> INTERVENTIONS PARLEMENTAIRES >
Janvier 2002
Rapport ROD sur l'avis
conforme du Parlement européen sur le nouvel accord
de partenariat ACP-UE
par Dominique SOUCHET, le 17 janvier
2002
Rapport Alyssandrakis "Europe
et Espace, un nouveau chapitre"
par Dominique SOUCHET, le 17 janvier
2002
Politique de la pêche
par Dominique SOUCHET, le 17 janvier
2002
Rapport Hughton sur la
gestion des stocks de cabillaud
par Dominique SOUCHET, le 17 janvier
2002
Mise en circulation
des billets et pièces en €uro
par Georges BERTHU, le 16 janvier 2002

Intervention
de Dominique SOUCHET
Sur le vote du rapport ROD
Sur l'avis conforme du Parlement européen sur le
nouvel accord de partenariat ACP-UE
à Strasbourg, le 17 janvier
2002
Il faut saluer la démarche du rapporteur, M. Rod,
qui développe une approche à la fois critique
et constructive du processus de Lomé.
Critique, car il analyse sans complaisance les déficiences
d'un système très imparfait, ses lenteurs,
et parfois ses incohérences. Mais il ne perd jamais
de vue que le seul fait que la Convention de Lomé
existe et persiste est en soi un succès et une nécessité.
Celle-ci consacre en effet l'engagement des nations européennes
au côté des nations d'Afrique, des Caraïbes
et du Pacifique. Elle réaffirme la spécificité
de leurs liens. Elle cherche à utiliser au mieux
de leurs intérêts communs les relations historiques
que nos différents pays ont pu tisser au cours des
siècles.
Instrument de développement fondé sur des
préférences commerciales, le système
de Lomé est en permanence fragilisé par le
processus de l'OMC. C'est pourquoi il est important de rappeler
que, quels que soient les engagements pris par l'Union européenne
au titre de l'OMC, ceux-ci ne sont pas de nature supérieure
aux engagements juridiques contractés par les États
européens auprès de leurs partenaires en développement.
Le rapport Rod le rappelle très opportunément.
C'est pourquoi les députés du MPF au Parlement
européen soutiendront la recommandation du rapporteur
proposant de donner l'avis conforme à ce nouvel accord
de partenariat.
Intervention de
Dominique SOUCHET
Sur le rapport Alyssandrakis
"Europe et Espace, un nouveau chapitre"
à Strasbourg, le 17 janvier
2002
Le rapport Alyssandrakis a le mérite de reconnaître
et de souligner la remarquable efficacité de l'Agence
spatiale européenne, organe intergouvernemental et
acteur mondial majeur dans le domaine de la recherche et
des applications spatiales. L'ASE apporte un démenti
cinglant à ceux qui, par idéologie, prétendent
que la coopération intergouvernementale ne peut déboucher
que sur l'inefficacité et les blocages. Bien au contraire,
l'ASE préfigure l'Europe de demain, celle qui reliera
et assemblera, de manière variable selon les domaines,
des volontés et des compétences.
Notre premier devoir est donc de préserver à
tout prix la dynamique partenariale ainsi engagée
entre un certain nombre d'États conscients de l'importance
capitale du domaine spatial pour l'indépendance de
l'Europe. L'ASE a la chance d'échapper à la
lourdeur bureaucratique de procédures paralysantes.
Prenons donc bien soin de la maintenir hors du giron communautaire,
ce qui n'empêche nullement d'imaginer toutes les réflexions,
coopérations et passerelles que l'on voudra. Ne cherchons
surtout pas à faire de l'ASE une institution européenne.
Cela n'aurait d'ailleurs aucun sens, puisque certains membres
de l'Agence, et non des moindres, ne sont pas membres de
l'Union. Notre second devoir est, comme le souligne le rapporteur,
de maintenir le haut niveau de compétence technologique
que nous avons atteint en accordant "un appui public
substantiel et soutenu aux développements spatiaux
en recourant aux mêmes modalités que nos concurrents,
en particulier les programmes duaux et les aides massives
à la recherche".
Le blocage absurde de Galileo, qui nous maintient, dans
le domaine fondamental de la navigation par satellite, dans
la dépendance extérieure, montre a contrario
à quelles impasses tragiques peut conduire la méthode
communautaire: la capacité de blocage de quelques
maillons plus malléables suffit à paralyser
un projet essentiel pour l'indépendance de l'Europe.
