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> INTERVENTIONS PARLEMENTAIRES > Novembre 2003

Session plénière à Strasbourg du 17 au 20 Novembre 2003 :

Programme législatif et de travail pour l'année 2004
Intervention dans le débat
par Georges Berthu, le 18 novembre 2003

Sûreté des navires et des installations portuaires
Intervention sur le rapport Miguelez Ramos
par Dominique Souchet, le 18 novembre 2003

Rapport de progrès sur les travaux de la Conférence Intergouvernementale
Intervention dans le débat
par Georges Berthu, le 19 novembre 2003

Equipements de défense
Intervention sur le rapport Queiro
par Georges Berthu, le 19 novembre 2003

Scandale du programme de promotion de la citoyenneté européenne active
Intervention dans le débat
par Georges Berthu, le 20 novembre 2003

Rapport de progrès sur les travaux de la Conférence intergouvernementale y inclus le volet budgétaire
Explication de vote
par Georges Berthu, le 20 novembre 2003

Accès au marché des services portuaires
Explication de vote sur le rapport Jarzembowski
par Georges Berthu, le 20 novembre 2003

Accès au marché des services portuaires
Explication de vote sur le rapport Jarzembowski
par Dominique Souchet, le 20 novembre 2003

Mini-session additionnelle à Bruxelles des 5 et 6 Novembre 2003 :

Avancement de la Conférence Intergouvernementale
Intervention dans le débat
par Georges Berthu, le 5 novembre 2003

Progrès réalisés par les pays candidats dans la voie de l'adhésion à six mois de leur entrée dans l'Union européenne
Déclaration annexée au débat
par Georges Berthu, le 5 novembre 2003

Question d'urgence sur les sondages de la Commission (Israël et la paix dans le monde)
par Georges Berthu, le 5 novembre 2003

Progrès réalisés par les pays candidats dans la voie de l'adhésion à six mois de leur entrée dans l'Union européenne
Intervention dans le débat
par Dominique Souchet, le 5 novembre 2003

Représentation équilibrée entre femmes et hommes aux élections 2004
Explication de vote sur le rapport Dybkjaer
par Georges Berthu, le 6 novembre 2003


Avancement de la Conférence Intergouvernementale
Intervention dans le débat
par Georges Berthu, le 5 novembre 2003

Le Président du Conseil a commencé son intervention, tout à l'heure, en disant que les propositions de la Convention ne doivent pas être affaiblies par la CIG car elles ont été obtenues par une méthode démocratique. Je ne sais pas de quelle démocratie il s'agit, car la Convention n'avait pas de mandat démocratique pour rédiger une Constitution, elle n'était pas représentative des opinions publiques, et elle n'a d'ailleurs pas procédé à des votes. Ce doit être une nouvelle démocratie à la sauce européenne.

En fait, les dernières réunions de la CIG ont montré qu'un certain nombre de délégations nationales commencent à se poser des questions justifiées. D'abord, les extensions de vote à la majorité sur des matières essentielles comme les contrôles aux frontières, la fiscalité, les perspectives financières, le droit pénal, les services d'intérêt économique général, etc... ne devraient pas être possibles, ou bien l'être en échange d'un filet de sécurité, par exemple un droit de veto pour chaque démocratie nationale, exercé par son Parlement national ou par référendum. Je parle d'un droit de veto praticable, et non pas d'un droit disproportionné comme le droit de sécession, qui n'est pas praticable, évidemment, dans les débats quotidiens de l'Union.

Par ailleurs, on ne peut pas admettre telles quelles les clauses-passerelles, qui permettent de transformer des procédures de décision à l'unanimité en procédures à la majorité, sans avoir à passer par une révision officielle, c'est-à-dire sans avoir besoin de demander la ratification solennelle des peuples. Ce genre de disposition est taillée sur mesure pour favoriser l'implantation d'une Europe gouvernée par des prétendues élites, et grossissant dans le dos des peuples. Si les clauses-passerelles étaient adoptées - et elles sont très nombreuses dans le projet de la Convention - la prochaine révision des traités serait probablement la dernière. Après, il n'y aurait plus besoin que de l'avis du Conseil européen, pas de celui des peuples ! C'est inadmissible.



