LES DEPUTES MPF AU PARLEMENT
PM. Coûteaux
P. Louis
P. de Villiers
INTERVENTIONS ET TRAVAUX
Interventions en séances plénières
Autres travaux parlementaires
Interventions hors Parlement
BIBLIOGRAPHIE
COMMUNIQUES DE PRESSE
ARTICLES DE PRESSE


> INTERVENTIONS PARLEMENTAIRES > Février 2002

Programme Jeunesse
Intervention sur le rapport Gröner
par Thierry de La Perriere, à Bruxelles le 28 février 2002

Projet de budget rectificatif et supplémentaire pour 2002
Explication de vote sur le rapport Costa Neves, Buitenweg
par Georges Berthu, à Bruxelles le 28 février 2002

Relations UE/Sud du Caucase
Intervention sur le rapport Gahrton
par Dominique Souchet, à Bruxelles le 27 février 2002

Conseil européen de Barcelone
Intervention dans le débat
par Georges Berthu, à Bruxelles le 27 février 2002

Situation au Moyen-Orient
Explication de vote sur la résolution relative au Moyen-Orient
par Dominique Souchet, le 7 février 2002

Entreprise commune GALILEO
Explication de vote sur le rapport Glante
par Thierry de La Perrière et Dominique Souchet, le 7 février 2002

Entreprise commune GALILEO
Explication de vote sur le rapport Glante
par Georges Berthu, le 7 février 2002

Fret ferroviaire dans le tunnel sous la Manche
Intervention dans le débat
par Georges Berthu, le 7 février 2002

Relations PE/Parlements nationaux
Explication de vote sur le rapport Napolitano
par Georges Berthu, le 7 février 2002

Relations PE/Parlements nationaux
Intervention dans le débat
par Georges Berthu, le 6 février 2002

Lutte contre le terrorisme
Explication de vote sur le rapport Watson
par Georges Berthu, le 6 février 2002

Suivi de la crise de l'ESB
Explication de vote sur le rapport Olsson
par Dominique Souchet, le 6 février 2002

Suivi de la crise de l'ESB
Explication de vote sur le rapport Olsson
par Georges Berthu, le 6 février 2002

Suivi de la crise de l'ESB
Intervention dans le débat
par Dominique Souchet, le 5 février 2002

Législation dans le cadre des services financiers
Explication de vote sur le rapport von Wogau
par Georges Berthu, le 5 février 2002

Ressortissants de pays tiers
Explication de vote sur le rapport Kessler
par Georges Berthu, le 5 février 2002

Ressortissants de pays tiers
Explication de vote sur le rapport Ludford
par Georges Berthu, le 5 février 2002

Ressortissants de pays tiers
Intervention dans le débat
par Georges Berthu, le 4 février 2002



Programme Jeunesse
Intervention sur le rapport Gröner
par Thierry de La Perrière, à Bruxelles le 28 février 2002

Madame la Présidente, la culture européenne, il faut peut-être le rappeler ici, n'a pas attendu la Commission pour que les arts et les langues des différents pays européens donnent au monde les preuves les plus tangibles du génie humain. Encourager cette richesse est certainement l'une des missions de la Commission parmi les moins contestables et le rapport Gröner va dans le bon sens. Néanmoins, les programmes dont nous discutons aujourd'hui peuvent faire l'objet de deux séries de remarques.

La première, d'ordre technique, et dont les différents rapports débattus aujourd'hui se font largement l'écho, porte sur leur lourdeur et leur opacité. Tous ceux qui ont eu à les solliciter ont pu constater le véritable casse-tête que constituent les dossiers de demandes. C'est peut-être là pour la Commission une forme d'art en soi. Alléger les procédures permettrait notamment de supprimer les subventions aux associations intermédiaires qui n'ont pour simple objet que d'aider les artistes et les étudiants à décrocher ces fameux fonds européens, certaines de ces associations étant d'ailleurs présidées par les membres de cette Assemblée. Cette confusion des genres, sans faire de procès d'intention, n'est, en tout état de cause, pas souhaitable.

La seconde, d'ordre politique, porte sur l'intention à peine voilée de développer à partir de ces programmes une propagande visant à convertir les jeunes citoyens de nos États membres en "homoeuropeus" a-nationaux.


Projet de budget rectificatif et supplémentaire pour 2002
Explication de vote sur le rapport Costa Neves, Buitenweg
par Georges Berthu, à Bruxelles le 28 février 2002

Pour le financement des dépenses de la Convention qui va préparer la Conférence intergouvernementale de 2004, les représentants des États membres ont réussi à inventer un montage compliqué, alors qu'ils auraient pu faire beaucoup plus simple (1) ; cette complexité va se retourner contre eux (2) ; elle sera d'autant plus difficile à vivre que, visiblement, des dépenses indispensables n'ont pas été prévues (3).

Tout d'abord, la simplicité comme la logique auraient voulu que les États créent, pour financer la Convention, un fonds alimenté directement par leurs contributions propres, et contrôlé par eux : la Convention est en effet un organe sui generis, établi en dehors des traités, et s'insérant dans un processus intergouvernemental de préparation d'une CIG. Au lieu de cela, ils ont inventé une procédure compliquée, aux termes de laquelle le fonds est partiellement financé par les institutions communautaires Parlement/Conseil/Commission, en application d'un "accord interinstitutionnel" qui donne à celles-ci un droit de regard sur les dépenses de la Convention. Par exemple, à l'article 20 de la décision de base, on voit que la décharge sur les dépenses du fonds ne peut être accordée par les États membres qu'après avis conforme des trois institutions ; à l'article 6 de l'accord, on voit que ces institutions sont informées régulièrement de l'exécution des dépenses ; à l'article 4, il est précisé que toute augmentation doit être autorisée par elles.

