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Entretien avec Elizabeth
Montfort : la Bioéthique, de quoi parlons-nous
?
Chers
amis,
La Bioéthique est au coeur de notre
rentrée politique parce que le projet de révision
des lois de bioéthique de 1994 sera discuté
à l'Assemblée nationale et au Sénat
à partir de janvier 2002, et parce que le Parlement
européen est appelé de son côté
à voter une résolution sur les "incidences
sociales, économiques, juridiques et éthiques
de la médecine moderne", préparée
par la commission temporaire de génétique
humaine.
Depuis 30 ans, les sciences du vivant ont
fait des progrès considérables, le génome
humain a été décodé, ouvrant
des perspectives de diagnostic et de traitement.
Depuis quelques mois, l'annonce de techniques
nouvelles conduit à espérer la guérison
de maladies incurables.
Aussi, est-il légitime de se demander
ce qu'est devenu l'être humain pour son semblable
: un matériau, ou une personne humaine digne de respect
et d'attention ?
Parce que les recherches intéressent les scientifiques,
les citoyens, les autorités morales et les responsables
politiques, le débat doit être largement ouvert
à tous.
I-
LES ENJEUX DE LA BIOETHIQUE
1. La Bioéthique au coeur
d'intérêts contradictoires
Il est tout d'abord nécessaire de
rappeler pourquoi une commission de bioéthique a
été créée au Parlement européen,
bien que cette question relève de la compétence
des Etats.
Après que le Premier ministre britannique
Tony Blair ait annoncé l'autorisation du clonage
thérapeutique, j'ai rédigé avec trois
autres députés européens une résolution
qui interdisait le clonage humain à des fins reproductives
ou à des fins thérapeutiques. Cette résolution
a été adoptée à 7 voix de majorité
et a entraîné une contestation de la part des
opposants qui considéraient qu'aucun débat
n'avait eu lieu.
C'est ainsi qu'est née cette commission temporaire
qui se réunit deux à trois fois par mois à
Bruxelles ou à Strasbourg. Elle a pour mission de
rédiger un rapport qu'elle présentera au mois
d'octobre, le vote intervenant en session plénière
au mois de novembre 2001. Le texte adopté constituera
la position officielle du Parlement euroépen sur
les questions de génétique humaine.
Au sein de cette commission, nous accueillons
des scientifiques, des médecins, des juristes, mais
aussi des représentants des différentes religions,
c'est-à-dire toutes ces personnes qui, de près
ou de loin, sont concernées par ces questions de
bioéthique. Nous avons aussi les interventions des
représentants des Parlements nationaux, d'associations
de patients et d'industries biotechnologiques. Tous ces
acteurs sont invités à s'exprimer et à
donner leur analyse et leur position sur le sujet et ses
différents intérêts :
- Il y a tout d'abord les intérêts
des scientifiques. Il est vrai que depuis trente ans,
la recherche scientifique concernant le vivant a fait des
progrès considérables et les scientifiques
veulent poursuivre leurs recherches et leurs travaux dans
ce domaine. Ils n'ont pas du tout l'intention de se laisser
enfermer dans un cadre rigide qui freinerait leur travail
d'approfondissement.
- Il y a également les intérêts
des industries biotechnologiques, dont le but est de
faire vivre leurs industries et donc ces industries ont
tout intérêt à s'appuyer sur les découvertes
scientifiques pour être les plus performantes dans
un domaine précis. Et l'enjeu de ces entreprises
biotechnologiques est d'être les premiers sur le marché,
pour pouvoir être les premiers à vendre tel
produit ou telle technique, en vue de traitements.
Mais il y a également l'intérêt
des personnes qui sont pour la plupart des personnes malades.
Donc, il s'agit de voir comment la dignité de ces
personnes est prise en compte dans la recherche scientifique,
dans la décision de produire de nouveaux médicaments
ou de nouveaux traitements, quelle est la liberté
de ces personnes pour accéder à la connaissance,
pour accéder à des traitements ?
Autant de questions et de dimensions qu'il
nous faut prendre en compte ; c'est notre rôle, le
rôle du politique.
