes : celles du bannissement des pavillons de complaisance et de l'établissement d'un régime de responsabilité conjointe. Dans ces deux domaines essentiels, c'est l'action résolue des Etats les plus concernés qui sera déterminante. On doit en effet constater que la mesure la plus efficace prise au cours de ces dernières années en matière de sécurité maritime, ce ne sont pas les multiples directives adoptées par Bruxelles qui l'ont apportée, mais l'accord franco-espagnol conclu au Sommet de Malaga en novembre 2002. S'inspirant d'une loi américaine de fermeté, Paris et Madrid s'appuyant sur le principe de légitime défense préventive font désormais peser une obligation de signalement détaillé sur tous les navires à simple coque de plus de quinze ans transportant du fioul lourd et s'apprêtant à pénétrer dans nos zones économiques exclusives (ZEE). Si le navire apparaît dangereux après un contrôle approfondi, il peut être expulsé hors de la ZEE. D'application immédiate, les mesures de Malaga se sont révélées particulièrement efficaces. La perspective de voir leurs navires dangereux retardés, minutieusement inspectés, voire déroutés et expulsés est l'un des moyens permettant d'inciter les armateurs à se débarrasser définitivement de leurs bateaux poubelles. Il est paradoxal que la Commission européenne ait accueilli avec réserve ce dispositif, qui, plus fort encore, a été condamné par le Parlement européen !
1. Conserver à la sécurité maritime son caractère de mission régalienne, sous la responsabilité et le contrôle direct des Etats membres. 2. S'opposer aux dérives fédéralistes
susceptibles d'affaiblir la qualité de nos dispositifs de défense
contre les marées noires, en particulier : 3. Privilégier la coopération intergouvernementale,
parce qu'elle est la plus efficace. 4. Bannir les pavillons de complaisance couvrant des navires
dangereux. 5. Travailler sans relâche pour obtenir enfin un
régime de responsabilité qui permette l'indemnisation complète
des victimes des marées noires par les pollueurs.
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