Par ce montage compliqué, il est donné aux institutions communautaires un moyen de peser sur les dépenses de la Convention, donc sur son fonctionnement, et finalement sur ses décisions. Il ne fait pas l'ombre d'un doute que ce pouvoir, s'il est utilisé effectivement, le sera contre les États.

Enfin, les occasions de conflits ne vont pas manquer, car il apparaît déjà que le budget total de la Convention (10,5 millions d'euros pour les dix premiers mois), est sous-estimé. En effet, les conditions de travail des différents représentants parlementaires (Parlement européen - parlements nationaux des pays membres - parlements nationaux des pays candidats) sont très inégales, et ce système à trois vitesses, dans lequel le Parlement européen est lourdement privilégié, devrait s'avérer intenable en toute équité. Il faudra donc donner des moyens de travail supplémentaires aux deux autres catégories, ou au moins à la troisième.


Relations UE/Sud du Caucase
Intervention sur le rapport Gahrton
par Dominique Souchet, à Bruxelles le 27 février 2002

Monsieur le Président, Madame le Commissaire, je voudrais souligner l'opportunité et l'importance du point 15 de la résolution proposée au vote de notre Assemblée plénière invitant la Turquie à créer les conditions d'une réconciliation avec l'Arménie. Cette réconciliation, nous le savons, est l'une des conditions essentielles de l'établissement de la paix en Transcaucasie, et la communauté internationale est en droit d'attendre du grand État qu'est la Turquie un comportement responsable sur cette importante question. Personne ne comprend pourquoi le gouvernement turc maintient une politique de refus du dialogue et d'hostilité systématique à l'égard de son petit voisin du nord, s'opposant à l'établissement de relations diplomatiques et appliquant à son encontre depuis 1993 un blocus rigoureux et ruineux. Ce blocus doit être levé sans conditions, sans qu'un lien quelconque ne soit établi avec un renoncement de la part de l'Arménie à sa demande légitime de reconnaissance internationale du génocide dont son peuple a été la victime. C'est au contraire l'abandon de tout révisionnisme de la part de la Turquie, à l'instar de ce que l'Allemagne, par exemple, a su faire, qui constituerait le fondement d'une réconciliation en profondeur avec son voisin arménien, qui seul, nous le savons bien, peut garantir l'établissement d'une paix durable dans le Caucase du sud. C'est pourquoi, Monsieur le Président, nous soutiendrons le point 15 du projet de résolution.


Conseil européen de Barcelone
Intervention dans le débat
par Georges Berthu, à Bruxelles le 27 février 2002

Monsieur le Président, en vue du Conseil de Barcelone, la Commission vient de présenter un plan d'action pour la mobilité des personnes en Europe qui nous paraît contestable à plus d'un titre.

Certaines propositions, il est vrai, sont d'un bon sens évident comme la formation tout au long de la vie, la meilleure coordination des régimes de sécurité sociale ou la transférabilité des droits à pension. Mais la Commission place son initiative dans

une perspective étrange. D'emblée, elle déclare que la mobilité géographique en Europe est cinq fois inférieure à celle des États-Unis. Comme si l'intention était de rendre les nations d'Europe identiques aux États américains. Ce serait un grave contresens. Notre objectif véritable, celui que souhaite la majorité de nos concitoyens, c'est le respect des Nations et aussi des cadres de vie, des cultures et des langues auxquels ils sont légitimement attachés. N'inversons pas subrepticement les priorités. Ce serait une démarche de nature vraiment totalitaire. Par ailleurs, la Commission a glissé dans ce plan d'action des appels à une politique commune de l'immigration qui n'ont vraiment rien à y faire. C'est en effet un autre sujet. Il ne faudrait pas faire adopter aux États par ce biais des orientations dont ils n'auraient pas vraiment conscience.


Situation au Moyen-Orient
Explication de vote sur la résolution relative au Moyen-Orient
par Dominique Souchet, le 7 février 2002

À un moment particulièrement tragique pour le Proche-Orient et particulièrement dangereux pour la paix du monde, à un moment où le processus de paix n'est plus activé par les États-Unis, qui en reviennent à une approche partisane, et où les États arabes apparaissent comme tétanisés par le parti pris américain, il appartiendrait de toute évidence aux Européens de prendre l'initiative et de tenter de substituer les avancées de la diplomatie à l'impasse de la violence. Mais nous ne voyons, hélas, rien venir de substantiel. Les États membres qui auraient la capacité diplomatique d'agir s'auto-paralysent dans les mécanismes collectifs de l'Union et ces derniers ne produisent que des déclarations convenues. La résolution du Parlement européen ne constitue qu'un reflet supplémentaire de cette impuissance européenne.