2. La Bioéthique au coeur
de la politique
Comme nous venons de le voir, ces intérêts
sont à première vue contradictoires. C'est
le rôle du politique que d'arriver à concilier
tous ces intérêts. L'intérêt
du patient, c'est de trouver un traitement pour sa maladie,
l'intérêt du scientifique, c'est de poursuivre
sa recherche, l'intérêt des sociétés
biotechnologiques, c'est de trouver des traitements fondés
sur les découvertes scientifiques actuelles.
Le politique ne pourra concilier ces intérêts
qu'en ayant comme objectif final de sa responsabilité
la recherche permanente du bien commun, fondé sur
le respect de la liberté et de la dignité
de chacun des acteurs. Si nous n'avons pas ensemble cet
objectif, le scientifique va poursuivre ses recherches dans
n'importe quelle direction, les sociétés biotechnologiques
auront tendance à mettre en avant la recherche du
profit ou l'aspect financier, et le patient sera prêt
à n'importe quel traitement pour obtenir sa guérison.
Cet objectif commun demande un grand travail
de discernement car il ne se dégage pas, au Parlement
européen, une position commune.
On pourrait dire en schématisant,
qu'il y a deux grandes tendances : il y a la conception
scientiste et la conception humaniste. Pour les scientistes,
rien ne peut et ne doit arrêter la recherche scientifique.
La recherche scientifique est un vaste champ d'investigations
et le scientifique, c'est l'homme le plus libre qui soit,
donc rien ne peut encadrer ses recherches ou ses travaux,
rien ne peut limiter la poursuite de ses travaux.
La deuxième conception, c'est la conception
humaniste : ce qui prime c'est le respect de la dignité
humaine c'est-à-dire la science est au service de
l'être humain, il y a une dépendance de la
science par rapport à la dignité de la personne
humaine.
Je pense que ce débat doit être
organisé par les politiques, mais ce débat
doit avoir lieu avec toutes les parties prenantes et tous
les acteurs. Aujourd'hui, ce débat n'a pas lieu,
comme il n'a pas eu lieu en France en 1994 ; au Parlement
européen, il a commencé au sein de la commission
de bioéthique, mais il n'a pas encore eu lieu entre
tous les députés européens.
3. Il faut dire la vérité
L'utilisation du langage est capitale, car,
lorsqu'il y a des réticences dans la population,
on trompe les citoyens par un abus de langage.
Par exemple, en décembre dernier,
le Parlement de Grande-Bretagne, donc la Chambre des Communes
et la Chambre des Lords, a accepté le projet de loi
sur l'autorisation du clonage thérapeutique. Et trois
mois après, le Premier ministre britannique, Tony
Blair, a déclaré qu'il était prêt
à déposer un projet de loi pour interdire
tout clonage humain. Quand j'ai vu cela dans la presse,
je n'ai pas compris cette volte-face. Je ne voyais pas pourquoi,
trois mois après le vote du Parlement britannique,
on revenait sur ce qui avait été voté
par les représentants des citoyens britanniques.
En regardant d'un peu plus près l'article, je me
suis aperçue que Tony Blair voulait réserver
le terme de clonage au clonage reproductif. Nous l'avons
vu en France également où Lionel Jospin a
affirmé d'une façon très claire qu'on
ne pouvait utiliser le terme "clonage" que pour
le clonage reproductif.
Pourquoi ? Parce que ces deux Premiers ministres,
britannique et français, savent très bien
que la question du clonage est une question très
difficile à accepter par la population britannique
ou la population française ; le seul moyen d'éviter
une réticence de la part du citoyen, voire même
une opposition, était de conserver le terme de clonage
uniquement au clonage reproductif. Et pour le clonage thérapeutique,
on utilisera une autre formule. Or, quand on regarde la
technique du clonage, la technique est la même que
ce soit à des fins reproductives ou à des
fins thérapeutique. Il y a donc bien là un
abus de langage.
On pourrait donner un autre exemple : nous
avons auditionné le Professeur Mattéi précisément
sur la question du clonage. Il disait qu'on ne pouvait pas
parler de création d'embryons humains dans l'utilisation
d'un ovocyte dénucléarisé et remplacé
par un noyau d'une cellule somatique d'un individu à
traiter, parce qu'il n'y avait pas eu de fécondation.
