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> INTERVENTIONS PARLEMENTAIRES > Juin 2003

Session plénière à Strasbourg du 2 au 5 Juin 2003 :

Zones régionales de libre-échange
Intervention sur le rapport Mann
par Georges Berthu, le 2 juin 2003

Lignes directrices pour les politiques de l'emploi des Etats membres
Intervention sur le rapport Schmid
par Georges Berthu, le 3 juin 2003

Réforme de la politique agricole commune
Intervention sur les rapports Souchet
par Dominique Souchet (Rapporteur), le 3 juin 2003

Réforme de la politique agricole commune
Intervention sur le rapport Cunha
par Dominique Souchet, le 3 juin 2003

Eloignement des ressortissants de pays tiers (compensation des déséquilibres financiers)
Explication de vote sur le rapport Arburua
par Georges Berthu, le 3 juin 2003

Accords UE-USA en matière de coopération judiciaire pénale et extradition
Explication de vote sur le rapport Hernandez Mollar
par Georges Berthu, le 3 juin 2003

Zones régionales de libre-échange
Explication de vote sur le rapport Mann
par Georges Berthu, le 3 juin 2003

Adoption du statut des députés au Parlement européen
Explication de vote sur le rapport Rothley
par Georges Berthu, le 3 juin 2003

Préparation du Conseil européen de Thessalonique des 20 et 21 juin 2003
Intervention dans le débat
par Georges Berthu, le 4 juin 2003

Adoption du statut des députés au Parlement européen
Explication de vote sur le rapport Rothley
par Georges Berthu, le 4 juin 2003

Pétroliers à simple coque
Explication de vote sur le rapport Piecyk
par Georges Berthu, le 4 juin 2003

Pétroliers à simple coque
Explication de vote sur le rapport Piecyk
par Dominique Souchet, le 4 juin 2003

Demande d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne
Explication de vote sur le rapport Oostlander
par Georges Berthu, le 5 juin 2003

Emploi et affaires sociales : méthode ouverte de coordination et perspectives du futur
Explication de vote sur le rapport Smet
par Georges Berthu, le 5 juin 2003

Réforme de la politique agricole commune
Explication de vote sur le rapport Cunha
par Dominique Souchet, le 5 juin 2003


Zones régionales de libre-échange
Intervention sur le rapport Mann
par Georges Berthu, le 2 juin 2003

Monsieur le Président, la résolution qui nous est proposée par le rapport Erika Mann comprend, à son paragraphe 21, un appel à la communautarisation complète de la politique commerciale européenne avec compétence exclusive de la Communauté, vote à la majorité au Conseil et codécision avec le Parlement européen.

Nous ne pouvons pas suivre cet intégrisme communautaire, guidé par l'idée selon laquelle seuls les mécanismes supranationaux sont pertinents pour cette politique, afin de favoriser l'ouverture mondiale et le dépassement des nations.
Mais l'ouverture mondiale, pour utile qu'elle puisse être, n'est pas tout. Il faut aussi reconnaître que les pays membres ont des modèles de société et des intérêts fondamentaux à protéger. Il faut donc leur en laisser les moyens et trouver un juste équilibre entre politique européenne et intérêts nationaux, entre contrôle du Parlement européen et contrôle des parlements nationaux. Or, cet équilibre, à notre avis, le rapport Erika Mann ne l'atteint pas.


En particulier, il faudrait reconnaître que les décisions à la majorité qualifiée au Conseil peuvent avoir des effets pervers. Prenons un exemple actuel : la Convention sur l'avenir de l'Europe réfléchit à la possibilité de soumettre toute la politique commerciale à la règle de la majorité, faisant donc disparaître les dérogations reconnues par le Traité de Nice pour certains services essentiels, notamment les services liés à la culture, que ce traité a maintenus dans le champ de l'unanimité.

Le gouvernement français a protesté et demandé le maintien de l'unanimité au motif qu'elle est plus protectrice. Nous l'approuvons. Mais au passage, pourquoi l'admettre là et pas ailleurs ? Au même moment, une association de grandes entreprises essentiellement américaines, International Communications Round Table, écrit obligeamment à la Convention et à la Commission pour vanter la règle de la majorité. On voit bien en réalité que cette règle aurait pour effet de contourner certaines résistances nationales et donc de démanteler nos défenses.