La France murmure. Ses suggestions sont pourtant opportunes, mais elle estime n'avoir plus la possibilité de les avancer avec force. L'organisation, dans les Territoires, d'élections centrées sur le thème de la paix constituerait pourtant un levier obligeant les Palestiniens à se positionner clairement vis-à-vis de l'Intifada et du terrorisme. La reconnaissance de l'État palestinien par tous, comme point de départ de la négociation et par-delà les questions de personnalisation qui faussent les perspectives, permettrait de relancer le processus de paix sur des bases plus solides. Naturellement, la résolution du Parlement européen ne fait aucune référence à ces propositions, puisque, émanant d'un État membre et non d'un collectif européen, elles ne peuvent par principe, à ses yeux, avoir de pertinence. N'étant pas soutenues par une véritable volonté politique, ces propositions ont donc toute chance de s'évanouir, alors qu'elles auraient pu remettre les partenaires sur le chemin du dialogue politique.


Entreprise commune GALILEO
Explication de vote sur le rapport Glante
par Thierry de La Perrière et Dominique Souchet, le 7 février 2002

Les députés de la délégation du MPF au Parlement européen ont soutenu le rapport de M. Glante afin d'apporter leur appui à la réalisation du programme Galileo, mais ils tiennent à marquer leur désaccord avec l'approche mixte, à la fois communautaire et intergouvernementale, qui a été retenue.

Ce projet illustre parfaitement l'un des domaines dans lesquels la coopération européenne est indispensable. L'intérêt commun est évident et clairement déterminé. Le système Galileo est vital pour assurer l'indépendance des États membres de l'Union européenne dans le domaine stratégique de la localisation par satellite, puisqu'il leur permettra de ne plus dépendre du GPS que les Américains contrôlent de manière discrétionnaire.

En revanche, vouloir mener le projet sous forme d'"entreprise commune", dont la Commission constituerait, avec l'ASE, l'un des deux piliers risque de paralyser sa mise en œuvre, entraînant désaccords, bureaucratie, retards, impossibilité de faire appel à des compétences extérieures à l'Union... La seule voie efficace nous paraît être celle d'un programme spécifique de l'ASE, dont les mécanismes ont prouvé leur souplesse et leur efficacité. Seul un cadre intergouvernemental volontaire permettra par ailleurs de régler de manière satisfaisante la question essentielle de l'usage militaire du système.


Entreprise commune GALILEO
Explication de vote sur le rapport Glante
par Georges Berthu, le 7 février 2002

La délégation MPF soutient fermement le projet Galileo de mise en place d'un système européen de radionavigation par satellites, parallèle au système américain GPS, autonome par rapport à ce dernier, mais préservant l'"interopérabilité", c'est-à-dire la non-contradiction et la possibilité de travail commun.

Le projet Galileo paraît exemplaire pour trois raisons. Du point de vue technique, il procurera de nombreuses retombées positives à toutes les activités économiques et augmentera la productivité générale de l'Europe, qui en a bien besoin. Du point de vue institutionnel, il est clair qu'une coopération européenne serait justifiée, quant à la subsidiarité, et que l'Agence spatiale européenne (ASE) pourrait fournir l'instrument approprié. Enfin, du point de vue politique et stratégique, le projet Galileo dotera l'Europe d'une autonomie vis-à-vis des États-Unis, alors qu'à l'inverse, l'acceptation du monopole du GPS impliquerait une dépendance visible, et en plus destinée à s'aggraver au fil du temps.

Malgré ces arguments, la décision finale sur le développement de Galileo a été repoussée de Conseil en Conseil, et le dernier, tenu à Laeken, n'a pas failli à la règle. Nous sommes déjà presque hors limites pour prendre une décision utile.

Au-delà des discussions techniques sur les modalités précises d'association des partenaires privés, la vraie raison du retard réside dans les réticences des États-Unis, qui ont influencé certains pays européens. Nous arrivons à la question essentielle : est-ce que le passage obligé par des structures communautaires n'est pas un frein, parce qu'elles sont trop rigides et que les partenaires ne sont pas tous d'accord ? C'est un frein aujourd'hui pour lancer le projet, et ce serait un frein demain à chaque étape de son développement, notamment si l'on veut ajouter des applications militaires ou de "maintien de la paix".

Sur ce point, le Parlement européen choisit franchement la mauvaise direction en réclamant une communautarisation encore plus grande du projet, et en estimant par exemple, dans sa résolution du 17 janvier dernier, que "l'ASE, fruit de la coopération entre États, devrait à long terme rejoindre le giron de l'Union européenne". Il faut en réalité faire l'inverse : appliquer à Galileo le principe de la géométrie variable, comme pour Airbus et Ariane, et créer une structure rassemblant les seuls États vraiment intéressés. C'est le meilleur moyen pour sortir ce projet de l'ornière et aller de l'avant.


Fret ferroviaire dans le tunnel sous la Manche
Intervention dans le débat
par Georges Berthu, le 7 février 2002

Monsieur le Président, je suis vraiment resté perplexe devant les questions orales posées par les groupes socialiste et libéral au sujet des entraves au trafic ferroviaire dans le tunnel sous la Manche, entraves provoquées par les réfugiés qui tentent de gagner illégalement la Grande-Bretagne.

En effet, à écouter ces questions orales, le principal, voire l'unique problème qui se pose est celui de la perturbation de la liberté de circulation des marchandises sous la Manche, et donc le dommage causé aux entreprises ferroviaires qui se doublerait, horresco referens, d'une distorsion dans la concurrence entre les différents modes de transport au détriment du chemin de fer.

