Intervention de Dominique SOUCHET
à l'ouverture de la session du Conseil général
de la Vendée
Les Sables d'Olonne, le 25 septembre
2003
Monsieur le Président,
Mes chers collègues,
Les évolutions très préoccupantes
de la nouvelle politique commune de la pêche, en
vigueur depuis le 1er janvier dernier, doivent impérativement
être évoquées à l'occasion
de l'ouverture aux Sables d'Olonne de notre session.
Le commissaire Fischler n'a pas attendu
longtemps pour utiliser à plein les nouvelles armes
qui lui ont été données dans le cadre
de la nouvelle politique commune de la pêche. Deux
armes, en particulier, ont sa faveur : les plans de reconstitution
des stocks menacés et la gestion par l'effort de
pêche, c'est-à-dire en fait l'instauration
de jours de non-pêche.
La Commission lance sur un rythme
accéléré un nombre important de plans
de reconstitution. Deux de ces plans risquent de toucher
durement la pêche vendéenne et en particulier
le port des Sables d'Olonne : les plans merlu du nord
et sole du golfe de Gascogne.
Le plan merlu a été
déposé par la Commission. J'en suis le rapporteur
pour le Parlement européen. Il est drastique. Ses
fondements scientifiques sont contestés par les
professionnels. Il repose sur une base 2000, alors que
les pêcheurs ont constaté une remontée
importante de la ressource merlu en 2002 et 2003. Ils
sont également contestés par certains scientifiques
qui remettent en cause ses modalités de calcul.
Il est donc très dangereux de construire une énorme
usine à gaz, qui risque d'être ingérable,
sur des bases aussi fragiles et contestables. C'est pourtant
ce que fait la Commission en proposant d'octroyer à
chaque Etat un nombre limité de jours de mer qui
devront ensuite être répartis entre tous
les navires ayant pêché du merlu entre 2000
et 2002, au prorata de la quantité pêchée
par chacun, à laquelle seront appliqués
des coefficients réducteurs de l'ordre de 40 %.
Cela veut dire que, s'il n'est pas
modifié, le plan merlu va clouer à quai
pour des périodes significatives tous les navires
ayant pêché du merlu pendant la période
de référence. Or, pratiquement tous nos
bateaux pêchent plusieurs espèces. Mais lorsque
ces bateaux seront immobilisés pour avoir pêché
du merlu, ils ne pourront bien évidemment pas aller
pêcher autre chose : je vous laisse imaginer le
manque à gagner pour nos entreprises de pêche
et le découragement des équipages !
Nos pêcheurs sont également
très inquiets des premiers éléments
qui filtrent sur le futur plan sole, qui aura la même
architecture que le plan merlu et qui prévoit aujourd'hui
de diviser par huit les quantités pêchées.
Il y a là de quoi faire chuter plusieurs ports
vendéens. La Commission procède à
l'envers : jamais elle ne part de la nécessité
de préserver l'équilibre des ports et des
criées pour en tirer les conséquences. Elle
procède à l'aveugle, sans se soucier des
conséquences socio-économiques des mesures
qu'elle définit.
Je voudrais enfin me faire l'écho
d'une troisième inquiétude qui taraude nos
pêcheurs. Ils ont appris avec surprise que le projet
de Constitution européenne, élaboré
sous l'égide de M. Giscard d'Estaing, avait décidé
de retenir parmi les quatre domaines de compétence
européenne exclusive, à côté
de la monnaie, du commerce, et des douanes, "la
conservation des ressources biologiques de la mer dans
le cadre de la politique commune de la pêche".
C'est l'article 12 du projet de Constitution. Compétence
européenne exclusive signifie compétence
inaliénable et impartageable. Cela veut dire que
sur ce que nos pêcheurs pourront pêcher, sur
les quotas, les Etats membres, la France n'auraient plus
leur mot à dire, ce qui est absolument inacceptable.
Dans ces conditions, le voeu de
notre assemblée sur la pêche, que vous avez
souhaité, Monsieur le Président, devra à
mon sens attirer vigoureusement l'attention de nos autorités
gouvernementales sur la véritable folie que serait
le dessaisissement complet des Etats en matière
de pêche, dans le cadre de cette Constitution européenne,
ainsi que sur les effets désastreux qu'auraient
pour nos emplois maritimes directs et indirects l'adoption
de plans de reconstitution qui seraient totalement disproportionnés
par rapport aux besoins réels de préservation
de la ressource.
Nos pêcheurs sont les premiers
à vouloir préserver la ressource. Ils veulent
participer à leur évaluation. Ils expérimentent
des engins sélectifs. Ils sont prêts à
observer des périodes de repos biologique pourvu
qu'on mette en place les compensations financières
nécessaires. Voilà les mesures positives
qu'il faudrait encourager au lieu d'inventer sans cesse
de nouveaux corsets se surajoutant les uns aux autres,
qui découragent nos pêcheurs alors qu'ils
exercent le plus beau métier du monde et qu'ils
sont une composante essentielle de la Vendée, telle
que nous l'aimons, et telle que nous la voulons.