C'est pourquoi nous demandons à la Convention de prendre une vue plus globale et plus équilibrée. D'abord, il faut mieux associer les parlements nationaux. Ensuite, il ne faut utiliser la procédure de la majorité que pour décider des mesures de sauvegarde. Au contraire, chaque fois qu'il s'agit d'abaisser nos protections, les décisions devraient être prises à l'unanimité afin de ne léser personne.

Réponse de M. Lamy pour la Commission :
Monsieur le Président, je n'avais pas l'intention de répondre, les orateurs qui se sont exprimés jusqu'à M. Berthu ayant en gros confirmé notre accord profond sur les principes.

Un mot pour répondre à M. Berthu sur le sujet de l'unanimité ou de la majorité qualifiée en matière de décision de politique commerciale.


Nous sommes, Monsieur Berthu, aujourd'hui et probablement encore plus demain, dans un monde d'éléphants et dans ce monde, les rapports de force, notamment en matière commerciale, se règlent largement au poids.

Si l'Union veut peser de tout son poids, elle n'y arrivera pas avec l'unanimité. L'expérience l'a montré. La situation est simple : soit, dans ce domaine, nous voulons avoir du poids dans le monde qui est et qui sera le nôtre - dès lors alors dans une Europe à vingt-cinq, il nous faut la majorité qualifiée -, soit nous ne le voulons pas - et je comprendrais très bien que ce soit le point de vue de M. Berthu, ceci ne m'étonnerait pas - dans ce cas, il faut effectivement maintenir l'unanimité.

L'idée que l'unanimité est la meilleure garantie du souverainisme trouve, dans les propos de M. Berthu, une expression
supplémentaire. Je n'en suis pas surpris et je voulais le souligner. Ceci est vrai aujourd'hui en matière culturelle, comme dans d'autres domaines.

Réponse de M. Berthu à M. Lamy :
Monsieur le Président, une phrase simplement pour dire à M. Lamy que je ne me suis pas fait le chantre de l'unanimité dans tous les cas. J'ai bien précisé que la majorité pouvait être utile lorsqu'il s'agit de prendre des mesures de sauvegarde, parce que, dans ce cas-là, tous les pays doivent être solidaires. Mais lorsqu'il s'agit d'abaisser nos protections, l'unanimité est, je crois, utile parce qu'il est anormal qu'une majorité puisse imposer des mesures qui lèsent la minorité des États membres.


Réponse du Président aux orateurs :
C'est un débat passionnant. J'aurais souhaité que nous ayons plus de temps, mais malheureusement nous ne l'avons pas.


Lignes directrices pour les politiques de l'emploi des Etats membres
Intervention sur le rapport Schmid
par Georges Berthu, le 3 juin 2003

Monsieur le Président, la proposition de lignes directrices pour les politiques de l'emploi que la Commission présente à la consultation du Parlement est un document nourri de pieuses généralités: améliorer le taux d'emploi global, celui des femmes et celui des personnes âgées, améliorer la qualité et la productivité du travail, renforcer la cohésion sociale et l'insertion, toutes généralités que nous avons déjà entendues cent fois, qui ne nous apprennent rien et qui, sans doute, n'apprendront rien non plus aux gouvernements des États membres.

Pourtant, la stratégie coordonnée pour l'emploi aurait pu être utile, mais il aurait fallu descendre dans un plus grand détail, parler de problèmes plus précis et comparer les pays. Il aurait fallu faire remarquer, par exemple, que le taux de chômage des pays de la zone euro tend vers 9 %, alors que celui des pays "non euro" avoisine 5 %. N'y a-t-il vraiment aucune conclusion à en tirer ? À l'intérieur même de la zone euro, les écarts sont très grands. Sans parler du Luxembourg qui est un cas exceptionnel, on voit, à une extrémité, l'Autriche à 4,2 % ou l'Irlande à 4,5 % et, à l'autre extrémité, la France à 9,3% et l'Espagne à 11,9 %. Devant de telles différences, peut-on vraiment tirer des lignes directrices s'appliquant à tous sans tomber dans l'abstraction, voire l'artificialité ? Je préférerais pour ma part que l'on respecte mieux l'esprit de la coordination ouverte, qui est celui de la diversité, de l'échange des bonnes pratiques, et que l'on parle concrètement des expériences réussies qu'il faudrait diffuser.