Je regrette vivement, comme mes collègues, les dommages subis par les entreprises ferroviaires concernées et j'ajoute même que je trouve illogique que l'État français, dont la responsabilité est engagée par son gouvernement socialiste, ne soit pas lourdement condamné, moralement et financièrement, pour son incapacité à maintenir l'ordre public.

Mais laissez-moi vous dire aussi, mes chers collègues, que cette affaire pose des problèmes de société beaucoup plus vastes et beaucoup plus graves qu'une simple inégalité de concurrence entre les opérateurs privés.

C'est pourquoi j'ajouterai aux questions posées par les groupes socialiste et libéral une série d'interrogations complémentaires.

Premièrement, une partie des personnes qui tentent de passer illégalement en Grande-Bretagne est constituée de demandeurs d'asile, mais une autre est constituée d'immigrés en situation illégale, même en France. Comment des immigrants illégaux peuvent-ils arriver en grand nombre au cœur de l'Europe après avoir franchi plusieurs frontières internes sans être jamais repérés ? C'est une question fondamentale qu'il faudrait résoudre.

Question subsidiaire : quelles mesures sont prises pour qu'ils soient immédiatement reconduits à la frontière extérieure de l'Union ?

Seconde question : une grande partie des demandeurs d'asile qui cherchent à passer en Grande-Bretagne sont des Afghans. Or, à ma connaissance, le régime taliban est aujourd'hui anéanti et ces personnes peuvent rentrer chez elles. Quelles mesures sont donc prises pour les rapatrier ?

Enfin, troisième question : certains semblent penser que s'il existait une politique européenne d'asile unifiée, de tels problèmes ne se poseraient pas. Certes, on peut imaginer qu'il n'y aurait plus d'inégalité de traitement des réfugiés entre les différents pays de l'Union européenne. Mais la Commission pense-t-elle que le nombre global des demandeurs d'asile serait diminué ? Si oui, par le jeu de quel mécanisme précis ? Ne peut-on pas supposer au contraire que si les normes européennes d'accueil étaient alignées à un niveau élevé, comme la Commission en manifeste régulièrement l'intention, le nombre global des demandeurs d'asile dans l'Union européenne serait considérablement augmenté ?


Relations PE/Parlements nationaux
Explication de vote sur le rapport Napolitano
par Georges Berthu, le 7 février 2002

Le rapport Napolitano reflète la conception traditionnelle au Parlement européen des relations avec les Parlements nationaux : ces derniers sont enfermés, avec des éloges de consolation, dans le rôle secondaire de défenseurs d'intérêts nationaux parcellaires.

C'est oublier, évidemment, que l'échelon démocratique le plus vivant est celui de la nation, et qu'à trop vouloir le dépasser, on dépasse aussi la démocratie. Le bien commun européen ne se décrète pas d'en haut, à partir d'une démocratie européenne trop faible pour être autre chose qu'un paravent de la technocratie, mais il se définit par le dialogue pacifique entre les intérêts et les aspirations des différentes démocraties nationales.

Il est un point cependant sur lequel le rapport Napolitano prétend apporter, selon les termes de l'exposé des motifs, "une innovation d'importance majeure" : c'est la proposition d'une sorte de "pouvoir constituant partagé". Elle démasque en réalité les véritables intentions derrière les propos lénifiants du rapport : il s'agit en effet, ni plus ni moins, que d'enlever aux Parlements nationaux le droit exclusif de ratifier les traités européens, et donc de définir souverainement les compétences de l'Union.

Ce nouveau "pouvoir constituant" serait exercé par les Parlements nationaux et le Parlement européen conjointement, ainsi que, précise le paragraphe 21 de la résolution, par la Commission et les gouvernements des États membres, ce qui est vraiment inédit du point de vue démocratique.

Une telle réforme constituerait un grave recul : le pouvoir de réviser les traités (et a fortiori le "pouvoir constituant"), appartient au peuple seul, et certainement pas à des exécutifs, nationaux ou européens ; le peuple peut déléguer ce pouvoir dans certains cas à des assemblées élues à cet effet (comme le Parlement français dans les cas prévus par l'article 89 de la Constitution), mais le Parlement européen n'en fait pas partie, puisque nul pouvoir constituant, ou même seulement de révision des traités, n'est prévu dans les compétences d'attribution bien précises que les peuples lui ont conférées.


Relations PE/Parlements nationaux
Intervention dans le débat
par Georges Berthu, le 6 février 2002

Monsieur le Président, le rapport Napolitano sur les relations entre le Parlement européen et les parlements nationaux part du constat juste d'un grave déséquilibre dans l'Union européenne entre des instances exécutives aux compétences élargies et un pouvoir parlementaire encore trop faible. Il en déduit, à juste titre encore, le risque d'un déficit démocratique croissant.

Alors, comment corriger ce défaut ? Bien que M. Napolitano ait fait preuve d'une certaine ouverture par rapport aux positions traditionnelles du Parlement européen, je ne crois pas que son rapport soit encore parvenu au bon équilibre lorsqu'il demande l'extension des pouvoirs de cette Assemblée et qu'il cantonne les parlements nationaux dans un rôle indirect, le plus souvent illusoire, en noyant le tout sous le terme vague de "parlementarisation".