Progrès réalisés par les pays candidats dans la voie de l'adhésion à six mois de leur entrée dans l'Union européenne
Déclaration annexée au débat
par Georges Berthu, le 5 novembre 2003

Le rapport de la Commission sur les progrès vers l'adhésion réalisés par les pays candidats aligne une série impressionnante "d'avertissements", qui vont sans doute donner à ces pays un avant-goût de l'Europe disciplinaire. Toutefois, ce résultat était inévitable dès lors que l'on n'a pas choisi la méthode d'adhésion la plus sage, celle que nous préconisions dès 1992, qui consistait à créer une grande confédération politique, et à faire ensuite adhérer les pays de l'Est à chaque politique communautaire au fur et à mesure de leurs intérêts ou de leurs capacités.

Le Conseil, sur proposition de la Commission, avait préféré la formule de l'adhésion en une seule fois à un système unifié, conduisant implicitement au super-Etat, et nous allons maintenant en payer les conséquences, car ce n'est viable ni techniquement ni politiquement.

On est par ailleurs frappé de constater que le candidat le plus critiqué, souvent pour des broutilles, est la Pologne, justement le pays le plus libre et le plus pugnace à la Conférence Intergouvernementale.

Quant à Chypre, la Commission commence à se poser des questions au sujet de l'occupation turque. Ce n'est pas trop tôt. Il faut exiger de la Turquie le retrait sans délai de ses troupes.


Question d'urgence sur les sondages de la Commission (Israël et la paix dans le monde)
par Georges Berthu, le 5 novembre 2003

Je voudrais demander des explications à la Commission sur le sondage Eurobaromètre qui place Israël en tête des Etats menaçant la paix dans le monde, devant l'Iran, la Corée du Nord et les Etats-Unis, tous les trois à égalité. D'abord, comment est-il possible de construire un questionnaire présentant une liste de menaces à la paix, en y incluant Israël et les Etats-Unis, et en oubliant le terrorisme international, palestinien ou autre ?

Mais surtout, comment est-il possible de présenter une liste d'Etats menaçant prétendument la paix, en y mélangeant des Etats voyous et des Etats démocratiques ? Ce qui m'effraye, c'est que la confusion mentale des sondeurs n'a d'égale que celle des sondés, qui n'ont pas fait la différence, et qui semblent condamner l'usage de la force dans tous les cas, qu'il s'agisse de l'agression d'un Etat voyou, du terrorisme international ou encore de la légitime défense d'un Etat démocratique. Ce désarmement moral, Monsieur le Président, est l'information la plus terrible pour l'avenir de l'Europe qui ressort de ce sondage.


Progrès réalisés par les pays candidats dans la voie de l'adhésion à six mois de leur entrée dans l'Union européenne
Intervention dans le débat
par Dominique Souchet, le 5 novembre 2003

Je relève tout d'abord que la presse était informée avant-hier du contenu du rapport que vous présentez cet après-midi aux parlementaires : cet ordre des facteurs ne me paraît pas correspondre exactement à ce que devrait être un fonctionnement démocratique des institutions.

Je note ensuite que le bilan des préparatifs d'adhésion traite la Turquie à l'égal des autres candidats, des dix plus deux, paraissant ainsi préjuger de la décision qui doit être prise par le Conseil fin 2004 à son sujet.

Je constate enfin que les dix ne sont pas encore entrés dans l'Union qu'ils sont déjà durement tancés, par la Commission, une Commission qui adopte d'ailleurs une position schizophrène mêlant alarmisme et methode Coué. Faut-il vraiment faire le procès des pays candidats ? Ou bien ce malaise de la Commission n'est-il pas révélateur d'une erreur de méthode fondamentale, qui n'a pas permis de prendre correctement en compte les spécificités de chaque pays dans le processus d'élargissement ? Vous répondrez, sans doute, Monsieur le commissaire : il est trop tard pour se poser cette question. Mais est-ce là, aujourd'hui, une réponse courageuse ?


Représentation équilibrée entre femmes et hommes aux élections 2004
Explication de vote sur le rapport Dybkjaer
par Georges Berthu, le 6 novembre 2003

Il est très bien de vouloir supprimer les discriminations dans les candidatures aux élections, comme le propose le rapport Dybkjaer, mais il est encore mieux de ne pas en ajouter. Or la loi française du 11 avril 2003, qui régionalise le mode de scrutin pour les élections européennes, défavorise nettement les partis petits-moyens.

On peut soutenir dans ces conditions que cette loi enfreint la décision du Conseil des ministres européens du 25 juin 2002 selon laquelle, lorsqu'un scrutin européen se déroulant dans une circonscription nationale unique vient à être régionalisé - comme c'est le cas en France - la réforme doit s'effectuer "sans porter globalement atteinte au caractère proportionnel du mode de scrutin".