Réforme de la politique agricole commune
Intervention sur les rapports Souchet
par Dominique Souchet (Rapporteur), le 3 juin 2003

Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, mes chers collègues, étant double rapporteur, je commencerai, si vous le voulez bien, par présenter le rapport, adopté à une très forte majorité par notre commission de l'agriculture et du développement rural, sur la réforme de l'OCM "céréales" et enchaînerai ensuite avec la présentation de mon second rapport, également adopté à une très large majorité, consacré à la réforme de l'OCM "fourrages séchés".

Commençons donc par l'OCM "céréales". Dans sa proposition de réforme, la Commission européenne, sortant complètement du cadre de la révision à mi-parcours de l'Agenda 2000, prévoyait un véritable démantèlement de l'ensemble des éléments constitutifs essentiels de l'OCM. Quelles sont, en effet, les propositions de la Commission? D'abord, la baisse, la poursuite de la baisse, devrais-je dire, du prix d'intervention, jusqu'à atteindre un prix inférieur au prix de revient, ce qui constitue une approche à la fois antiéconomique et non durable. Puis, la suppression des majorations mensuelles. Ensuite, la suppression de l'intervention pour le seigle, la suppression du prix minimal pour la pomme de terre féculière, la suppression des restitutions à la production pour l'amidon.

La commission de l'agriculture et du développement rural a jugé que ce démantèlement de la plus ancienne et de la plus emblématique des organisations communes de marché n'était ni opportun ni justifié. Sur le prix d'intervention, j'avais proposé, en tant que rapporteur, qu'il soit tenu compte de l'inflation, qui s'élève à 25,5 % depuis la réforme de 1992 et qui porte la baisse effective des prix internes des céréales, en termes réels, à 56 %. Le prix d'intervention des céréales, faut-il le rappeler, est l'index du revenu de centaines de milliers d'agriculteurs.

Notre commission n'a pas voulu d'une baisse supplémentaire, que rien ne justifie, pas même l'évolution des cours mondiaux, que la Commission elle-même estime devoir évoluer à la hausse dans les années à venir. L'absence de baisse des prix que recommande notre commission n'appelle aucune compensation financière et rend donc sans objet la dégressivité.


Pour ce qui est des majorations mensuelles, notre commission de l'agriculture et du développement durable a tenu à rappeler qu'elles correspondent à une charge économique et financière réelle, celle du stockage, y compris la modernisation des silos et leur mise aux normes, notamment en matière de sécurité, et que leur suppression équivaudrait à une baisse supplémentaire, non compensée, du prix d'intervention. La cohérence imposait donc de réserver le même traitement aux deux propositions de la Commission, concernant le prix d'intervention et les majorations mensuelles.

Sur le seigle, pour lequel il existe un réel problème d'excédents, nous proposons de réduire les montants alloués à l'intervention, de façon qu'à l'avenir la culture de cette céréale puisse être concentrée dans les régions où elle constitue le dernier rempart avant la friche et où aucune solution de rechange rentable n'existe.

Quant à l'amidon et à la fécule de pomme de terre, nous avons du mal à comprendre, Monsieur le Commissaire, l'acharnement que met la Commission européenne à vouloir supprimer les dispositifs qui permettent à l'industrie européenne de lutter à armes égales avec les importations. Il s'agit là d'un véritable cadeau fait aux amidonniers des pays tiers, sans qu'aucune contrepartie ait été obtenue pour l'Union européenne. Les propositions de la commission de l'agriculture et du développement rural ne vont donc pas dans le sens des mesures négatives mises sur la table par la Commission, qui ne nous paraissent pas tracer de perspectives de développement positives pour le secteur céréalier.

Venons-en maintenant, si vous le voulez bien, à l'organisation commune de marché "fourrages séchés". Je n'avais, pour ma part, encore jamais vu jusqu'ici un exposé des motifs d'une proposition de la Commission européenne reposant sur une aussi faible argumentation. S'appuyant en effet sur une remarque dépassée d'un rapport de la Cour des comptes, la Commission exécutive entendait supprimer purement et simplement cette organisation commune de marché à partir de la campagne 2008-2009 au motif que, et je cite le rapport de la Cour des comptes : "cette production repose principalement sur l'utilisation de combustibles fossiles pour la déshydratation et, dans certains États membres, sur l'utilisation de l'irrigation". Quelle légèreté et quelle désinvolture, Monsieur le Commissaire, de remettre en cause l'avenir d'une filière entière à partir d'une base aussi mince ! Et pas n'importe quelle filière, une filière qui fournit 15 % des protéines fourragères produites dans la Communauté, une filière qui concerne 150 000 producteurs et 500 000 hectares, une filière qui, pour son volet déshydratation, se compose de 350 unités de transformation et de conditionnement des fourrages, dont la majorité
appartient aux agriculteurs sous la forme de coopératives, et qui ne concerne pas moins de 15 000 emplois. Avez-vous calculé, Monsieur le Commissaire, le montant des budgets publics de développement rural qu'il faudrait mobiliser pour maintenir, en zone rurale, l'activité et les emplois que l'euthanasie de cette filière détruirait ?