Bien sûr il n'y a pas eu de fécondation à
partir d'un don d'ovule et de spermatozoïde, mais c'est
une fécondation asexuée qui produit un embryon
humain. Là encore, on sent bien que lorsqu'il y a
des réticences dans la population, on contourne la
difficulté en employant une formule qui sera acceptable
par tous. Cela est inconcevable, inadmissible, parce que
le citoyen a le droit à la vérité.
Et ce n'est pas parce qu'il est moins bien informé
ou parce qu'il n'a pas accès à la connaissance
comme le scientifique dont c'est le métier, qu'on
doit lui cacher la vérité. Donc nous avons,
nous, c'est notre rôle, celui du politique, l'obligation
d'employer les termes précis quelle que soit la technique,
et quel que soit le niveau de réticence dans la population.
II- EMBRYON OBJET OU EMBRYON SUJET
?
1. Passage du contrôle quantitatif
au contrôle qualitatif des naissances
Depuis une quarantaine d'années, nous
avons assisté à ce qu'on a appelé la
"régulation des naissances", la planification
des naissances, qui a eu pour conséquence la diminution
des naissances. La femme a pu maîtriser sa fécondité
par la contraception mais aussi par l'IVG.
Je voudrais faire une parenthèse parce
que ces moyens contraceptifs et spécialement l'avortement
ont eu une conséquence terrible pour le couple puisque
la femme est devenue seule maître de sa fécondité
(sur un sujet essentiel pour un couple), dans une solitude
complète. Je crois que lorsque la contraception a
été votée et quand l'IVG a été
décidée en 1975, on n'a pas mesuré
cette conséquence là. Il faut quand même
la noter parce que si on considère qu'il ya complémentarité
entre l'homme et la femme, cela veut dire coopération
entre l'homme et la femme. Or sur le plan de la maîtrise
de la fécondité, il n'y a plus cette coopération,
ou en tout cas cette coopération est affaiblie du
fait de la maîtrise de la fécondité
par la femme seule. Je voulais préciser ce point
là.
On a donc pu maîtriser le nombre des
naissances, jusqu'au moment où on a autorisé
la fécondation in vitro qui, au début, avait
pour but de soigner la stérilité des couples.
Et puis, petit à petit, quitte à implanter
un embryon dans l'utérus d'une femme, autant implanter
un embryon qui soit sain ; on en est donc arrivé
au diagnostic préimplantatoire (DPI) qui conduit
à sélectionner les embryons. Qui dit sélectionner
dit "qualifier" les embryons et rejeter ceux qui
présenteraient des anomalies. Le passage entre le
quantitatif et le qualitatif, c'est le diagnostic préimplantatoire
à partir de la fécondation in vitro. Ce diagnostic
préimplantatoire a des conséquences fatalement
eugéniques car la sélection d'embryons sains
conduit à l'élimination de ceux qui ne le
sont pas. Il s'agit de la sélection de la race
humaine finalement à partir du point de vue de la
santé. C'est ainsi que l'on est arrivé
progressivement à passer du contrôle quantitatif
au contrôle qualitatif de l'embryon, donc des naissances.
De plus cette sélection entraîne la destruction
d'embryons et la discrimination entre ceux qui auraient
le droit de vivre et ceux qui ne seraient pas digne de vivre
parce que porteurs d'anomalies génétiques.
Au départ, la fécondation in
vitro se faisait entre mari et femme, plus particulièrement
entre homme et femme d'un même couple, et puis quand
on s'est aperçu qu'il y avait certains problèmes,
il a fallu aller chercher des ovules et des spermatozoïdes
ailleurs ; évidemment se pose alors le problème
de la fourniture. Excusez-moi d'employer des mots techniques,
mais on est là dans le domaine très matériel
- je sais qu'il y a en Chine par exemple des dons de spermatozoïdes
qui sont faits par des Chinois et il y a une obligation
que ces Chinois soient jeunes, car pour éviter des
anomalies il vaut mieux prendre des donneurs qui soient
jeunes.