Intervention
de Dominique Souchet
Sur l'avenir de la politique commune
de la pêche
à Strasbourg,
le 17 janvier 2002
Monsieur le Président, je souhaite
naturellement un prompt rétablissement à M.
Fischler et je demande aux fonctionnaires présents
de lui transmettre scrupuleusement nos préoccupations.
À l'heure où se prépare la nouvelle
politique commune de la pêche, je tenais à
attirer l'attention du commissaire sur trois points essentiels.
En premier lieu, la nouvelle politique commune de la pêche
doit impérativement garder comme socle le système
des TAC et des quotas qui est la meilleure façon
de mettre en adéquation les captures et l'état
des stocks. Oui, ces quotas doivent devenir pluriannuels.
En particulier, comme l'association du grand littoral atlantique
l'a demandé à la Commission, afin d'éviter
des variations erratiques d'une année sur l'autre
et de permettre aux pêcheurs de disposer du minimum
de visibilité sans lequel aucune activité
humaine ni économique n'est possible. En revanche,
ces quotas ne doivent à aucun prix devenir individuels
et transférables, auquel cas on assisterait à
une concentration irréversible et à l'extinction
de la vie maritime dans la plupart de nos régions
côtières. Nous tenons à notre système
actuel de gestion collective des quotas par les États
membres et les organisations professionnelles de pêcheurs.
En deuxième lieu, la nouvelle politique commune de
la pêche doit renoncer au système brutal, injuste,
coûteux et inefficace des réductions autoritaires
de capacité de la flotte. La Commission propose de
durcir les dispositifs existants en matière de renouvellement
de la flotte. Nous y sommes totalement opposés. Ce
n'est pas parce que, hier, la Commission a cautionné
une construction excessive en Europe de chalutiers usines
qu'elle doit aujourd'hui, par une sorte de symétrie
dans l'erreur, rendre impossible l'indispensable modernisation
de notre flotte artisanale dont la nécessité
est tristement attestée notamment par la multiplication
tragique des accidents dus au vieillissement de la flotte
au large de nos côtes atlantiques.
La flotte doit être gérée avec des instruments
souples et réversibles. À ce propos, les aides
à la modernisation, et en tout premier lieu les aides
à la première installation, celles qui concernent
les jeunes, doivent absolument être maintenues dans
la durée.
En troisième lieu, la nouvelle politique commune
de la pêche doit mettre en place un système
de gestion durable qui intègre donc les compétences,
les connaissances et l'expertise des professionnels dans
le processus de décision. De nombreux exemples récents,
comme celui de l'anchois ou du merlu, montrent qu'il est
extrêmement dangereux de s'en remettre exclusivement
aux estimations et aux modèles des biologistes pour
justifier des décisions aux conséquences socio-économiques
particulièrement lourdes. Dans un domaine où
l'évaluation de la ressource est extrêmement
complexe, il ne faut se priver d'aucune source d'informations.
Je souhaite que ces trois préoccupations, qui ont
été fortement soulignées au cours du
processus de consultations, inspirent les propositions de
règlements que le commissaire va prochainement nous
présenter. Par rapport au livre vert, il y a du chemin
à parcourir et de gros efforts à faire. Nous
demandons au commissaire de nous proposer une nouvelle politique
commune de la pêche qui soit essentiellement prospective
et non plus tristement palliative car nous croyons que la
pêche dans tous nos pays maritimes est au cur
du développement des régions côtières.
Nous croyons en l'avenir de la pêche. Nous voudrions
avoir une politique commune de la pêche, qui croit
aussi en l'avenir de la pêche.
Intervention de
Dominique SOUCHET
Sur le rapport Hughton
Sur la gestion des stocks de cabillaud
à Strasbourg, le 17 janvier
2002
Le plan présenté par la Commission
pénalise injustement les pêcheurs pour lesquels
le cabillaud demeure une prise accessoire. La Commission
accuse la pêche d'être à l'origine de
la raréfaction de la ressource pour les deux espèces
dont il est question, mais elle n'a visiblement pas bien
pris en compte l'impact des captures de la pêche industrielle
du lançon sur la population de cabillaud. Le lançon,
en effet, sert d'aliment au cabillaud et c'est sa raréfaction,
du fait d'une pêche minotière excessive mais
néanmoins parfaitement tolérée par
la Commission, qui est à l'origine du déséquilibre
constaté au niveau de la population de cabillaud.
