> INTERVENTIONS HORS PARLEMENT
Perspectives
du souverainisme
Intervention de Georges BERTHU à
la réunion de l'Alliance pour la Souveraineté
de la France
Sénat, le 22 juin 2002
Résumé
La nombreuse assistance à cette
réunion me permet d'introduire aisément ma
première idée : lors des dernières
élections françaises, certains partis souverainistes
ont subi un revers, mais les idées souverainistes,
et les militants de ces idées, se portent bien.
Certains partis souverainistes ont subi
un revers pour des raisons qui ne sont nullement liées
à leur projet. En effet, de ce projet il n'a guère
été question au cours de la campagne : l'Europe
n'y est pas apparue, à la fois parce que les Français
ne s'y intéressent pas et parce que la classe politique
n'a pas envie d'en parler. En fait, c'est une autre cause
qui a perturbé les partis souverainistes : ils ont
mal évalué le ras-le-bol des Français
à l'égard des divisions de la droite, ou des
divisions de la gauche, selon les camps, et du coup ils
ont semblé mal répondre au besoin profond,
ressenti par nos concitoyens, d'une action efficace et unitaire
sur le plan national.
En même temps, ce revers montre aussi,
dans certains cas, les difficultés pratiques des
stratégies transversales droite-gauche.
En revanche, au lendemain de ces élections,
on constate que le projet souverainiste en lui-même
est toujours valide, et plus que jamais. Les institutions
européennes, qui sont restées discrètes
pendant la campagne, reviennent aujourd'hui en force pour
rappeler aux Français qu'ils ne sont plus vraiment
libres de leurs décisions. Evidemment, tout cela
doit nous amener à poser la question du sens des
élections nationales dans le système européen
actuel : il est clair qu'elles n'ouvrent pas une grande
marge de manoeuvre, même si le peuple concerné
veut changer de direction.
La démocratie nationale est paralysée,
et la démocratie européenne n'existe pas.
A partir du constat de ce dilemme doit être
construit, dans les prochaines années, un projet
souverainiste moderne.
Quelles vont être les occasions du
développement de ce projet ? Pour ne pas me disperser,
je mentionnerai seulement la principale : le possible
référendum sur les résultats de la
Conférence Intergouvernementale (CIG), qui devrait
se réunir fin 2003-début 2004.
En effet, la Convention sur l'avenir
de l'Union européenne présidée par
Valéry Giscard d'Estaing, qui a pour tâche
de déblayer le terrain des propositions pour la CIG,
a ouvert ses travaux en se fixant un objectif extrêmement
élevé : préparer une Constitution européenne.
Cet objectif est si élevé que, si vraiment
la CIG aboutit à de telles propositions, il sera
difficile de dire qu'elles sont purement techniques et qu'elles
relèvent seulement, pour ce qui concerne la France,
d'une révision de la Constitution par le moyen d'un
Congrès. Le référendum sera difficilement
évitable. Or, dans l'état actuel de l'opinion
publique, et si les souverainistes savent bien présenter
leur cause, il sera difficile aux fédéralistes
de gagner cette consultation.
Je sais bien que, dans les années
passées, les souverainistes ont souvent été
déçus dans leurs demandes de référendums.
Evidemment, les gouvernements concernés n'avaient
aucun intérêt à aller se battre sur
le terrain, défavorable pour eux, que leur désignaient
leurs adversaires. Mais j'ai le sentiment que, compte tenu
de l'importance reconnue de l'enjeu, il peut en aller différemment
la prochaine fois.
Nous devons donc nous préparer
aux échéances. Cela signifie qu'il faut suivre
de près les travaux de la Convention, y participer
si possible par des contributions, et se mettre en position
d'expliquer ensuite aux Français les véritables
enjeux. Les députés européens du Mouvement
Pour la France se battront sur ce front, et vous apporteront
leur appui comme d'habitude. Ils actualisent en permanence
leur projet qui se trouve sur leur site Internet (http://www.autre-europe.org),
ils ont relancé leur Lettre périodique et
publient sur ce même site leurs contributions à
la Convention (projet de traité pour une Europe des
nations, réponses aux différents questionnaires...),
ainsi que leurs analyses et commentaires de l'actualité.
Ne croyez pas que nos chances soient nulles
au motif que le système fédéraliste
en place serait trop puissant. C'est vrai, il est bien organisé,
il tient les leviers de commande, il arrose de subventions
toutes les organisations fantoches qui sont censées
représenter la société civile dans
les auditions qu'il organise. Mais en même temps,
il est affecté d'un vice rédhibitoire : il
est coupé des peuples. Et il ne peut pas corriger
ce vice sans remettre en cause profondément les mécanismes
supranationaux sur lesquels il est assis. Il est donc condamné
à une survie artificielle. C'est à nous d'exploiter
cette situation.
A la Convention pour l'avenir de l'Union,
en particulier, le bloc fédéraliste constitué
par la Commission et le Parlement européen, appuyé
par certains gouvernements - surtout de petits pays - présente
des propositions de renforcement du système communautaire,
qui sont d'une extraordinaire banalité, et qui ressemblent
à une fuite en avant. Déjà, dans cette
enceinte, nous possèderons une marge de manoeuvre
si nous savons nous appuyer sur les Parlements nationaux
qui s'y trouvent majoritaires.
Les députés souverainistes
membres ou observateurs de la Convention, réunis
dans le "Forum pour la Démocratie" (à
partir de l'Intergroupe SOS Démocratie qui existait
déjà au Parlement européen), ont
décidé de concentrer leurs efforts sur l'idée
d'un "pilier interparlementaire" qui serait destiné
à prendre place à côté du pilier
communautaire et du pilier intergouvernemental des institutions
européennes, mais qui en même temps les
viderait d'une partie de leur contenu et ouvrirait la voie
à une Europe radicalement nouvelle et démocratique,
car fondée sur le respect des démocraties
nationales. Dans ce pilier interparlementaire, les décisions
européennes seraient prises par les Parlements nationaux
souverains, délibérant en réseau. Les
Parlements nationaux retrouveraient ainsi au sein des institutions
la place principale qui leur revient, puisqu'ils disposent
juridiquement et politiquement, aux yeux des peuples, de
la légitimité première.
Le pilier interparlementaire impliquerait
la nécessité de la géométrie
variable sur un grand nombre de sujets. A son tour, la géométrie
variable devrait amener à repenser les institutions
européennes actuelles, et à déplacer
leur centre de gravité de la Commission vers le Conseil.
Je n'ai pas le temps ici de développer dans tous
ses aspects cette idée très riche de pilier
interparlementaire. Vous pouvez vous reporter aux différents
documents publiés sur notre site Internet, et en
particulier au rapport de SOS Démocratie sur "Les
Parlements nationaux, piliers de la démocratie en
Europe", qui a d'ailleurs été distribué
aux membres de la Convention.
Ne vous laissez donc pas impressionner par
les dernières élections françaises.
La cause fédéraliste est en plus mauvais état
que l'on ne croit. Je crois même que son obstination
aveugle dans l'approfondissement du système communautaire,
rigide et coupé des peuples, tel que nous l'avons
connu jusqu'ici, constitue un véritable danger d'échec
pour l'Europe dans les années à venir.
Le plus grand espoir pour l'Europe, au contraire,
c'est de revenir à la saine conception qui est la
nôtre : oui à une coopération européenne
renforcée dans tous les domaines, mais une coopération
durable car fondé sur un vrai respect des démocraties
nationales.