La dérive possible est donc qu'il
y ait un véritable marché d'ovocytes, ou un
véritable marché des spermatozoïdes en
vue de la fécondation in vitro. Je pense à
l'exemple qui a frappé tous les esprits récemment
: cette femme française de 62 ans qui a acheté
un ovule 100 000 francs aux Etats-Unis ; cet ovule a été
fécondé, puis introduit dans son utérus
et elle a donné naissance à un enfant, je
ne sais plus d'ailleurs si c'est un garçon ou une
fille. Peu importe. Il y a donc déjà dans
le monde un commerce à partir d'ovules ou de spermatozoïdes,
cela est inacceptable. Il y a dans la Convention européenne
des Droits de l'Homme, l'interdiction de vendre des êtres
humains ou l'interdiction de vendre une partie de l'être
humain.
Or, là, nous sommes dans le commerce
d'une partie de l'être humain. Il est inacceptable
qu'une partie de l'être humain fasse l'objet de commerce
car l'être humain, comme toute partie de l'être
humain, n'est pas un bien marchand. Les avantages du DPI
sont présentés ainsi : quand il y a dans une
famille une maladie héréditaire, par exemple
la mucoviscidose, il est évident que les parents
souhaitent ne pas avoir un deuxième, voire un troisième
enfant atteint de la même maladie héréditaire
; dans ce cas, la fécondation in vitro avec le diagnostic
préimplantatoire est autorisée par la loi
française. Elle n'est pas autorisée par la
loi allemande. Ce diagnostic préimplantatoire va
permettre de sélectionner des embryons et d'introduire
dans l'utérus de la femme, de la mère, seulement
un embryon qui ne soit pas atteint, qui ne soit pas porteur
de ce gène héréditaire.
En Allemagne, c'est complètement différent.
L'Allemagne a dans sa mémoire collective le souvenir
de la sélection de la race allemande pendant la dernière
guerre et les médecins allemands et le Président
Rau n'acceptent pas qu'il y ait des techniques qui conduisent
à la sélection de la race, c'est pourquoi
les Allemands refusent le diagnostic préimplantatoire.
Alors on comprend très bien le désir
des parents de ne pas donner la vie à un enfant qui
soit porteur d'une maladie héréditaire, mais
on peut aussi entrevoir les conséquences : à
partir du moment où on pratique un diagnostic préimplantatoire
sur une maladie précise pourquoi ne pas faire un
diagnostic préimplantatoire pour d'autres types de
maladies ? Et où fixerons-nous la limite de l'acceptable
?
Le diagnostic préimplantatoire
porte en lui-même les germes de l'eugénisme,
puisque le diagnostic préimplantatoire consiste à
sélectionner, donc à éliminer les embryons
qui seraient porteurs d'une maladie incurable ou d'une maladie
plus ou moins grave.
Il y a dans notre société une
marginalisation des handicapés. Il y a, plus généralement,
une marginalisation des êtres qui ne sont pas comme
les autres. Nous avons beaucoup de mal aujourd'hui à
accepter la différence. Et le handicapé n'a
pas la place qui lui revient dans notre société
et nous n'avons pas trouvé d'autres solutions que
l'élimination de ces handicapés. Si on ne
regarde que l'apparence, le handicapé effectivement
présente des aspects qui peuvent être rebutants.
C'est un être qui a du mal à se déplacer,
qui sera limité dans l'exercice de la vie quotidienne
; ne mérite-t-il pas pour autant le respect ? Il
s'agit en fait d'êtres humains capables de beaucoup
plus de choses que ce que l'on voit dans l'apparence et
notre société ne fait pas la place qu'elle
devrait faire aux handicapés, et à tous ceux
qui sont différents, riches de leur différence.
Il y a un lien direct entre le DPI et l'accueil
du handicapé. Le diagnostic préimplantatoire
a comme but la suppression de tout enfant porteur d'un handicap
ou porteur d'une erreur génétique. C'est bien
cela l'objectif du diagnostic préimplantatoire.
En fait, il me semble que l'on prend le problème
à l'envers : au lieu de trouver des moyens pour accueillir
cet enfant handicapé, pour aider les parents à
mieux s'en occuper ou pour créer des structures d'accueil
on n'a pas trouvé d'autres moyens que la solution
radicale qui consiste à supprimer cet enfant handicapé.