Ce mauvais équilibre provient, à notre avis, d'une omission. Nulle part dans le rapport il n'est dit que le Parlement européen n'est qu'une Assemblée dotée de compétences d'attribution et que seuls les parlements nationaux possèdent la pleine souveraineté. Plus grave, nulle part il n'est dit que cette inégalité juridique se double d'une inégalité de légitimité politique aux yeux des citoyens. On ne pourra pas procéder à des réformes utiles dans l'Union en occultant des réalités aussi massives.

C'est pourquoi j'ai joint au rapport Napolitano une opinion minoritaire exposant qu'il n'y aura pas de véritable démocratisation de l'Union sans revalorisation des parlements nationaux et sans que ceux-ci n'acquièrent un pouvoir direct dans le processus de décision européen. J'en ai détaillé les moyens dans un rapport présenté à l'intergroupe SOS Démocratie que nous ferons valoir au cours de la prochaine Convention.


Lutte contre le terrorisme
Explication de vote sur le rapport Watson
par Georges Berthu, le 6 février 2002

Décidément, l'Union européenne, et le Parlement européen en particulier, n'ont pas une conception très cohérente de la lutte contre le terrorisme.

Dans mes interventions antérieures, j'ai demandé un renforcement des contrôles aux frontières, y compris aux frontières intérieures de l'Union. Mais nous ne voyons rien venir. Ou plutôt nous voyons la poursuite sans changement de la politique de démantèlement des contrôles internes. C'est ainsi que lundi dernier, à l'occasion du rapport Kessler, j'ai dénoncé la disparition programmée de la "déclaration de présence" qui, aux termes de la convention de Schengen, devrait être demandée aux ressortissants de pays tiers qui veulent passer d'un pays de l'Union à un autre.

Aujourd'hui, nous examinons la dernière mouture du projet de création d'un "mandat d'arrêt européen" destiné à supprimer entre les pays de l'Union, pour certaines infractions, l'ancien système de l'extradition qui accordait un pouvoir d'appréciation discrétionnaire à l'État d'exécution. Or là aussi, nous sommes en pleine contradiction.

Au fil des versions, nous avons vu ce projet s'étendre à une liste d'incriminations de plus en plus longue, sans inclure pour autant les garanties essentielles que nous avions demandées dans notre explication de vote du 29 novembre 2001 : droit pour le juge du pays d'exécution d'exercer un véritable contrôle sur le bien-fondé de la demande et non-application du nouveau système aux nationaux du pays d'exécution, qui devraient continuer à bénéficier de la protection maximum.

Le Parlement européen est prêt à fermer les yeux sur toutes ces anomalies, parce qu'il s'agit de contribuer à la construction d'un super-État. Mais lors de notre session précédente, il n'a pas hésité à voter une résolution refusant de faciliter l'extradition vers les États-Unis de terroristes, ou apprentis terroristes, arrêtés dans l'Union. Or là, précisément, il aurait été important de faire un geste, car les États-Unis sont aujourd'hui à la pointe d'un combat destiné à protéger l'Occident tout entier.

Donc, nous en faisons trop avec le mandat d'arrêt européen, et c'est dangereux. Et nous n'en faisons pas assez pour soutenir les États-Unis contre le terrorisme, et c'est indécent.


Suivi de la crise de l'ESB
Explication de vote sur le rapport Olsson
par Dominique Souchet, le 6 février 2002

La question de l'embargo français sur la viande bovine britannique, que j'ai évoqué hier lors du débat sur le rapport Olsson, est exemplaire du caractère profondément antidémocratique du fonctionnement actuel des institutions européennes. La Cour de justice a condamné la France en droit, au nom d'une conception étroitement uniformisatrice du marché unique, tout en reconnaissant que, sur le fond, elle pouvait avoir des raisons valables de protéger sa population face aux incertitudes qui entourent la traçabilité et l'étiquetage des carcasses bovines britanniques. Le gouvernement français a annoncé son intention de ne pas appliquer l'arrêt de la Cour. La Commission a fait part de sa volonté de faire condamner en conséquence la France à de lourdes astreintes.

Nous sommes donc en présence d'un système juridique qui oblige les États membres, soit à renoncer à mettre en œuvre les mesures qu'ils estiment indispensables pour la protection de la santé publique de leurs citoyens, soit à acheter le droit de le faire. Le premier responsable de cette situation est bien entendu le gouvernement français qui, après avoir transféré avec allégresse la sécurité alimentaire dans le champ des compétences communautaires en signant le traité d'Amsterdam, découvre avec une belle incohérence quelques mois plus tard les conséquences redoutables d'une décision prise à la légère. Mais de façon plus générale, c'est tout un système attentatoire à la démocratie que le rapport Olsson aurait dû remettre en cause : le système qui dénie à un peuple le droit de prendre les mesures qui lui paraissent nécessaires pour la préservation de sa santé publique, même si d'autres peuples pensent différemment.


Suivi de la crise de l'ESB
Explication de vote sur le rapport Olsson
par Georges Berthu, le 6 février 2002

À l'occasion du rapport Olsson sur le suivi de la crise de l'ESB, je voudrais souligner le scandale que constitue l'arrêt de la Cour de justice du 13 décembre dernier qui condamne la France pour ne pas avoir déféré à la demande de la Commission de lever l'embargo sur les importations de viandes bovines britanniques. L'arrêt se réfère aux pouvoirs supérieurs de la Commission, qui elle-même se réfère à la primauté de la liberté de circulation.

