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> INTERVENTIONS PARLEMENTAIRES > Mai 2003

Session plénière à Strasbourg du 12 au 15 Mai 2003 :

Responsabilité environnementale
Intervention sur le rapport Manders
par Georges Berthu, le 13 mai 2003

Compétences d'exécution conférées à la Commission
Explication de vote sur le rapport Corbett
par Georges Berthu, le 13 mai 2003

L'initiative en faveur des nouveaux pays voisins et la Grande Europe
Intervention dans le débat
par Georges Berthu, le 14 mai 2003

Lutte contre la fièvre aphteuse
Intervention sur le rapport Kreissl-Dörfler
par Dominique Souchet, le 14 mai 2003

Situation en Irak
Intervention dans le débat
par Dominique Souchet, le 14 mai 2003

Situation en Irak
Déclaration écrite jointe au débat
par Georges Berthu, le 14 mai 2003

Responsabilité environnementale
Explication de vote sur le rapport Manders
par Georges Berthu, le 14 mai 2003

Responsabilité environnementale
Explication de vote sur le rapport Manders
par Dominique Souchet, le 14 mai 2003

Grandes orientations des politiques économiques (2003-2005)
Intervention sur le rapport Garcia-Margallo
par Georges Berthu, le 15 mai 2003

Grandes orientations des politiques économiques (2003-2005)
Explication de vote sur le rapport Garcia-Margallo
par Georges Berthu, le 15 mai 2003


Responsabilité environnementale
Intervention sur le rapport Manders
par Georges Berthu, le 13 mai 2003

Monsieur le Président, la proposition de directive sur la responsabilité environnementale qui nous est présentée aujourd'hui nous déçoit beaucoup. Nous voulons bien d'une harmonisation européenne dans le domaine des dommages causés à l'environnement, qui sont souvent transfrontières, mais encore faudrait-il qu'elle apporte un progrès sérieux.

Or, ce texte se caractérise par un nombre impressionnant de lacunes, d'exonérations, d'exclusions, de limitations de responsabilité, qui feraient de la nouvelle réglementation un trompe-l'œil, et souvent même une occasion de confusion et de recul de la protection du citoyen, à moins qu'on ne fasse appel au contribuable pour boucher les trous. En voici deux exemples. Premier exemple: on découvre à l'article 3 que la directive ne s'appliquerait pas au transport par mer de substances dangereuses, aux dommages dus à la pollution par les hydrocarbures et aux dommages causés par le nucléaire. Le motif serait qu'il existe déjà des conventions internationales réglementant la responsabilité civile sur tous ces points. Mais, précisément, ces conventions sont limitatives, insuffisamment protectrices ou totalement défaillantes, comme nous le voyons ces jours-ci avec les indemnisations dérisoires accordées par le FIPOL après la catastrophe du Prestige. Nous demandons par conséquent que cette directive ne fuie pas devant le problème, mais qu'elle le traite et qu'elle apporte une vraie protection. Deuxième exemple: les OGM. La Commission nous avait promis, lors de la discussion de la directive sur la dissémination volontaire d'OGM, que les questions de responsabilité et d'assurance seraient traitées dans la directive générale sur la responsabilité environnementale, celle dont nous discutons aujourd'hui. Or, nous avons été trompés. Les OGM sont bien couverts en théorie par ce texte, mais ils ressortent aussitôt grâce à l'article 9, qui exonère les activités bénéficiant d'une autorisation administrative, dont feraient partie les OGM en raison, précisément, de la directive sur la dissémination volontaire.

Tout cela est intolérable, surtout au moment où la Commission cherche à se décharger sur les États membres du problème de la coexistence des cultures OGM et non-OGM qu'elle veut autoriser. Dans ces conditions, nous demandons au Conseil de ne pas lever le moratoire jusqu'à ce que les questions de responsabilité et d'assurance des OGM soient clairement résolues pour la meilleure protection du citoyen et de l'environnement.


Compétences d'exécution conférées à la Commission
Explication de vote sur le rapport Corbett
par Georges Berthu, le 13 mai 2003

La proposition de décision sur les compétences d'exécution accordées par le Conseil à la Commission - préparée par la Commission elle-même - va dans le sens des voeux du Parlement européen, qui vient de l'approuver chaleureusement. Le Parlement souhaite en effet depuis longtemps recevoir, à égalité avec le Conseil, le droit de contrôler les mesures d'exécution, au moins pour les textes adoptés en codécision.