On peut aussi se poser la question de savoir si à
la suite d'un accident de voiture qui laisse un jeune de
20 ans complètement handicapé, paraplégique
ou dans une dépendance totale, on en viendrait pas
un jour, à lui supprimer la vie ?
A partir du moment où l'on fait
une exception dans l'accueil de l'être humain, on
s'aperçoit très vite que les exceptions se
multiplient et deviennent la règle générale,
la norme.
2. De la médecine réparatrice
à la médecine prédictive : la thérapie
génique
La mission du médecin est de soigner.
Le médecin a une obligation de moyens, il n'a pas
une obligation de résultats. Il ne peut pas promettre
à des parents qui ont un enfant malade de donner
la guérison. Mais il a l'obligation de tout mettre
en oeuvre pour soigner. Avec les progrès des techniques
des dernières années, on est passé
d'une médecine réparatrice, une médecine
qui soigne, à une médecine prédictive,
notamment grâce au décodage du génome
humain. Il y a quelques mois le génome humain a été
décrypté et se pose donc la question de la
brevetabilité du génome humain. Est-ce qu'il
s'agit d'une découverte ou d'une invention ? S'il
s'agit d'une invention on pourrait envisager la brevetabilité
du génome humain, mais s'il s'agit d'une découverte
on ne peut pas avoir de brevet sur le génome humain.
Aujourd'hui, la plupart des scientifiques s'accordent pour
dire qu'il ne s'agit pas d'une invention, mais d'une découverte.
Cette découverte du génome
humain ouvre des champs d'action considérables
parce qu'on va pouvoir sectionner, limiter une séquence
du génome humain, repérer le gène qui
est porteur d'une maladie incurable et le traiter. C'est
ce qu'on appelle la thérapie génique.
La connaissance du génome humain peut avoir deux
buts : soit l'objectif est de soigner les maladies, auquel
cas c'est une bonne chose que d'approfondir les connaissances,
soit on va utiliser les connaissances génétiques
de telle ou telle personne à des fins d'assurance,
à des fins d'embauche donc à des fins discriminatoires.
Cela est inacceptable parce qu'il n'y a plus égalité
de traitement, et qu'il y a une discrimination par rapport
à des personnes qui seraient porteuses d'erreurs
génétiques.
De plus, la découverte d'une maladie
génétique n'est pas toujours liée au
traitement correspondant. La connaissance du génome
humain ou de la carte génétique ne donne pas
lieu dans le même temps à la thérapie
adaptée. C'est ce qui est dramatique. Nous avons
aujourd'hui découvert 3 000 maladies génétiques,
environ, mais n'avons que 15 thérapies à notre
disposition pour soigner ces maladies génétiques.
Et on voit bien que le but de cette recherche génétique,
n'est pas tant de trouver le moyen de soigner ces maladies,
que de supprimer une vie qui serait porteuse d'une erreur
génétique. Et c'est là où la
découverte du génome humain peut conduire
à des dérives.
Si une meilleure connaissance du génome
humain est de traiter les maladies découvertes, c'est
extraordinaire, parce qu'on peut adapter une thérapie
à la maladie qu'on a trouvée. Mais si le but
c'est de supprimer une vie qui est porteuse d'une maladie
génétique, il me semble que c'est une impasse
de la recherche scientifique.
3. La thérapie cellulaire
Depuis quelques mois on parle beaucoup de
l'utilisation des cellules souches, des cellules souches
adultes, des cellules souches embryonnaires et également
du clonage. Très brièvement de quoi s'agit-il
?
Pour traiter certaines maladies, les scientifiques
ont envisagé d'utiliser des cellules embryonnaires
qui ne sont pas différenciées et qui peuvent,
par des techniques et des cultures spéciales, donner
soit des tissus, soit des organes dont on peut se servir
pour traiter un tissu dégénérescent
(comme dans la maladie de Parkison ou d'Alzeihmer), ou remplacer
un organe déficient par une greffe sur un être
malade. Le problème dans l'utilisation de ces cellules
embryonnaires, c'est qu'elle risque de conduire à
une immuno-incompatibilité puisque la cellule embryonnaire
et l'être humain à traiter n'ont pas le même
patrimoine génétique ; il y a donc un risque
de rejet de la greffe. Face à cela, les scientifiques
ont envisagé de cloner cette cellule embryonnaire,
de la dénucléariser et de mettre à
la place le noyau d'une cellule somatique du malade à
traiter ; on peut donc affirmer que l'utilisation des cellules
embryonnaires conduit nécessairement au clonage thérapeutique,
précisément pour éviter l'immuno-incompatibilité.