Le plus étrange est que la décision européenne de 2002 a été adoptée par la France, conformément à l'article 190-4 du traité, par une loi prise seulement le 16 octobre 2003. Autrement dit, la bonne procédure serait maintenant d'adapter la loi française du mois d'avril à la décision européenne approuvée en octobre !

Malheureusement, il faut aussi constater que rien n'est prévu pour lever une telle contradiction entre la loi nationale et le droit communautaire.


Programme législatif et de travail pour l'année 2004
Intervention dans le débat
par Georges Berthu, le 18 novembre 2003

Monsieur le Président, le programme de travail de la Commission pour 2004 est formellement bien présenté, mais on n'a pas vraiment l'impression, en le lisant, que l'année prochaine va connaître un tournant historique pour l'Union européenne.

Certes, ses priorités doivent être approuvées, en premier lieu la fin de la procédure d'adhésion des dix nouveaux membres et l'insertion de l'Union élargie dans une politique de voisinage établissant un espace de paix et de prospérité, sur la base de valeurs et d'intérêts communs. À cet égard, on voit apparaître la préoccupation d'une lutte plus énergique contre l'immigration illégale, qui est mieux affirmée que dans les programmes précédents. C'est une montée réaliste dans l'échelle des priorités qu'il faudra bien sûr faire suivre d'actions concrètes.

Doit être approuvée aussi la recherche d'une croissance durable, par toute une série d'initiatives dont font partie, entre autres, les objectifs de Lisbonne et les programmes de grands travaux en cours de définition.


On reste perplexe toutefois devant des appels à des coordinations économiques et budgétaires accrues, comme celles du pacte de stabilité, qui risquent, au contraire de renforcer des rigidités négatives pour la croissance.

Enfin, ce programme laisse en suspens de nombreux points d'interrogation. Certains sont inévitables : l'année 2004 est pleine d'incertitudes avec les élections européennes, le renouvellement de la Commission et la Conférence intergouvernementale dont nul ne connaît à l'avance le résultat. D'autres interrogations tiennent à l'élargissement, qui ne se résume pas à une procédure d'adhésion, comme semble le dire le document présenté, mais qui va représenter aussi un tournant dans les méthodes de travail, y compris à la Commission. Ces méthodes de travail pourront-elles continuer comme avant, ce que semble supposer le document, ou faudra-t-il les modifier ? Faudra-t-il, par ailleurs, prendre en compte davantage de différenciation ? Le Président Prodi y a seulement fait une brève allusion à la fin de son intervention, tout à l'heure, mais on aurait aimé que le document aborde plus précisément la question.


Sûreté des navires et des installations portuaires

Intervention sur le rapport Miguelez Ramos
par Dominique Souchet, le 18 novembre 2003

Monsieur le Président, je voudrais faire trois remarques. Première remarque, il me semble que nous sommes appelés cet après-midi à un véritable exercice de schizophrénie. Avec le rapport Miguélez Ramos, nous sommes invités à transposer deux instruments adoptés au niveau mondial par l'OMI, qui visent très opportunément à renforcer la sûreté des installations portuaires dans le cadre de la lutte contre le terrorisme international. Mais avec le rapport Jarzembowski, nous sommes invités à adopter, au niveau européen, une directive sur l'accès au marché des services portuaires qui, en appliquant de manière très dogmatique l'excellent principe de libre concurrence, risque au contraire de porter atteinte à la sûreté de nos ports et de transformer ceux qui ne le sont pas en véritables ports de complaisance. Est-ce pour dissimuler cette contradiction que les deux textes ne font pas l'objet d'une discussion commune ?

Deuxième remarque, nous avons la preuve que l'OMI, qui est évidemment le niveau pertinent en matière de sécurité maritime internationale, lorsqu'elle est aiguillonnée par des États déterminés, n'est pas condamnée à la faiblesse. Les modifications apportées à la Convention SOLAS et au Code ISPS, à l'initiative des États-Unis, le prouvent, ainsi que le relèvement du plafond du FIPOL, adopté à l'initiative de plusieurs États européens. La pression en faveur du transfert maritime responsable, et notamment en faveur de la création d'une zone maritime particulièrement vulnérable dans l'Atlantique et la Manche, proposée par six États européens ne doit donc pas se relâcher.