Notre commission de l'agriculture n'a donc pas eu de mal à se convaincre que, dans le contexte de déficit en protéines fourragères de l'Union, il serait parfaitement irresponsable de supprimer l'aide aux fourrages séchés. Si notre Parlement adopte le rapport que lui propose sa commission de l'agriculture, il réaffirmera clairement cette position qu'il avait d'ailleurs déjà adoptée dans le cadre du rapport Stevenson, lequel demandait à la Commission qu'elle s'attelle à trouver et à mettre en place rapidement les moyens nécessaires pour diminuer ce très lourd handicap, cette dépendance stratégique, ce monstrueux déficit en protéines végétales qui atteint plus de 75 % de nos besoins. Les Américains, quant à eux, je le rappelle, n'ont pas eu d'état d'âme et n'ont pas hésité à mettre en place, après les accords de Blairhouse, une aide directe au
soja sans que l'OMC s'en émeuve. Alors, pourquoi pas nous ?

Notre commission de l'agriculture a également considéré que le bilan environnemental des fourrages séchés ne pouvait en aucun cas se limiter à une vague considération statique sur la consommation de combustibles fossiles. Si l'on supprimait toutes les activités économiques qui consomment des combustibles fossiles, c'est à pied que vous seriez venu de Bruxelles, Monsieur le Commissaire.


En revanche, la luzerne, qui représente plus de 80 % de la production de fourrage séché dans l'Union, présente dans deux domaines essentiels - le renouvellement des sols et l'économie de produits phytosanitaires - des qualités exceptionnelles. De plus, aucune variété de luzerne n'est génétiquement modifiée en Europe. Cette production, qui assure aux fourrages qui en sont issus une parfaite traçabilité, se substitue donc à des importations qui soulèvent de nombreuses interrogations en matière d'OGM.

Quant à la déshydratation, l'utilisation d'énergie fossile a déjà été significativement réduite au cours des années passées. Mais, il est vrai, une marge de progrès subsiste. Nous proposons donc, et cela en accord avec la profession, la conclusion de contrats de progrès grâce auxquels les unités de déshydratation pourront s'engager à améliorer leurs performances, leur rendement, leur bilan énergétique. Il nous paraît plus constructif de mettre en place, pour cette filière, des dispositifs d'écoconditionnalité que de leur supprimer toute aide.

Notre commission a enfin estimé que d'autres progrès agronomiques et environnementaux peuvent être accomplis par cette profession, dans cette filière. C'est pourquoi nous proposons la création d'un fonds de recherche financé par un prélèvement modique sur les aides allouées à la filière. Telles nous paraissent être, Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, les directions positives dans lesquelles devrait s'engager la Commission exécutive, offrant ainsi à une filière particulièrement sensible et stratégique une tout autre perspective que la destruction, sans autre forme de procès, d'une organisation commune de marché qui est parvenue à préserver jusqu'ici l'une des rares filières dont dispose l'Union en matière de protéines végétales.


Réforme de la politique agricole commune

Intervention sur le rapport Cunha
par Dominique Souchet, le 3 juin 2003

Monsieur le Président, en acceptant, même avec un certain nombre de réserves, d'entrer dans la logique du découplage proposé par la Commission européenne, le rapport Cunha nous invite à faire un premier pas dans la mauvaise direction. Pourquoi ? Parce que le découplage, en introduisant une coupure radicale entre la rémunération de l'agriculteur et l'acte de production, transformerait les aides directes en rentes attachées à la terre, figées dans leur montant, constituant une sorte d'impôt négatif difficilement justifiable aux yeux des citoyens et des contribuables, renchérissant le prix du foncier d'une façon indue et antiéconomique, rendant donc plus difficile l'accès à la profession d'agriculteur et l'installation des jeunes.