Cette ambition peut surprendre car dans de nombreuses démocraties parlementaires, dont la France, l'assemblée élue ne contrôle pas le détail des mesures d'exécution des lois, se réservant seulement, le cas échéant, de mettre en cause la responsabilité du gouvernement. Mais peut-être l'attitude du Parlement européen, dictée avant tout par le souci de concurrencer le Conseil, dévoile-t-elle, malgré lui, tout autre chose: que la Commission n'est pas un vrai gouvernement, et que lui-même n'est pas un vrai parlement.

Aujourd'hui, après quelques avancées, en 1999 notamment, la Commission veut aller au terme du processus, et pousser le Conseil à donner l'égalité de contrôle complète au Parlement. Elle n'oublie qu'une seule chose: cette égalité n'est pas prévue par l'article 202 du traité, qui donne le pouvoir principal au Conseil. C'est pourquoi nous avons voté contre la proposition.


L'initiative en faveur des nouveaux pays voisins et la Grande Europe
Intervention dans le débat
par Georges Berthu, le 14 mai 2003

Monsieur le Président, la politique de voisinage de l'Europe élargie, dont le Conseil et la Commission viennent de nous parler, nous paraît très intéressante car elle relève d'une nouvelle approche plus flexible, celle d'une coopération générale mais graduée et différenciée, adaptée au cas de chaque pays voisin. À ce stade, elle appelle cependant de notre part quatre questions.

Premièrement, le contenu des accords de voisinage a parfois été défini par l'expression "tout, sauf les institutions", ce qui peut être faussement interprété comme "tout, sauf le pouvoir de décision". Il faudrait donc lever cette ambiguïté.

Deuxièmement, toujours sur le contenu, on a aussi parlé de l'extension prioritaire des quatres libertés de circulation du marché unique. Cet engagement à l'avance n'est-il pas très imprudent ? Bien évidemment, d'autres objectifs sont encore plus prioritaires comme la sécurité.


Troisièmement, la nouvelle politique de voisinage paraît devoir être réservée aux pays voisins non-candidats. La Turquie ne figure pas dans cette liste, mais on ne voit pas pourquoi, car l'adhésion de ce pays n'est pas pour le moment
officiellement acceptée.

Quatrièmement, dans cette politique de voisinage, l'Union européenne ne part pas de rien. Elle ne part pas de la table rase puisque les membres actuels ont déjà des relations avec leurs voisins, surtout pour ceux qui sont immédiatement contigus. Comment la politique européenne va-t-elle s'articuler avec les politiques nationales existantes ? Ne faudrait-il pas donner aux pays membres immédiatement voisins une voix déterminante ou un droit de regard privilégié sur la nouvelle politique européenne ?


Lutte contre la fièvre aphteuse
Intervention sur le rapport Kreissl-Dörfler
par Dominique Souchet, le 14 mai 2003

Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, mes chers collègues, l'élément clé, à mon sens, dans le débat qui nous occupe aujourd'hui sur la fièvre aphteuse, ce sont les contraintes imposées par l'OIE concernant les sanctions commerciales infligées aux pays qui ne jouissent plus du statut "indemne de fièvre aphteuse". Ce sont ces règles, en effet, qui rendent cette maladie si terrifiante pour les éleveurs, en raison des pertes économiques très importantes qu'elles entraînent. Rappelons que la fièvre aphteuse des animaux d'élevage n'est pas dangereuse pour l'homme. Ce n'est pas un problème de santé publique.

J'approuve donc notre rapporteur lorsqu'il propose, dans son amendement 5 au considérant 14, que les États membres présentent à l'OIE des propositions visant à faire évoluer les sanctions commerciales liées à ces situations. Pour être plus précis, cette évolution des règles de l'OIE doit aller dans deux directions.

Premièrement, il faut tenir compte des progrès des vaccins – vaccins marqueurs, qui permettent de distinguer un animal vacciné d'un animal atteint, et vaccins à plus large spectre – et se rappeler que les produits – lait ou viande – d'un animal vacciné ne présentent aucun danger pour la santé humaine, ni aucun risque de contagion. Il n'y a donc plus aucune raison de pratiquer une discrimination à l'égard de ces produits, ni des pays où ils circulent. Cette évolution de la réglementation permettra également de reconsidérer le problème de la vaccination prophylactique, qui devrait pouvoir être autorisée par les États membres dans les cas où, pour des raisons qui leur sont propres, les éleveurs la souhaitent. Je pense notamment aux animaux de grande valeur génétique, des reproducteurs, des races à faible effectif présentant un intérêt pour la biodiversité.