Enfin, troisième remarque, la Commission profite de ce qui n'aurait dû être qu'une transposition, dans la législation communautaire, de dispositions touchant exclusivement la navigation internationale pour élargir le champ d'application de certaines dispositions au trafic maritime national. Il n'est pas certain que cette dérive, si elle accroît bien évidemment les pouvoirs de contrôle de la Commission, apporte une contribution efficace au renforcement de la sûreté publique maritime.


Rapport de progrès sur les travaux de la Conférence Intergouvernementale

Intervention dans le débat
par Georges Berthu, le 19 novembre 2003

Monsieur le Président, la réunion des ministres des Affaires étrangères de la CIG, tenue le 18 novembre, a notamment abordé un problème très important dont la Convention n'avait jamais vraiment discuté : les clauses de révision du projet de Constitution européenne. Certains ont proposé de s'orienter vers un allégement de l'obligation d'unanimité pour certaines révisions, notamment celle portant sur la troisième partie du projet, celle qui est relative aux politiques de l'Union.

De telles révisions à la majorité sont inacceptables car elles imposeraient des changements du pacte constitutionnel à des peuples minoritaires. L'unanimité doit être conservée et les coopérations différenciées doivent répondre aux éventuelles situations de blocage. Je souligne d'ailleurs au passage que cette troisième partie contient des dispositions essentielles ; qu'elle a été à peine regardée par la Convention et que la Conférence intergouvernementale est en passe de prendre le même chemin. Tout cela prouve bien que cette ambition titanesque de vouloir réécrire d'un coup tous les traités risque de conduire à l'avalisation de politiques contestées sans véritable débat démocratique.

La réunion des ministres des Affaires étrangères a également examiné les nombreuses closes passerelles, particulières ou générales, qui abondent dans le projet. Nous refusons ces clauses passerelles qui ont pour but de contourner la procédure officielle de révision, qui écarteront les parlements nationaux de la procédure et qui rendront celle-ci encore moins transparente aux yeux des citoyens. Évidemment, il n'en irait pas de même si chaque parlement national considéré séparément, ou chaque peuple par référendum, possédait un droit formel d'opposition.


Monsieur le Président, cette nouvelle révision des traités aurait dû avoir pour objet de combler le déficit démocratique, de rapprocher l'Europe des citoyens et de revaloriser le rôle des parlements nationaux. Or la Conférence intergouvernementale ne s'oriente pas dans cette direction, puisqu'elle tend à reprendre à son compte globalement le projet de la Convention qui n'aborde pas le vrai problème de la démocratie et qui éloigne même l'Europe de ses peuples. Nous lui lançons un appel pour qu'elle redresse la barre: il est encore temps avant le compromis du 28 novembre.


Equipements de défense

Intervention sur le rapport Queiro
par Georges Berthu, le 19 novembre 2003

Monsieur le Président, il est clair que si nous voulons développer à l'avenir une coopération crédible en matière de défense - je ne préjuge pas ici de sa forme, de ses limites ou de son statut juridique futur -, il faudra que les États concernés se soutiennent mutuellement en matière d'équipements militaires. Toutefois, la communication de la Commission du 11 mars 2003 à ce sujet se révèle décevante pour trois raisons principales.

Premièrement, elle aborde la question des industries d'armement essentiellement sous l'angle du marché et de la concurrence, parce qu'évidemment c'est là qu'elle détient quelque compétence. Mais c'est un angle extrêmement réducteur, car dans ce domaine les préoccupations de sécurité sont et doivent rester prédominantes. Le moindre coût d'acquisition des matériels est une considération importante, certes, surtout en période de déficit budgétaire, mais ce n'est pas la seule, et de loin. Les États, au nom de leur sécurité, doivent rester seuls maîtres de leurs appréciations. C'est ce que reconnaît depuis toujours l'article 296 du traité sur la Communauté européenne, qui est reconduit tel quel, je vous le rappelle, par l'article 342 de la troisième partie du projet de Constitution européenne.

Deuxièmement, la communication de la Commission a tendance à vouloir trop communautariser, avec codécision, y compris en créant un cadre communautaire des équipements de défense qui voudrait englober, semble-t-il, l'Agence des armements. Une telle communautarisation n'est pas du tout dans l'intérêt de la coopération en matière de défense, qui a besoin de relations intergouvernementales et de géométries variables, sous contrôle des parlements nationaux, pour que les États membres ne soient pas découragés de s'y impliquer.


Je me félicite au passage que cette Agence des armements, qui est en train d'être lancée, finalement, sur la base de l'article 17 du traité sur l'Union européenne, soit de nature intergouvernementale.