Le découplage aurait également des conséquences négatives sur la localisation régionale des cultures et serait donc un facteur de déménagement et non d'aménagement du territoire.

Le découplage a pour but avoué de favoriser notre posture de négociation à l'OMC, mais on voit mal comment l'annonce d'une réforme avant les négociations pourrait nous donner plus de poids.

Enfin, en supprimant tout lien entre la production et l'aide publique, on s'interdit toute mesure d'orientation et de contrôle des marchés, ce qui est la base de toutes nos OCM.

Il faut donc renoncer à cette idée folle et inutile du découplage. Le découplage total serait une erreur totale et le découplage partiel une erreur partielle. Le découplage partiel serait un compromis incompréhensible, un monstre bureaucratique et un système intenable. Il rendrait encore plus complexe une PAC qu'il est urgent de simplifier. Il créerait un nouveau curseur, celui du taux de découplage, que de nombreuses mains ne manqueraient pas de déplacer dans le sens
du découplage total au détriment de notre agriculture, de notre indépendance et de notre sécurité alimentaire.


Eloignement des ressortissants de pays tiers (compensation des déséquilibres financiers)

Explication de vote sur le rapport Arburua
par Georges Berthu, le 3 juin 2003

Le Parlement européen vient de rejeter la proposition de décision du Conseil qui avait pour but d'établir des modalités pratiques pour l'application de la directive relative à la reconnaissance mutuelle, entre les pays membres, des décisions que chacun d'eux peut être amené à prendre pour éloigner des ressortissants de pays tiers. Heureusement, notre Assemblée n'était consultée que pour avis, et ce projet pourra donc finalement poursuivre sa procédure d'adoption. En effet, il nous paraît tout à fait justifié sur le fond, et le Parlement européen cherche à ouvrir là une mauvaise querelle.

La majorité de notre Assemblée a prétendu que l'article 63, paragraphe 3, du traité CE ne pouvait pas constituer une base juridique valable: il évoque bien l'adoption de mesures communes pour le rapatriement des personnes en séjour irrégulier, mais cette disposition autoriserait des mesures de fond, et non des mesures de procédure. C'est une distinction spécieuse, que même la commission juridique n'a pas pu faire sienne.

En réalité, le Parlement européen montre ici son biais habituel pro-immigration: ce qui lui déplaît avant tout dans ce projet, c'est qu'il puisse faciliter le rapatriement d'immigrants illégaux. Evidemment, nous ne l'avons pas suivi.


Accords UE-USA en matière de coopération judiciaire pénale et extradition
Explication de vote sur le rapport Hernandez Mollar
par Georges Berthu, le 3 juin 2003

Les accords Union européenne/États-Unis en matière de coopération judiciaire pénale et d'extradition sont tout à fait nécessaires, en particulier pour lutter contre le terrorisme. Toutefois ils posent pour la première fois la question de l'interprétation des articles 38 et 24 du traité UE, introduits par le traité de Nice, relatifs à la conclusion d'accords internationaux par l'Union européenne dans les domaines des 2ème et 3ème piliers.

Ces articles ont été rédigés et adoptés avec une négligence coupable, malgré les avertissements que j'avais lancés dans mon contre-rapport sur le traité de Nice. Nous en voyons aujourd'hui les conséquences: alors que les parlements nationaux avaient autrefois le droit de ratifier de telles conventions internationales, ils le perdent aujourd'hui, sans d'ailleurs que le Parlement européen ne gagne de son côté un droit équivalent.

Certes, les États s'efforcent maintenant de retrouver un pouvoir national d'examen par le biais de la "réserve constitutionnelle" qui peut leur donner l'occasion de revenir devant leurs parlements nationaux. Mais c'est une solution très imparfaite.

On voit ici les conséquences de traités mal négociés. Il faudrait que la Convention sur l'avenir de l'Europe corrige cela, et réintroduise les parlements nationaux dans le jeu. Malheureusement, elle semble vouloir aller en sens inverse.


Zones régionales de libre-échange
Explication de vote sur le rapport Mann
par Georges Berthu, le 3 juin 2003

Nous avons voté contre le rapport Mann d'abord parce qu'il appelle à la "communautarisation" complète de la politique commerciale de l'Union européenne, ce qui serait nuisible comme je l'ai dit dans le débat d'hier. Mais nous rejetons aussi ce rapport en raison de la stratégie commerciale qu'il défend, erronée à notre avis sur deux points importants au moins.