Deuxièmement, il faut autoriser les États membres à régionaliser leurs bassins d'élevage et ne plus admettre qu'un foyer de fièvre aphteuse en Alsace – mon exemple est naturellement théorique – empêche la Bretagne d'exporter ses excellents produits animaux.

Enfin, et je regrette que ce point que j'avais évoqué lors des travaux de notre commission temporaire sur la fièvre aphteuse n'ait pas été repris par le rapporteur, ne perdons pas de vue que certaines évolutions de l'agriculture européenne, qui ont été favorisées par les dérives d'une certaine PAC, constituent par elles-mêmes des facteurs de risque de propagation des épizooties. Je veux parler de l'accroissement de la taille des élevages, de l'intensification inconsidérée, de la généralisation de l'élevage hors-sol, de la spécialisation des régions, des transports d'animaux sur de longues distances: tous ces facteurs qui concourent à créer de très fortes densités d'animaux aggravent le risque.

Au moment, Monsieur le Président, où ce Parlement va avoir à se prononcer sur la révision à mi-parcours de la PAC, ayons à coeur de rectifier ces dérives plutôt que de les amplifier, en privilégiant les exploitations à taille humaine, l'élevage extensif dans les régions moins favorisées, l'intégration locale des filières, les abattoirs locaux, bref une agriculture à visage humain.


Situation en Irak
Intervention dans le débat
par Dominique Souchet, le 14 mai 2003

Monsieur le Président, au lendemain de l'horrible attentat de Ryad et du retour triomphal de l'ayatollah Akim en Irak, force est de constater que le traitement réservé à la question irakienne par la coalition américano-britannique a singulièrement brouillé les perspectives.

Après le 11 septembre, une guerre implacable avait été engagée contre le terrorisme islamiste par une coalition qui, elle, coïncidait avec la communauté internationale quasiment tout entière. Une coopération étroite, notamment entre les États-Unis et les pays d'Europe, où s'était préparé l'attentat du 11 septembre, commençait à donner des résultats en portant des coups sensibles au réseau d'Al-Qaida.

À cette ligne stratégique claire et quasiment incontestée, les États-Unis ont substitué un projet beaucoup plus hasardeux en empruntant la vieille théorie des dominos, à l'honneur dans le monde communiste des années 1970, et en l'appliquant à l'exportation du modèle démocratique dans la sphère arabo-musulmane à partir d'un nouvel Irak démocratisé par l'Amérique. En fait de démocratie, pour le moment, nous voyons surtout prospérer, sur l'anarchie qui a succédé à la dictature, les appels à l'instauration de la Shariah en Irak.

Si un statut d'occupation prolongée devait se mettre en place, couplé avec le maintien d'une situation générale d'insécurité, nous ferions face à un double risque. D'abord, l'occupation militaire durable d'un pays hébergeant les lieux saints du chiisme réalimenterait substantiellement le processus du terrorisme islamiste et, localement, le rétablissement de l'ordre passerait immanquablement par le réseau des mosquées chiites. La prolongation de la situation présente est donc particulièrement dangereuse. Elle pourrait compromettre la reprise indispensable d'une stratégie globale et déterminée de lutte contre les multinationales du terrorisme islamiste, dont le triple attentat suicide de Ryad montre qu'elle n'a rien perdu de son actualité en dépit de l'action militaire menée en Irak.

Pour ressouder la communauté internationale autour de la priorité de la lutte contre un type de terrorisme qui nous menace tous, l'urgence, ce n'est pas de décider qui punir et qui récompenser, c'est de ne pas laisser pourrir la situation en Irak et faire en sorte que se substituent au plus vite au régime d'occupation militaire de nouvelles autorités irakiennes qui puisent leur légitimité dans la reconnaissance que leur manifestera la communauté internationale.