Troisièmement, j'ai trouvé au paragraphe 6 du rapport de M. Queiró - et je l'en félicite très chaudement - une notion clé qui est absente de la communication de la Commission, comme aussi d'ailleurs du projet de Constitution européenne, la notion de préférence communautaire. Franchement, mes chers collègues, je comprends mal comment on peut à la fois vouloir une Agence européenne des armements, destinée notamment à promouvoir et coordonner l'harmonisation des équipements militaires, et ne pas engager parallèlement les États membres de l'Agence à acheter ces équipements. Évidemment, cette préférence européenne doit rester souple, car les équipements militaires de haute technologie ne sont pas des produits agricoles et, comme je l'ai déjà dit, les États doivent rester maîtres de leur sécurité. Pourtant, même s'il ne peut être pris d'engagement juridique strict, il devrait au moins exister quelque part une déclaration d'intention dans ce sens. Je remercie encore M. Queiró de l'avoir dit clairement.


Scandale du programme de promotion de la citoyenneté européenne active

Intervention dans le débat
par Georges Berthu, le 20 novembre 2003

Monsieur le Président, le programme d'action communautaire pour la promotion de la citoyenneté européenne active cache, sous un nom pompeux, une basse opération de régularisation de subventions illégales accordées par la Commission à ses amis.

En effet, depuis de nombreuses années, des subventions à des associations dites dans le milieu "à finalité européenne" étaient accordées sans base légale, souvent dissimulées dans la partie A du budget, c'est-à-dire rattachées fictivement aux dépenses administratives de la Commission. Chaque année, nous protestions contre ces subventions accordées sélectivement aux organisations qui font la promotion de l'Europe fédérale – Association Jean Monnet, Mouvement européen, groupes de réflexion fédéralistes divers, etc. –; chaque année, nous refusions de les voter ; chaque année, elles étaient reconduites à une écrasante majorité de cette Assemblée. Or, suite à des observations, ô combien justifiées, de la Cour des comptes, le nouveau règlement financier entré en vigueur en 2002 oblige à leur donner une base légale qui, bien entendu, n'existe pas. D'où la proposition de la Commission, soumise aujourd'hui, qui tend à fournir cette base pour certaines de ces dépenses regroupées dans un programme dénommé "Promotion de la citoyenneté européenne active".

Cette démarche, très révélatrice des us et coutumes communautaires, appellerait de notre part des remarques quasi infinies. Je me limiterai à six d'entre elles.


Premièrement : d'abord, même si une base légale était donnée aujourd'hui, que ferait-on pour les subventions déjà versées dans le passé sans base légale?

Deuxièmement, il est totalement artificiel de monter un programme d'action définissant des objectifs au regard desquels seront évaluées les demandes de subventions, alors qu'on sait très bien à l'avance quelles associations seront finalement retenues.

Troisièmement, les associations subventionnées ont une finalité européenne, du moins telle que définie par la Commission. Les autres sont, par définition, anti-européennes. Quand le Conseil mettra-t-il son nez dans cette affaire, soit pour supprimer toutes ces subventions, soit pour les répartir avec équité entre les différentes conceptions de l'Europe ?

Quatrièmement, les institutions européennes sont en train de mettre sur pied, parallèlement, un financement sur deniers publics des prétendus partis politiques européens. Ne croyez-vous pas que les subventions s'ajoutant aux subventions, le contribuable va finir par être saturé par cette gabegie ?

Cinquièmement, la liste des associations subventionnables mentionnées par le rapport montre qu'on y a entassé des organisations très diverses n'ayant souvent rien à voir avec la citoyenneté européenne, comme le Conseil européen pour les réfugiés et les exilés. Et puisque tout est si facile, le Parlement européen ne s'est pas privé d'en ajouter lui aussi par ses amendements. Et au passage, je m'interroge en plus sur l'Association des conseils d'État et des juridictions administratives suprêmes de l'Union européenne. Comment est-il possible qu'une association de hauts magistrats censés juger en toute indépendance puisse recevoir de l'argent pour promouvoir la citoyenneté européenne active ?