Premièrement, il expose assez clairement que l'objectif de l'ouverture au commerce international est de conduire à une intégration mondiale, y compris à la "convergence réglementaire". Or s'il est possible d'adhérer à l'idée d'une
intensification des échanges profitable à tous, il faut ajouter aussi - ce qui n'est pas dit dans le rapport - que chaque pays, ou chaque zone régionale, a le droit de protéger son modèle de société.

Deuxièmement, il est beaucoup trop indulgent envers la politique commerciale de l'Union européenne, et en particulier ses adoptions à tout va de zones de libre échange. Ces zones sont utiles si elles traduisent la volonté d'une ouverture maîtrisée. Mais en réalité concernant l'Europe, elles sont si nombreuses et enchevêtrées que personne ne connaît leurs effets réels et qu'elles deviennent plutôt une cause de non-maîtrise de nos relations commerciales.


Adoption du statut des députés au Parlement européen
Explication de vote sur le rapport Rothley
par Georges Berthu, le 3 juin 2003

Sous l'égide du nouvel article 190, paragraphe 5, du traité CE, introduit par le traité de Nice, notre Assemblée vient de préparer un projet de statut unifié des députés européens, qui devrait être soumis au Conseil pour décision à la majorité qualifiée (et non plus à l'unanimité).

Le texte aborde un certain nombre de questions techniques qu'il fallait de toute façon régler dans le cadre de l'autonomie reconnue au Parlement européen pour organiser son bon fonctionnement interne. Mais il va aussi beaucoup plus loin en présentant un statut qui uniformise au niveau européen tous les aspects de la situation du député et coupe des liens essentiels avec son pays d'origine, notamment la rémunération.

Nous l'avons dit cent fois, il faut que le député européen soit payé (comme aujourd'hui) par les citoyens de son pays, qui l'ont élu et qu'il est censé représenter.

La démarche actuelle du Parlement européen correspond implicitement à l'objectif de la mise en place d'un super-État, où les députés représenteraient l'Union dans son ensemble, et non plus le pays qui les a élus. C'est un changement fondamental, quoique subreptice, dont une fois de plus nos électeurs ne sont pas conscients. Par honnêteté envers eux, nous avons refusé de voter ce projet.


Préparation du Conseil européen de Thessalonique des 20 et 21 juin 2003
Intervention dans le débat
par Georges Berthu, le 4 juin 2003

Monsieur le Président, au Conseil européen de Thessalonique, les 20 et 21 juin prochains, le président de la Convention devrait remettre ses conclusions, mais il demandera sans doute une prolongation des travaux. Je crois qu'il faut
considérer cette proposition avec prudence. Il est essentiel que les gouvernements ne se laissent pas coincer entre une date de clôture de la Convention qui serait retardée et une date butoir de la fin de la CIG qui serait inamovible. En effet, la Convention est un lieu d'échanges intéressant, certes, mais il n'en reste pas moins que seuls les gouvernements démocratiquement responsables doivent avoir le dernier mot à la Conférence intergouvernementale et qu'ils ne doivent pas se laisser lier les mains à l'avance.

À cet égard, nous ne sommes pas du tout d'accord avec la demande de la Commission, exprimée tout à l'heure, selon laquelle la Convention devrait remettre au Conseil un texte unique et sans alternative. Cela revient à dire que le Conseil n'aurait pas de liberté de choix, que le pouvoir démocratique serait transféré des gouvernements vers une Convention sans légitimité démocratique. Nous ne voulons pas de cette Europe-là. Nous voulons exactement l'inverse: réenraciner l'Europe dans ses nations.

Certes, le travail de la Convention - rédiger une constitution européenne complète - est énorme, mais c'est elle qui l'a voulu ainsi. Le mandat donné par le Conseil de Nice ne parlait pas de rédiger une constitution et celui de Laeken
n'évoquait cette possibilité qu'au conditionnel et à terme, c'est-à-dire pas pour l'immédiat. Nous pensons que ces Conseils avaient raison. L'Europe n'est pas faite pour adopter la constitution d'un super-État et c'est pourquoi la Convention rencontre en ce moment tant de difficultés.

Le résultat, c'est qu'il va en sortir un document volumineux, difficile à maîtriser, parsemé d'embûches et qu'il va s'avérer nécessaire de le recentrer sur la véritable priorité du moment pour l'Europe, celle qu'on a trop laissée de côté depuis le début à la Convention: un meilleur contrôle par les démocraties nationales.