Se pose ici une question de principe : quelle Europe voulons-nous ? Une Europe où chaque peuple a le droit d'exercer ses choix fondamentaux, ou bien une Europe où la Commission décrète d'en haut le prétendu bien commun ? Nous pensons pour notre part que chaque peuple doit être souverain. En matière de santé publique notamment, si l'un des pays membres choisit démocratiquement une option, les autres doivent en prendre acte, même s'ils ne sont pas d'accord.

Il faut souligner que le gouvernement français s'est placé lui-même dans cette situation impossible, en faisant ratifier le traité d'Amsterdam qui donne à la Communauté les pouvoirs qu'elle utilise aujourd'hui contre nous. Quand les gouvernements arrêteront-ils de croire que les textes qu'ils signent n'ont aucune conséquence ? Quand cesseront-ils de s'imaginer que leurs actes ne les rattraperont jamais ? Quand cesseront-ils de s'aveugler eux-mêmes, et d'aveugler en même temps les citoyens ?

Après l'arrêt du 13 décembre, le gouvernement français a beau dire qu'il n'obéira pas, la Commission ne va pas se gêner pour saisir la Cour de justice d'une demande d'astreinte pour chaque jour de retard mis à l'exécution de la décision. Ainsi, nous allons devoir payer rançon pour avoir le droit d'utiliser - et encore, provisoirement - une compétence fondamentale que nous avons nous-mêmes sottement abandonnée avec le traité d'Amsterdam.

Bien évidemment cette situation absurde ne durera que le temps de la campagne électorale française. Dès que celle-ci sera terminée, notre futur gouvernement se dépêchera probablement d'obéir en catimini. Ce qu'il nous faut, c'est une réforme fondamentale des traités pour restaurer la souveraineté nationale.


Suivi de la crise de l'ESB
Intervention dans le débat
par Dominique Souchet, le 5 février 2002

Chers collègues, la première chose que nous devons avoir présente à l'esprit au moment où nous ouvrons ce soir ce débat utile et nécessaire sur le suivi de la crise bovine déclenchée par la maladie de l'ESB, c'est le désarroi, la détresse, les souffrances, la colère des éleveurs, atteints à la fois dans leurs débouchés, dans les prix et dans leur moral face à un véritable séisme qui a bouleversé leur univers, ruiné de longs efforts de sélection, de bonnes pratiques et suscité à leur égard une méfiance des consommateurs qu'ils ressentent comme particulièrement injuste.

On enregistre avec inquiétude dans de nombreuses régions agricoles, Madame la Présidente, vous le savez, le départ d'un grand nombre d'éleveurs, encore jeunes, qui, ne pouvant plus faire face aux conséquences d'une crise dont la responsabilité ne leur incombe pas, se voient contraints de cesser leur activité. Dans certains cas même, leur désespoir les pousse à des actions violentes, voire au suicide.

La Commission, qui a si mal et si tardivement réagi aux débuts de cette crise, en la niant d'abord, en la minimisant ensuite, tend aujourd'hui, pour se dédouaner sans doute, à la prolonger en superposant des trains de mesures qui maintiennent l'inquiétude des consommateurs, risquent d'avoir des effets déstabilisateurs sur les marchés et renchérissent les coûts de transformation de la filière, en se montrant d'ailleurs plus généreuse en réglementations qu'en financements. Ainsi, le programme européen de tests de la tremblante entre en application ce mois-ci. Est-ce bien opportun alors que chaque test coûte aussi cher qu'une carcasse de mouton et ne fait pas actuellement la différence entre le prion pathogène de la tremblante, inoffensif pour l'homme, et le prion pathogène de l'ESB, transmissible à l'homme ? Par ailleurs, les importations de viande argentine reprennent. Est-ce bien le moment alors que certaines provinces, dans ce pays, restent infectées de fièvre aphteuse ? En outre, le programme d'achats spéciaux mis en place par la Commission est sur le point d'être aboli au 31 mars prochain et, selon l'Agenda 2000, le mécanisme d'intervention sur la viande bovine devrait disparaître le 30 juin 2002.

Je demande à la Commission d'annoncer clairement que ces échéances seront repoussées, car maintenir ces couperets équivaudrait pour la filière bovine à couper l'oxygène à un blessé en cours de réanimation. Il nous semble au contraire qu'au moment où l'épidémie d'ESB en est à des stades très différents selon les États membres, c'est la vigilance de ces derniers qui donne les meilleurs résultats. Dans les îles britanniques, d'où est originaire la maladie et qui a connu 99 % des cas cliniques, les mesures, certes tardivement adoptées et encore plus tardivement appliquées avec efficacité, portent maintenant leurs fruits. Le nombre de cas d'ESB décline régulièrement de 40 % par an pour tomber en dessous de 1000 l'an passé alors que l'on était à 36 000 en 1992. En France, où l'épidémie est plus récente et où le dépistage systématique depuis dix-huit mois a fait au départ apparemment augmenter le nombre de cas, la décrue est sensible depuis la fin de l'année 2000. Les autres pays atteints ont un taux de prévalence plus bas et semblent également maîtriser la situation. C'est maintenant, vous le savez, au tour du Japon d'être infecté par l'épizootie que nous avons connue.

