| COOPERATION ET DEVELOPPEMENT
Depuis les années 1960, les politiques nationales d'aide au développement déployées par les Etats membres étaient heureusement complétées par un dispositif communautaire, celui des conventions de Lomé. Celui-ci établissait une coopération privilégiée et originale avec une aire géographique correspondant aux régions où l'influence traditionnelle de l'Europe avait créé des liens particuliers : les Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). C'est la France qui avait été principalement à l'origine de ce système, en raison de l'importance de ses liens avec les partenaires africains, caribéens et pacifiques, de son expertise propre en matière de coopération et de sa volonté de développer la francophonie, liée depuis l'origine à une certaine conception de l'aide au développement (voir fiche 15 "Francophonie"). Cette politique était jusqu'ici financée à l'aide d'un instrument intergouvernemental, le Fonds européen de développement (FED), reposant sur des contributions volontaires des Etats membres. Mais cet exemple unique de bonne coopération intergouvernementale nord-sud est aujourd'hui mis en péril par la Commission qui, là comme ailleurs, tend à détruire systématiquement les spécificités européennes pour s'aligner sur les dogmes libre-échangistes. Si cette dérive n'est pas enrayée, notre coopération privilégiée avec les pays ACP se banalisera, se limitant désormais à une aide financière réduite et à des accords de libre-échange standards. - La Commission a peu à peu vidé de sa substance le régime de préférences commerciales qui constituait le cur du dispositif de Lomé. En multipliant les accords de libre-échange tous azimuts, elle a réduit considérablement l'avantage relatif dont les productions ACP bénéficiaient sur le marché européen. - La Commission a finalement obtenu que les Etats cèdent,
y compris la France, sur la communautarisation du budget du FED. Les crédits
du FED seront désormais "budgétisés" (c'est-à-dire
intégrés au budget général de la Communauté),
et donc dilués au sein de l'ensemble des moyens destinés
au financement de la politique extérieure commune. La France s'est
ralliée à cette dénaturation du FED, sous prétexte
qu'elle lui permettra de réaliser quelques économies. Il
s'agit pourtant d'une grave dérive qui ouvre la voie à une
communautarisation intégrale de la politique d'aide au développement
et à une déresponsabilisation générale, du
fait notamment de l'implication obligatoire d'Etats peu motivés.
- La Commission a accepté que nos accords de coopération
avec les pays ACP soient subordonnés aux accords conclus dans le
cadre de l'OMC. - En substituant l'accord de Cotonou (2000) et les
Accords de partenariat économique (APE) à la convention
de Lomé, la Commission a changé l'esprit de notre coopération.
Nos propositions 1. Revenir, à l'occasion des négociations du cycle de Doha appelées à déboucher sur un accord qui se substituera à celui de Marrakech, sur la prétendue supériorité des engagements souscrits dans le cadre de l'OMC, sur les obligations que nous souhaitons contracter avec les pays en voie de développement d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. 2. Remettre en cause la budgétisation du FED qui retire le contrôle parlementaire aux Parlements nationaux. La coopération privilégiée que nous souhaitons maintenir avec les Etats ACP doit continuer à pouvoir disposer d'un instrument spécifique, pluri-annuel, financé et contrôlé par les Etats souhaitant participer à cette politique. 3. Au lieu d'accorder la priorité à une libéralisation
tarifaire indifférenciée, il faut au contraire permettre
aux pays en développement de favoriser leur agriculture et de conforter
leur industrie en les protégeant de manière adaptée.
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