Pour cela, il faudra peut-être retrouver la véritable méthode communautaire d'origine, aujourd'hui bien oubliée, qui reposait sur deux piliers: le pilier de l'incitation à la coopération avec notamment la Commission et le pilier respect des souverainetés nationales avec notamment le Conseil. Le vice fondamental de la construction européenne d'aujourd'hui, c'est l'abaissement de ce deuxième pilier. C'est lui qu'il faut maintenant renforcer si nous voulons renouer le lien avec les peuples, avec les démocraties nationales.

De ce point de vue, la Convention recule sans cesse. Le contrôle de la subsidiarité par les parlements nationaux a été vidé de son sens. Le congrès des peuples a disparu. La présidence stable du Conseil est violemment contestée par la Commission. Il faut arrêter cet escamotage continu et désastreux des démocraties nationales en réhabilitant le Conseil et en donnant un droit de véto aux parlements nationaux.


Adoption du statut des députés au Parlement européen
Explication de vote sur le rapport Rothley
par Georges Berthu, le 4 juin 2003

Comme on pouvait s'y attendre, la Commission vient de rendre un avis favorable sur le projet de statut des députés européens voté hier, en proposant même d'aller plus loin sur un point: elle demande l'assujettissement
exclusif des députés européens à un impôt communautaire, au nom d'un principe d'égalité de traitement qui n'a pas lieu d'être appliqué ici. En effet, les députés européens sont les représentants de leurs pays respectifs, et ils doivent selon nous être assujettis aux mêmes impôts que leurs concitoyens.

J'ai donc voté "non" à la transmission de ce projet au Conseil. Je maintiens que le statut du député européen doit être national, quitte à ce que chaque pays délègue au Parlement européen la décision concernant quelques questions bien
délimitées qui peuvent concerner le fonctionnement interne de l'assemblée.

Jusqu'ici, le gouvernement français ne nous a pas entendus. Nous espérons encore qu'il va réagir, pour ne pas tomber dans le scénario de Nice: malgré nos avertissements, son prédécesseur avait alors accepté une réduction drastique du nombre de députés européens français, dont tout le monde se plaint maintenant. Il aurait mieux valu s'en apercevoir avant !


Pétroliers à simple coque
Explication de vote sur le rapport Piecyk
par Georges Berthu, le 4 juin 2003

Nous avons fermement approuvé le rapport Piecyk et la nouvelle proposition de la Commission en vue d'accélérer l'introduction des pétroliers à double coque et le retrait des pétroliers à simple coque, tout en durcissant les prescriptions de sécurité.

Ce texte aurait dû être adopté depuis longtemps; Philippe de Villiers l'avait d'ailleurs demandé. Mais après le naufrage de l'Erika en 1999, la Commission s'était laissée entraîner sur des chemins de traverse par l'Organisation maritime internationale (OMI) et le Conseil, comme le Parlement européen, avait eu la faiblesse de la suivre. Il a fallu un autre naufrage, celui du Prestige, pour réveiller tout le monde.

Le texte d'aujourd'hui est plus sain. Il faudrait toutefois l'étendre non seulement aux navires relevant du pavillon d'un État membre ou faisant escale dans un de nos ports, mais aussi à tout pétrolier transitant dans notre zone économique. Il faudra aussi surveiller de près la tenue dans le temps des doubles coques.

Par ailleurs, comme je l'ai dit au cours du débat de la dernière session sur la responsabilité environnementale, il faut remédier à l'insuffisance des capacités d'indemnisation du FIPOL et mettre en place d'urgence un régime d'assurance
obligatoire fonctionnant sur le principe du pollueur-payeur.


Pétroliers à simple coque
Explication de vote sur le rapport Piecyk
par Dominique Souchet, le 4 juin 2003

Que de temps perdu !

On savait depuis décembre 1999, depuis le naufrage de l'Erika et ses dramatiques conséquences économiques, sociales et environnementales, que le retrait des pétroliers à simple coque était inéluctable et urgent.

J'avais demandé, au lendemain du naufrage de l'Erika, l'établissement d'un calendrier prévoyant l'élimination complète des pétroliers à simple coque d'ici 2010. Il m'avait alors été répondu que c'était impossible. Et voici que c'est devenu subitement possible au lendemain du naufrage du Prestige...