Situation en Irak
Déclaration écrite jointe au débat
par Georges Berthu, le 14 mai 2003

Les pays qui ont essayé d'empêcher l'intervention militaire en Irak ont échoué sur toute la ligne : ils ont rendu cette intervention encore plus inévitable, en encourageant indirectement Saddam Hussein ; ils se sont neutralisés eux-mêmes pour la reconstruction du pays ; pis encore, ils risquent d'en écarter l'ONU, maintenant accusée de paralysie chronique et de partialité.

Il est vrai, en effet, que la période qui s'ouvre en Irak va être très dangereuse, presque autant que la guerre elle-même sous une autre forme, et qu'il faudra pour la gérer une autorité très opérationnelle, susceptible de prendre des décisions fermes et rapides. Compte tenu de l'expérience de l'avant-intervention, on voit mal l'ONU dans ce rôle.


Toutefois l'ONU, sans incarner "une conscience universelle au-dessus des États" comme le prétend Dominique de Villepin (en vertu de quoi ?), représente une large palette de pays qui peuvent être utiles à la stabilisation de l'Irak. L'ONU, et l'Union européenne avec elle, devraient donc utiliser leur influence pour aider les forces coalisées dans la remise en ordre du pays, la mise en place rapide d'un gouvernement crédible, et l'apport d'aide humanitaire pour la nourriture, l'eau, l'électricité, les hôpitaux, dont les Irakiens ont tant besoin.


Responsabilité environnementale
Explication de vote sur le rapport Manders
par Georges Berthu, le 14 mai 2003

J'ai voté en faveur du rapport Manders sur la responsabilité environnementale parce que les amendements adoptés finalement répondaient assez bien aux objections que j'avais soulevées lors du débat d'hier. Une très large majorité de députés (312 contre 179) a suivi le même raisonnement.

Les amendements qui m'ont particulièrement déterminé à voter pour sont : 1) les amendements 85 et 99 qui demandent notamment à la Commission d'élaborer des propositions pour appliquer la directive aux dommages environnementaux résultant du nucléaire et du transport maritime ; 2) les amendements 86 et 103 qui suppriment l'exonération de responsabilité liée à la délivrance préalable d'une autorisation administrative ou à l'état insuffisant des connaissances scientifiques et techniques ; 3) l'amendement 107 qui demande que les exploitants prennent des garanties financières appropriées pour couvrir leur responsabilité.

En outre, a été voté un amendement 54 qui n'est pas parfait, mais dont je me contente. Il demande une législation supplémentaire concernant la responsabilité pour les dommages causés par des OGM, notamment la contamination que pourraient subir des produits non-OGM. Bien entendu, je demande que le moratoire sur les autorisations d'OGM soit maintenu jusqu'à ce que cette législation ait été approuvée.


Responsabilité environnementale
Explication de vote sur le rapport Manders
par Dominique Souchet, le 14 mai 2003

Les questions qui se posent à propos de la responsabilité environnementale et de la responsabilité spécifique en matière de transports maritimes sont, malgré les apparences, de nature différente. Le texte voté par le Parlement va semer la confusion.

La notion de responsabilité environnementale, encore tâtonnante, repose sur la nécessité de déterminer un responsable et d'établir un lien de causalité entre le fait générateur et la pollution: elle implique de longues procédures et des indemnisations tardives.

Le système de responsabilité sans faute fixé par les conventions internationales CLC/FIPOL présente l'avantage pour les victimes de désigner un responsable qui doit être assuré et de créer un fonds d'indemnisation qui, en théorie, est immédiatement mobilisable en cas de pollution.

Cependant, l'expérience des récentes marées noires montre que ce système doit être impérativement élargi aux affréteurs et étendu aux altérations à la biodiversité et que le FIPOL doit être fortement revalorisé et devenir permanent.

Ces demandes doivent être portées à l'OMI par les États membres les plus directement concernés et les plus décidés à agir. En cas d'échec, il appartiendra à ces mêmes États d'exiger de l'Union européenne qu'elle agisse unilatéralement, comme l'ont fait les États-Unis, en reprenant à son compte ces indispensables améliorations.


Grandes orientations des politiques économiques (2003-2005)
Intervention sur le rapport Garcia-Margallo
par Georges Berthu, le 15 mai 2003

Madame la Présidente, dans ses grandes orientations des politiques économiques pour les années 2003-2005, la Commission présente un ensemble de recommandations qui, en elles-mêmes, nous paraissent tout à fait saines. Assurer la viabilité à long terme des finances publiques, lancer des réformes structurelles, notamment du marché du travail, pour mieux utiliser les ressources humaines, abaisser les taux marginaux d'imposition trop élevés, encourager la concurrence, réformer les systèmes de retraite et j'en passe.