En Europe, il convient donc maintenant de laisser les autorités des États membres faire leur travail pour que les éleveurs regagnent la confiance totale des consommateurs, tout en poursuivant résolument à l'intérieur de l'Union les efforts nécessaires pour parvenir à une véritable traçabilité. Ainsi, à propos du maintien de l'embargo français sur les animaux et les viandes britanniques, la Cour européenne de Luxembourg - il faut lire l'arrêt dans son entier - a reconnu qu'il était de fait en grande partie justifié à cause d'une traçabilité encore insuffisamment fiable des filières dans ce pays. Il est également impératif de mettre réellement en œuvre par des contrôles systématiques et rigoureux les mêmes exigences de qualité et de sécurité, de donner aux consommateurs les mêmes garanties pour les viandes importées des pays tiers que pour les viandes communautaires.

Le point 25 du projet de résolution qui nous est présenté insiste opportunément sur l'importance de cette question en soulignant la responsabilité qui incombe à la Commission qui doit s'assurer que les dispositions de protection applicables aux produits communautaires s'appliquent également aux importations en provenance de pays tiers, notamment en ce qui concerne les tests de dépistage de l'ESB, l'interdiction des farines animales et le retrait des matériaux à risque spécifiés. En outre, la Commission doit nous rendre compte des résultats de ses contrôles ainsi qu'aux États membres. En définitive, Madame la Présidente, la confiance des consommateurs, qui est indispensable pour que nos éleveurs retrouvent l'espoir, ne reviendra complètement que lorsqu'ils constateront que dans l'Union européenne, la protection de la santé publique passe avant le dogme du libre-échangisme.


Législation dans le cadre des services financiers
Explication de vote sur le rapport von Wogau
par Georges Berthu, le 5 février 2002

Le rapport von Wogau sur la "comitologie" dans le cadre des services financiers -c'est-à-dire sur la mise en œuvre par la Commission des mesures d'exécution de la législation dans ce domaine -soulève un certain nombre de questions très intéressantes, sans y apporter toujours à notre avis la bonne réponse.

Le point de départ de la discussion est la rédaction actuelle de l'article 202 du TCE, qui confie au Conseil, et à lui seul, le soin de déléguer des compétences d'exécution à la Commission, ce que le Parlement européen conteste : il estime qu'au regard de l'extension récente de son pouvoir de codécision, il devrait désormais non seulement codécider les règles, mais aussi les mesures d'exécution.

Avec le rapport von Wogau, le Parlement européen présente d'excellentes idées, comme l'insertion systématique dans les actes législatifs d'une "clause de suspension" (sunset clause) selon laquelle, au terme de quatre ans, toute délégation de pouvoirs à la Commission en vue de prendre des mesures d'exécution serait suspendue afin que son opportunité puisse être réexaminée. En revanche, le Parlement sort de son rôle véritable lorsqu'il veut vérifier toutes les mesures d'exécution, et même "participer en tant qu'observateur aux réunions du Comité des valeurs mobilières". Le Conseil en effet bénéficie traditionnellement d'une "double casquette", exécutive et législative. C'est en raison de sa casquette exécutive que l'article 202 lui confie un rôle particulier dans l'établissement des mesures d'exécution. Il n'en va pas de même du Parlement européen, qui n'a qu'un rôle "législatif" en application des traités, et qui ne doit donc pas se mêler de tout.

Néanmoins, il se pose clairement un problème de contrôle de la Commission dans l'établissement des mesures d'exécution. La réaction du Parlement européen n'est peut-être pas complètement appropriée, mais elle est déclenchée par une cause réelle. La prochaine Conférence intergouvernementale devrait y répondre en renforçant le rôle du Conseil dans les comités d'exécution, et en renforçant le contrôle démocratique exercé sur ces comités : contrôle du Parlement européen sur les représentants de la Commission, peut-être, mais aussi contrôle d'assemblées sectorielles composées de parlementaires nationaux, qui s'exercerait sur les représentants du Conseil.


Ressortissants de pays tiers
Explication de vote sur le rapport Kessler
par Georges Berthu, le 5 février 2002

La proposition de la Commission sur la circulation des ressortissants de pays tiers dans les pays de l'Union pour des séjours de moins de trois mois ne se contente pas d'en harmoniser les conditions mais, au passage, elle réduit certains contrôles au nom de la "liberté". C'est le cas par exemple de la "déclaration de présence" des étrangers prévue par la convention de Schengen, dont j'ai parlé hier dans le débat. Même si cette obligation de déclaration était mal appliquée, il me semble que l'urgence était plutôt de la renforcer, et non de l'affaiblir.

Dans un autre domaine, la Commission continue aussi sur sa lancée antérieure, en proposant l'institution d'une "autorisation spécifique de voyage" délivrée par un État membre pour le compte de tous les autres, afin de faciliter les déplacements de ressortissants de pays tiers pour une durée inférieure à six mois. Cette réforme montre bien la technique de subversion consistant à prendre appui sur un petit bord pour soulever un grand couvercle.