Sixièmement, enfin, la seule base juridique que l'on ait pu trouver pour ce programme est l'article 308 du traité instituant la Communauté européenne, cet article scélérat dont nous avons souvent demandé la suppression, parce qu'il fournit des limites élastiques aux compétences européennes. Ce n'est pas le rapport présenté aujourd'hui qui va nous faire changer d'avis. Mais, après tout, cet article exige l'unanimité au Conseil. Alors, je pose la question : est-ce qu' il y aura un seul gouvernement au Conseil pour être honnête et pour dire non à ce programme truqué qui, d'ailleurs, a, dans son principe, un côté totalitaire, car la citoyenneté européenne, mes chers collègues, doit se ressentir spontanément, par affection pour l'Europe, pour l'Union européenne et ses réussites. Elle ne se fabrique pas à coups de subventions.


Rapport de progrès sur les travaux de la Conférence intergouvernementale y inclus le volet budgétaire

Explication de vote
par Georges Berthu, le 20 novembre 2003

Le Parlement européen est furieux de l'initiative des ministres des finances nationaux qui ont demandé à la Conférence intergouvernementale de réviser profondément les dispositions budgétaires du projet de Constitution européenne. Il estime en effet que ces ministres veulent faire reculer ses pouvoirs, et rétablir ceux des États.

En fait, il faudrait plutôt être furieux du projet de la Convention qui, téléguidée par les institutions européennes, a réussi à placer dans les articles relatifs aux finances de l'Union une très forte montée en puissance des pouvoirs budgétaires du Parlement européen, visant à lui donner les mêmes compétences qu'un Parlement national, sauf pour lever des impôts - et encore, il approuve les "modalités" des ressources propres, ce qui ouvre la porte à une évolution.


Dans la mesure où ce sont les États membres qui financent l'Union - et cette règle est excellente - il est normal qu'ils aient le dernier mot sur le budget, ou au moins sur le cadre financier pluriannuel. Faute de quoi, le Parlement européen serait libre de voter des dépenses correspondant à la conception extensive de ses compétences.

En conséquence, l'initiative des ministres des finances nous paraît justifiée, et nous avons refusé de voter la résolution du Parlement européen.


Accès au marché des services portuaires

Explication de vote sur le rapport Jarzembowski
par Georges Berthu, le 20 novembre 2003

Le projet de directive concernant l'accès au marché des services portuaires, qui faisait l'objet du rapport Jarzembowski, tendait à offrir un cadre juridique transparent aux services commerciaux fournis à titre onéreux aux utilisateurs de ports maritimes, et à les ouvrir à la concurrence.

Cet objectif était excellent, et il devait permettre de rendre les ports français plus compétitifs.

Toutefois, ce texte prenait très mal en compte les questions de sécurité et de contrôle qui relèvent normalement des prérogatives de la puissance publique. En particulier, les services de pilotage n'auraient pas dû entrer dans son champ.

La dernière version du texte, telle que sortie du comité de conciliation, apportait quelques améliorations à cet égard : les autorités compétentes pouvaient limiter ces activités à un seul prestataire pour des raisons de sécurité, et la limitation de la durée d'autorisation avait été abandonnée. Enfin, les États membres pouvaient décider de se réserver ou non l'exercice du droit d'autorisation obligatoire.

Toutefois, même avec ces modifications, la directive demeurait insatisfaisante. Je me suis personnellement abstenu. Elle a été rejetée à une faible majorité.


Accès au marché des services portuaires

Explication de vote sur le rapport Jarzembowski
par Dominique Souchet, le 20 novembre 2003

Les députés du Mouvement Pour la France approuvent l'objectif de transparence en matière d'accès au marché des services portuaires. Les entreprises du secteur doivent bénéficier d'une pleine égalité de traitement.

Pour autant, nous demeurons extrêmement attachés à la sécurité de nos ports. Or, faute de règles suffisamment strictes et de critères de sélection suffisamment rigoureux, un certain nombre d'opérations essentielles de ce point de vue, relevant en particulier de l'auto-assistance et du pilotage pourraient se voir confiées par des armateurs peu scrupuleux à des personnels
d'équipage mal formés et sous-payés, transformant ainsi nos ports en véritables ports de complaisance.

Étant absolument opposés à cette dérive, nous avons voté contre les mesures proposées par le comité de conciliation, lesquelles sont susceptibles de favoriser la désorganisation de services directement liés à la sûreté de nos ports. Nous considérons en particulier que les services de pilotage constituent un service public de sécurité maritime qui ne relève pas de mesures destinées à organiser des services portuaires à valeur commerciale.

Tout juste un an après le naufrage du Prestige, nous condamnons sévèrement l 'attitude conjointe de la Commission, du Parlement et du Conseil, lesquels ouvrent ainsi la voie à un relâchement inopportun en matière de gestion des risques dans nos ports.

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