Malheureusement, dans la zone euro, en France et en Allemagne surtout, ces recommandations ne passent guère dans les
faits. La relance se fait attendre, le chômage s'accroît et la date du retour à l'équilibre des finances publiques recule sans cesse. On ne voit partout que rigidités et crispations. Je souligne d'ailleurs au passage que la situation de la zone euro est beaucoup plus grave que celle du reste de l'Europe. Dans cet échec, les responsabilités sont partagées. Au niveau national, on ne soulignera jamais assez l'effet néfaste des périodes socialistes en France, qui ont fait régresser de manière incroyable
la rationalité de l'esprit public, en inculquant la croyance que l'on pourrait dépenser plus en faisant moins d'efforts, en prenant sa retraite à 60 ans avec une durée de cotisation faible et en travaillant 35 heures par semaine. Nous aboutissons à la mentalité irréaliste que l'on constate aujourd'hui et dont il ne sera possible de sortir que par un long travail de pédagogie.

Mais, dans cette situation, il y a aussi des responsabilités européennes, que bien sûr le document de la Commission n'évoque pas. L'idéologie de l'ouverture à tous crins, qui devait aiguillonner les réformes et qui en réalité déstabilise les sociétés et accroît les crispations. La politique pro-immigration, qui devait rajeunir la société et qui en réalité accroît ses charges et la désintègre. L'euro lui-même, qui a supprimé les fluctuations monétaires internes mais a introduit en même temps de nouvelles rigidités d'autres natures qui pèsent sur la croissance.

Je ne parle pas ici seulement des rigidités du pacte de stabilité, que l'on va probablement être obligé d'assouplir ou de différer, mais des rigidités bien plus graves car structurelles, découlant de l'unification des politiques monétaires et de change. Or, la recommandation sur les grandes orientations des politiques économiques, comme le rapport de José Manuel Garcia-Margallo de notre Assemblée, ne sont pas de nature à résoudre ces problèmes, car ils ne procèdent à aucun examen
de conscience, aucune critique des politiques européennes suivies jusqu'ici. La seule perspective tracée, c'est de poursuivre
dans la voie de l'unification et de l'approfondir avec davantage de pouvoir de coercition pour la Commission.

Nous ne saurions conseiller cette voie de l'unification sous contrainte car elle sera décevante, peu productive et sans doute même dangereuse pour l'Europe. À notre avis, l'Union devrait changer de stratégie et se donner comme mission prioritaire la protection des soci étés européennes. Si les citoyens se sentaient mieux défendus, ils seraient sans doute un peu plus prêts à s'adapter.


Grandes orientations des politiques économiques (2003-2005)

Intervention sur le rapport Garcia-Margallo
par Georges Berthu, le 15 mai 2003

Le rapport Garcia-Margallo engagerait l'Union européenne sur une voie dangereuse, ainsi résumée dans l'exposé des motifs : "si les grandes orientations des politiques économiques précédentes se sont soldées par un échec, et si les résultats de la stratégie de Lisbonne se font attendre, cela est dû principalement à la carence des États membres, et au fait que la Commission n'a pas de pouvoirs de coercition". Ainsi, pour le rapporteur, la solution serait de donner davantage de pouvoirs de contrainte à la Commission, pour obliger les États à se réformer de force dans le sens qu'elle veut, c'est-à-dire l'unification et l'ouverture généralisée.

Ce serait une erreur. D'ailleurs dans un domaine précis, celui de l'application du Pacte de stabilité, la Commission dispose de pouvoirs de contrainte très importants, puisqu'ils vont jusqu'à l'imposition d'amendes. Mais on voit bien qu'ils ne peuvent rien contre les faits.

En réalité, comme je l'ai dit en cours du débat, il faut remettre en cause le dogme de l'unification qui, en Europe, semble avoir épuisé ses effets bénéfiques pour entrer dans une zone négative extrêmement dangereuse, celle de la contrainte, de la frustration des citoyens, et finalement, peut-on craindre, de la négation des démocraties nationales.

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