> INTERVENTIONS PARLEMENTAIRES >
Janvier 2005
Session plénière à
Strasbourg du 10 au 13 Janvier 2005 :
Constitution pour l'Europe
Intervention dans le débat
par Philippe de Villiers, le 11 janvier
2005

Constitution pour l'Europe
Intervention dans le débat
par Philippe de Villiers, le 11 janvier
2005
Monsieur le Président, mes chers collègues,
il y a un mot qui manque dans cette Constitution: c'est
le mot "souveraineté". Il est remplacé
par le mot "identité". Ça n'est
pas du tout la même chose, car, aux quatre coins du
monde, nous le savons bien, il y a des peuples qui sont
forts de leur identité et qui réclament, justement,
la souveraineté: les Palestiniens, les Irakiens,
tant d'autres.
Or, en Europe, il y aura donc désormais
des peuples, au moment où ils sont menacés
de perdre leur identité avec l'entrée de la
Turquie dans l'Union européenne, qui vont perdre
leur souveraineté avec la Constitution. Un mot a
disparu, le mot "souveraineté", un autre
est apparu, le mot "loi", loi européenne,
mot qui est le symbole même des démocraties
nationales. Il y aura donc une loi européenne, désormais
juridiquement supérieure aux lois nationales, même
constitutionnelles. Donc, notre Constitution, pour chacun
de nos peuples, deviendra l'équivalent du règlement
intérieur d'une région d'Europe. Cette loi
européenne, supranationale, sera désormais
adoptée à la majorité et non plus à
l'unanimité. Il n'y a donc plus d'opposition possible
d'un peuple particulier, fût-ce pour défendre
ses intérêts vitaux.
Troisièmement, cette loi européenne
supranationale sera produite par une bureaucratie bruxelloise
qui se voit dotée des attributs d'un État.
Cette bureaucratie devient un acteur international à
part entière, qui aura le droit de conclure des accords
internationaux, elle disposera d'un ministre des Affaires
étrangères le mot ne trompe pas ,
elle bénéficiera du transfert, dans son patrimoine
d'attributions, des pouvoirs d'un super État: définition
des droits, définition des services publics, questions
d'immigration et de frontières.
Dans le même temps, et ce sera
mon dernier mot, les démocraties nationales seront
piétinées. Les parlements nationaux se voient
retirer le pouvoir de faire la loi. En compensation, ils
se voient dotés du droit de rendre des avis.