Concernant le merlu, la situation n'est, semble-t-il, plus
aussi "catastrophique" que l'estimait la Commission
il y a six mois, ce que confirme le TAC retenu pour 2002.
Celui-ci est en effet sensiblement plus élevé
que ce qui nous était annoncé en 2001. Voilà
un rappel opportun à la modestie adressé aux
biologistes dont les seuls avis gouvernent l'actuelle PCP.
Les évaluations du CIEM paraissent inutilement alarmistes,
surtout en ce qui concerne le merlu, dont les populations
ont de toute évidence commencé à récupérer.
Les mesures proposées ne sont donc pas les bonnes.
D'ailleurs, la Commission reconnaît elle-même
qu'elle va au-delà des recommandations scientifiques.
De plus, on constate, à l'heure où la Commission
fait, dans le Livre vert, des déclarations d'intention
de bonne gouvernance, un manque total de concertation avec
la profession. Quel écart entre les proclamations
théoriques et les comportements effectifs!

Intervention de Georges BERTHU
Lors du débat suivant la déclaration
de la Commission européenne sur la mise en circulation
des billets et pièces en euro
à Strasbourg, le 16 janvier
2002
Monsieur le Président, le président Prodi
nous a dit ce matin que la mise en circulation des pièces
et billets en euros était un immense succès.
Et plusieurs orateurs viennent d'aller encore plus loin
en évoquant l'enthousiasme des consommateurs qui
se seraient jetés, paraît-il, sur la nouvelle
monnaie.
Cette présentation nous paraît excessive. L'échange
des pièces et des billets a été une
opération techniquement bien menée, oui, mais
les consommateurs ne pouvaient pas faire autrement, quelques
jours plus tôt ou plus tard, que d'utiliser
les nouveaux signes monétaires. Le véritable
test va être celui de la gestion de l'euro dans les
années à venir. Et à cet égard,
si j'étais à la place des fédéralistes,
je ne me réjouirais pas. Je serais plutôt inquiet.
Car, aujourd'hui, des gens qui occupent une place bien différente
de la nôtre sur l'échiquier politique, comme
Jacques Delors, disent exactement ce que nous avons toujours
dit, à savoir que l'euro ne peut pas fonctionner
tel quel. Il faudrait accélérer l'intégration,
comme l'a déclaré Romano Prodi. Il faudrait
renforcer le pilier économique ou passer à
l'Europe politique, comme disent d'autres. Bref, il faut
davantage de pouvoir supranational et intégrateur
au niveau européen, c'est-à-dire, qu'on le
tourne comme on voudra, davantage de super-État.
C'est là que le bât blesse, Monsieur le Président.
L'Europe est-elle prête à accepter ce super-État?
Non! D'abord, les nations d'Europe sont suffisamment différentes
à tout point de vue pour ne pas former une zone monétaire
optimale. Certains ici répondront sans doute qu'un
super-État doté d'un pouvoir de mise en cohérence
n'en est que plus nécessaire. Oui, certes, il n'en
serait que plus nécessaire, mais en même temps
il n'en est que plus impossible. Voilà le cercle
vicieux dans lequel les pays de la zone euro vont se débattre
au cours des prochaines années. On pourrait aussi
parler d'une course de vitesse. Ou bien, pour faire fonctionner
l'euro, ses responsables réussiront assez vite à
déstructurer les nations et à construire le
super-État et, à ce moment-là, l'euro
peut durer mais avec une Europe et une démocratie
dans quel état, ou bien les nations, par la persistance
de leurs seules différences, rendront impossible
la gestion de la monnaie unique. Pour nous, notre préférence
est claire, Monsieur le Président, aussi bien par
affection pour notre patrie que par conviction de la nécessité
première du cadre national pour la démocratie
et pour la solidarité.
Mais n'y a-t-il pas une troisième hypothèse,
celle d'une monnaie unique sans État. Elle pourrait
nous séduire mais en fait personne ne sait comment
elle fonctionnerait en cas de chocs asymétriques.
Et d'ailleurs les marchés eux-mêmes n'y croient
pas, comme le prouve la faiblesse persistante de l'euro
ces derniers jours. Ainsi l'euro nous lance-t-il dans une
aventure aux conséquences politiques et financières
très lourdes dont les citoyens n'ont pas été
prévenus et qu'ils ne sont pas prêts à
assumer. Vraiment, ses concepteurs devraient plutôt
s'inquiéter.