Cependant, pour être efficace, cette mesure ne doit pas rester confinée à l'Union, mais être généralisée au niveau international par l'entremise de l'OMI. C'est à quoi doivent désormais s'employer avec détermination les États les plus menacés par les marées noires, au premier chef la France, sans hésiter à employer, comme l'ont fait pertinemment la France et l'Espagne à Malaga, la pression de l'unilatéralisme.


Demande d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne
Explication de vote sur le rapport Oostlander
par Georges Berthu, le 5 juin 2003

Nous avons voté contre le rapport Oostlander sur la demande d'adhésion de la Turquie, bien que le rapporteur ait montré une certaine volonté de nuancer les positions habituelles du Conseil et de la Commission. Il semble donc que le message de la base commence à influencer un peu certains parlementaires.

En particulier, le rapport semble bien mesurer l'immensité du travail qui reste à faire pour implanter des valeurs ressemblant à celles de l'Union européenne, non seulement dans les superstructures étatiques de la Turquie (ce qui impliquerait le démantèlement de l'État autoritaire), mais aussi dans les profondeurs de sa population.

Mais finalement, le rapport Oostlander n'ose pas briser le tabou, et continue à faire semblant de croire que, à la fin de 2004, il sera envisageable d'ouvrir vraiment les négociations d'adhésion avec la Turquie, si elle fait d'ici là des efforts pour satisfaire aux critères de Copenhague.

Nous pensons pour notre part qu'il faut être plus réaliste, et ne pas sous-estimer les différences profondes entre la Turquie et l'Europe. En tout cas, nous demandons que les peuples ne soient pas mis une fois de plus devant le fait accompli et qu'ils soient consultés avant toute ouverture de négociations.


Emploi et affaires sociales : méthode ouverte de coordination et perspectives du futur
Explication de vote sur le rapport Smet
par Georges Berthu, le 5 juin 2003

Je mets au défi quiconque, à la lecture du rapport Smet, de comprendre à quoi correspond exactement la "méthode ouverte de coordination". Ce n'est pas la faute du rapporteur puisque la Convention elle-même, qui avait pensé inclure une définition de cette méthode de travail dans son texte de "Constitution européenne", a fini par y renoncer devant les difficultés de l'exercice (article I-14 du projet actuel).

C'est le Conseil de Lisbonne (mars 2000) qui a lancé cette expression, mais en lui donnant une définition trop vague. L'intention est pourtant assez claire : il s'agit de mettre en place une coordination flexible permettant aux gouvernements de se rapprocher, d'échanger leurs expériences, de fixer le cas échéant des orientations globales, mais ensuite de rester souple dans l'application.

Malheureusement, à partir de là, les interprétations divergent. Nous pensons qu'il faudrait développer cette méthode pour en faire une alternative aux harmonisations rigides dans le champ du traité. Les "intégrationnistes" au contraire veulent s'en servir pour grignoter les compétences nationales, et même durcir la procédure en la transformant en une sorte de méthode de planification du haut en bas, assortie d'indicateurs chiffrés contraignants. Le malentendu est total.


Réforme de la politique agricole commune
Explication de vote sur le rapport Cunha
par Dominique Souchet, le 5 juin 2003

Le principe du découplage des aides directes, qu'il soit total, comme le veut la Commission européenne, ou partiel "en un premier temps", comme le recommande le rapport Cunha, est mauvais. Il va rendre la PAC encore plus complexe et bureaucratique. Il fait définitivement perdre de vue que les aides directes aux agriculteurs sont des aides "compensatoires" aux baisses de prix et de revenus qui leur ont été infligées par les précédentes réformes. Il les transforme en rentes déconnectées de l'activité agricole et donc injustifiables aux yeux des contribuables. Il vide de leur efficacité les instruments de contrôle et d'orientation de la production que sont les OCM et affaiblit la position de négociation de l'Europe à l'OMC. Il est vrai que la Commission est coutumière, lorsqu'elle veut détruire une politique commune, d'une stratégie consistant à mettre en oeuvre une réforme tellement impraticable et insoutenable que celle-ci n'est en fait qu'une étape vers la disparition pure et simple de la politique publique qu'elle prétendait adapter.

Seul point de satisfaction, l'adoption de mon amendement relatif aux cultures énergétiques et industrielles sur jachères, qui devrait permettre de consolider les filières émergentes.

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