Aujourd'hui en effet, les séjours de plus de trois mois font l'objet de visas nationaux relevant de la souveraineté de chaque État. "L'autorisation de voyage" proposée par la Commission écornerait ce dispositif. Pour justifier cette dérogation, elle invoque, page 9 de l'exposé des motifs, le cas de certains étrangers qui auraient besoin de circuler pendant six mois à l'intérieur de l'Union en tant que "bénéficiaires de services", par exemple "touristes" ou "curistes", ou encore "musiciens", comme a ajouté le commissaire Vitorino pendant le débat. Ce prétexte est un peu léger : les touristes qui se promènent pendant six mois d'affilée dans l'Union ne sont guère nombreux, et ne justifient pas la mise au point d'une directive spécifique. L'intérêt, pour la Commission, se situe ailleurs : il s'agit de détruire la cohérence d'un système fondé sur les souverainetés nationales pour introduire un engrenage d'une autre nature, à finalité supranationale.

Cet exercice dogmatique n'amènera rien de plus pour la priorité d'aujourd'hui, le contrôle des flux migratoires et la sécurité. Mais il risquera au contraire de lui porter atteinte en favorisant l'apparition de failles et d'incohérences.


Ressortissants de pays tiers
Explication de vote sur le rapport Ludford
par Georges Berthu, le 5 février 2002

Nous avons voté contre le rapport Ludford, qui soutient la proposition de la Commission d'instituer un statut unifié des ressortissants de pays tiers résidant légalement depuis plus de cinq ans dans l'un des pays de l'Union. Cette idée nous paraît mauvaise en elle-même, car elle va uniformiser, figer l'existant, et priver chaque État membre de toute marge de manœuvre dans un domaine - la présence sur son territoire de résidents étrangers durables - qui doit rester avant tout du ressort des souverainetés nationales.

En second lieu, on ne peut pas donner à cette proposition de base juridique sans détourner le sens de l'article 63 du TCE, paragraphes 3 et 4, qui prévoit seulement des "mesures" concernant le séjour, et non un "statut" au sens complet du terme. Il est vrai toutefois que si le traité d'Amsterdam n'avait pas été ratifié, les failles exploitées aujourd'hui par la Commission n'existeraient pas.

Enfin, on constate une fois de plus qu'en pratique, la Commission se sert de cette idée de statut comme d'un levier pour donner aux ressortissants de pays tiers en résidence durable (y compris d'ailleurs les réfugiés, pour faire bonne mesure) des droits pratiquement égaux à ceux des citoyens nationaux. L'article 12 de la proposition de directive énumère les domaines où l'égalité de traitement serait de rigueur, c'est-à-dire quasiment tous, sauf le droit de vote.

Cette égalité systématique n'est pas justifiée : autant il est clair que les étrangers ont droit aux prestations pour lesquelles ils ont versé des cotisations, autant l'octroi de celles financées par l'impôt doit relever du libre choix de chaque nation. On se demande s'il n'y a pas là, dans cette recherche effrénée d'indifférenciation, une des causes profondes de la désaffection ressentie aujourd'hui dans nos pays envers la citoyenneté.


Ressortissants de pays tiers
Intervention dans le débat
par Georges Berthu, le 4 février 2002

Monsieur le Président, les deux propositions de directive présentées par la Commission sur les conditions de séjour et de circulation des ressortissants de pays tiers à l'intérieur de l'Union européenne nous paraissent pour le moins décalées par rapport aux nécessités du moment.

Elles sont issues d'un état d'esprit que nous avions cru périmé après les attentats du 11 septembre et qui consistait notamment à faire passer l'ouverture et la circulation sans contrôle avant la sécurité de nos concitoyens. Malheureusement, il faut le constater, cet état d'esprit dangereux demeure bien vivace.

Concernant les conditions de circulation des ressortissants de pays tiers, par exemple, la proposition de directive supprime l'obligation de déclaration qui leur incombe aujourd'hui, en application de l'article 22 de la convention Schengen, lorsqu'ils passent d'un pays de l'Union à un autre. Les États membres conservent la faculté de maintenir individuellement cette obligation, mais sous une forme atténuée et avec un délai de déclaration plus long.

À notre avis, c'est exactement le contraire qu'il aurait fallu faire. Il aurait fallu examiner comment rendre cette déclaration de présence plus opérationnelle et plus efficace. Personne ici n'ignore, en effet, qu'après le 11 septembre l'Europe a été accusée de constituer une base arrière trop facile pour les terroristes, parce que ses frontières internes sont trop poreuses. Or, ici, nous sommes à l'évidence devant une proposition qui augmenterait cette porosité.

De même, nous sommes opposés à l'institution d'une autorisation spécifique de voyage de six mois qui n'est pas prévue par le Traité et qui en fausserait l'esprit puisque selon lui, la politique commune des visas ne concerne que les visas de moins de trois mois.

Enfin, concernant l'autre proposition de directive relative aux ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, nous estimons que la Communauté n'a aucune compétence pour instituer, même à l'unanimité, un statut commun comprenant des principes unifiés. L'article 63 TCE prévoit seulement que le Conseil prendra "des mesures" relatives à la politique d'immigration dans le domaine des conditions d'entrée et de séjour, mais il ne peut s'agir, il ne doit pas s'agir d'un statut complet qui imposerait une solution centralisée, uniforme et rigide à tous les États membres. En particulier, nous ne considérons pas opportun de donner aux ressortissants de pays tiers, bénéficiaires de ce prétendu statut, des droits qui effacent les différences avec les citoyens nationaux et un droit de séjour quasiment automatique dans les autres pays membres.

Ceux de nos collègues qui pensent que nous sommes ici avant tout pour défendre les intérêts de nos peuples respectifs voteront contre ces deux projets.

 

 


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