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Intervention de M. Dominique Souchet sur la marée noire du "Prestige"
lors de la session extraordinaire du Conseil général de la Vendée à La Roche-sur-Yon le 10 janvier 2003

Monsieur le Président,
Mes chers Collègues,

La population de nos côtes atlantiques, notamment en Vendée, est profondément choquée de constater que le naufrage du "Prestige" intervient exactement dans le même contexte juridique, absolument inchangé, que celui de l'Erika. Nous ne pouvons donc pas faire l'économie d'une réflexion sur la longueur et la lourdeur des procédures européennes en matière de sécurité maritime.

L'élaboration des paquets de directives "Erika I" et "Erika II" aura pris respectivement 3 ans et demi et près de 4 ans et demi. En comparaison, dix mois seulement s'étaient écoulés entre le naufrage de l'Exxon Valdez et le vote par le Congrès américain de l'Oil Pollution Act.

Mais plus importante encore que la question des délais est celle du contenu des mesures prises. Contenu fort, exigeant dans le cadre américain. Contenu faible des directives européennes, qui restent muettes sur deux problèmes essentiels : la responsabilité de l'affrèteur et l'interdiction des navires poubelles en transit dans nos eaux (c'était le cas du "Prestige").

Pourquoi ce contenu faible des dispositions européennes ? Parce que les pires adversaires de la rigueur en matière de sécurité maritime sont européens et sont majoritaires en Europe : courtiers britanniques, armateurs scandinaves, armateurs grecs, gestionnaires du port de Rotterdam... Les choses ne devraient pas s'arranger avec l'élargissement, puisque nous allons intégrer les quatrième et cinquième puissances mondiales en matière de pavillons de complaisance. Il s'agit, immédiatement après Panama, le Libéria et les Bahamas, de Malte et de Chypre. Je ne parle même pas de la Turquie, qui, à elle seule, possède près de la moitié des navires figurant sur la liste noire de l'Union européenne.

Pour faire progresser la sécurité maritime, nous ne devons donc pas compter sur l'Union européenne. Nous devons compter sur notre propre volonté politique et sur celle des Etats qui, comme nous, sont les plus exposés aux marées noires. Rappelons que les deux-tiers des approvisionnements en hydrocarbures des pays européens passent au ras des côtes françaises. L'accord Chirac-Aznar du Sommet franco-espagnol de Malaga a montré la bonne voie, mais il faut aller plus loin.

Il faut assigner les Etats qui louent leur pavillon à des navires qu'ils ne contrôlent pas devant le Tribunal du Droit de la Mer. Le gouvernement français doit assigner celui des Bahamas, qui a accordé son pavillon au "Prestige". Il ne faut plus laisser passer de navires poubelles dans le rail de Ouessant. Il faut enfin s'atteler, avec les pays les plus concernés et les plus motivés, en particulier les Etats-Unis, à une réforme du statut de l'Organisation Maritime Internationale, pour que celle-ci ne soit plus entre les mains des pays pour lesquels les pavillons de complaisance constituent une ressource essentielle.

Toutes ces actions relèvent des Etats. C'est à eux d'agir. Personne, au niveau européen, ne viendra défendre nos côtes à notre place. Notre détermination vendéenne peut jouer à cet égard un rôle incitatif très utile.


Résolution du Conseil général de la Vendée réuni en session extraordinaire le 10 janvier 2003 sur la marée noire du "Prestige"

Proposée par Dominique Souchet, la résolution suivante a été adoptée à l'unanimité :

"Le Conseil général de la Vendée, réuni en session extraordinaire le vendredi 10 janvier 2003, pour examiner les conséquences de la marée noire du "Prestige", demande au gouvernement français, dans le cadre de la lutte indispensable à engager contre les pavillons de complaisance, d'assigner le gouvernement des Bahamas, qui a accordé son pavillon au "Prestige", navire poubelle, à l'origine d'une grave pollution de l'environnement marin des côtes atlantiques, devant le Tribunal du Droit de la Mer de Hambourg, en application de l'article 217 de la Convention de Montego Bay sur le droit de la mer."


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