En outre, les cellules souches embryonnaires
proviennent soit d'embryons fabriqués in vitro, soit
d'embryons surnuméraires qui n'ont pas été
implantés dans le cadre de la fécondation
in vitro ; ce sont des embryons qui seront détruits
après le prélèvement des cellules pour
cette technique réparatrice.
Se pose alors la question de la production
d'embryons : aurons-nous assez d'embryons à notre
disposition pour soigner toutes les maladies incurables
que nous aurons à traiter ?
Les scientifiques ont envisagé une
autre technique, (c'est aussi un clonage), mais là
il ne s'agit plus d'utiliser un embryon, mais un ovocyte,
donc une cellule germinale ; de le dénucléariser,
et de mettre à la place un noyau d'une cellule somatique
d'un être malade, donc de celui que l'on va soigner.
Certains disent, comme le Professeur Mattéi, qu'il
ne s'agit pas d'un embryon. Mais là on joue sur les
mots parce que si cette cellule qui contient le patrimoine
génétique, (donc 46 chromosomes), est introduite
dans l'utérus d'une femme, il y a toutes les chances
qu'elle devienne un embryon, puis un foetus, puis un nouveau
né.
Il s'agit d'une fécondation asexuée
qui produit bien un embryon. Donc c'est bien la même
technique qui sera utilisée à des fins reproductives
ou à des fins thérapeutiques. J'ajoute que
cette utilisation d'ovocytes est la troisième manière
de fabriquer un embryon. J'utilise volontairement le mot
"fabriquer", parce que dans ce cadre là,
comme dans l'utilisation des cellules embryonnaires, nous
avons réifié, chosifié l'être
humain. Nous sommes ici dans une logique sacrificielle parce
que nous utilisons des embryons, nous fabriquons des embryons
à partir d'ovocytes pour soigner des êtres
malades. C'est-à-dire que l'on sacrifie une catégorie
d'êtres humains, des embryons, pour soigner une autre
catégorie d'êtres humains, au nom d'une solidarité.
Il s'agit d'une solidarité complètement inversée
; on respecte les personnes malades mais on ne respecte
pas l'embryon.
Je précise dans l'état actuel
de la recherche que la technique du clonage sur les cellules
souches embryonnaires, comme la technique du clonage à
partir d'ovocytes, est loin d'être au point et d'être
une technique sûre.
Au lieu de poursuivre les recherches dans
ce domaine, certains scientifiques proposent d'utiliser
des cellules souches adultes qui ne posent aucun problème
éthique. Il s'agit tout simplement de prendre
des cellules dans le corps humain, (la moelle osseuse, les
muscles, la peau, le système nerveux... de la personne
que l'on veut soigner), donc des cellules très particulières
qui ne sont pas encore différenciées et qui
peuvent, avec des techniques spéciales, donner soit
un tissu nerveux, soit un tissu osseux et même être
utilisées pour fabriquer des organes de remplacement.
Là, il n'y a aucun problème éthique,
puisque l'on part d'une cellule humaine, alors que dans
les autres cas on part d'un être humain, d'un embryon.
Il est donc indispensable de privilégier
la recherche sur les cellules souches adultes.
CONCLUSION
L'homme politique doit concilier les exigences
éthiques de ses décisions et ses conséquences
sociales, juridiques, économiques et psychologiques.
Il doit rappeler inlassablement la recherche du bien commun,
c'est-à-dire le respect de la dignité de tout
être humain quelque soit son stade de développement
et particulièrement si son état de santé
est défaillant.
Personne ne peut y porter atteinte et rien
ne pourra jamais justifier d'y faire exception. C'est
à ce prix et seulement à ce prix, que le travail
extraordinaire du scientifique sera reconnu et que nous
pourrons, chacun dans notre domaine, prendre nos responsabilités.