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Points forts de la session de juillet
2002
Bruxelles, le 11 juillet 2002
Séville : l'immigration
au sommet de l'ordre du jour
Les élections récentes
dans différents pays d'Europe ont eu le bon effet
d'obliger le Sommet de Séville à parler de
l'immigration en termes plus concrets que d'habitude.
Georges Berthu (délégation
du Mouvement Pour la France), a félicité la
Présidence espagnole pour avoir eu le mérite
de revoir les priorités en cours de route, et d'avoir
placé l'immigration en tête des thèmes
examinés à Séville. Le Conseil a eu
raison de laisser de côté "les projets
mal orientés" de la Commission dans ce domaine,
des projets "intégrateurs" qui ont "fait
à l'idée européenne, au cours des années
récentes, un mal que l'on n'imagine pas".
Le Conseil a maintenant devant lui un travail considérable,
et il faut l'encourager, car la Commission ressemble à
"un paquebot qu'il est difficile de faire changer
de direction".
A la suite de ce débat, l'assemblée
plénière du Parlement européen a adopté
par 333 "oui", 73 "non" (dont les voix
du MPF) et 68 abstentions une résolution qui, comme
on pouvait s'y attendre, apporte son soutien à la
Commission et à la mise en place d'une politique
supranationale de l'immigration. Cette résolution
demande "une Commission forte et indépendante"
; elle critique le droit d'initiative des Etats "qui
grippe le processus de décision" ; elle
demande l'accélération du processus supranational,
avec notamment "l'introduction du vote à
la majorité au Conseil et la codécision au
Parlement européen" pour ce qui concerne
la politique commune de l'immigration.
Tous ces points sont contraires à
la politique du MPF, qui estime au contraire que le droit
d'initiative des Etats (qui existe provisoirement jusqu'en
2004 dans le domaine de l'immigration) permet de rapprocher
la politique européenne des besoins des citoyens,
et doit être conservé. Nous pensons aussi que
la politique de l'immigration doit être traitée
en commun par les Parlements nationaux, dans le cadre d'un
"pilier interparlementaire" où chacune
des assemblées nationales doit rester souveraine.
Confusion autour des OGM :
Les ambiguïtés du débat sur les OGM mis
en lumière
L'utilisation des OGM et leurs conséquences
éventuelles sur l'environnement et la santé
nous préoccupent tous. Le développement du
génie génétique implique une maîtrise
des risques afin d'éviter toute dérive, tout
en ne perdant pas de vue que ses apports, même s'ils
sont diversement analysés, suscitent beaucoup d'espoirs.
Qu'est-ce qu'un OGM ? Un OGM est un organisme,
une plante, un animal ou un micro-organisme dans le patrimoine
génétique duquel un nouveau gène a
été introduit ou un gène présent
a été modifié par les méthodes
du génie génétique.
I. Les conditions de garantie d'innocuité
Désireuse de lever le moratoire en
vigueur sur les autorisations d'OGM, la Commission européenne
a proposé deux nouveaux règlements concernant
d'un côté, la traçabilité et
l'étiquetage des organismes génétiquement
modifiés et de l'autre, la traçabilité
des produits destinés à l'alimentation humaine
ou animale produits à partir d'organismes génétiquement
modifiés. Ce sont ces deux textes que le Parlement
a adoptés le 3 juillet dernier en leur donnant une
connotation plus protectrice. Ces votes ne sont pas passés
inaperçus, bien au contraire, car c'est la première
fois que les députés européens ont
eu à se prononcer sur la traçabilité
et l'étiquetage des OGM.
La traçabilité est
l'établissement d'un système de suivi qui
permet de retrouver l'histoire et l'origine d'un produit.
L'étiquetage permet une transparence dans les transactions
commerciales et comprend également un engagement
et une responsabilité juridique de celui qui l'appose
sur le produit concerné. La protection sanitaire
des consommateurs doit pouvoir être assurée.
Il s'agit de suivre les OGM "à la trace"
et donc, de se donner les moyens de savoir à tout
moment dans quels produits les OGM sont incorporés.
Le système communautaire qui sera
mis en place est censé permettre de vérifier
que l'étiquetage est bel et bien conforme à
la réalité du parcours des OGM. La question
se posait de savoir si cette obligation ne devait s'appliquer
qu'aux produits dans lesquels a été détecté
de l'ADN génétiquement modifié ou une
protéine génétiquement modifiée.
Le Parlement européen a refusé que l'étiquetage
soit soumis à la détectabilité.
Dorénavant lorsqu'ils mettent
sur le marché des produits créés à
partir d'OGM, les opérateurs devront toujours garantir
que les mots: "ce produit est fabriqué à
partir d'OGM" ou "ce produit contient des ingrédients
produits à partir d'OGM" sont mentionnés
sur une étiquette.
La Commission avait proposé que la
nourriture ou les produits dérivés contenant
moins d'1 % d'OGM ne soient pas étiquetés.
Le Parlement a demandé que le seuil soit abaissé
à 0,5 %. Les progrès dans les sciences et
la technologie permettent, selon le Parlement, que les seuils
soient encore abaissés, alors que l'industrie agro-alimentaire
les juge inapplicables et irréalistes actuellement.
Enfin, la Commission doit présenter une liste de
critères et prendre des mesures en vue d'éviter
toute contamination
accidentelle, ce qui semble pour
le moins difficile.
Pour les députés MPF - qui
ont voté en faveur des dispositions les plus rigoureuses
- , le Parlement n'est cependant pas allé au bout
de la logique de la traçabilité, puisque les
animaux nourris aux OGM, une fois abattus et transformés
ne seront pas étiquetés (viande, lait, ufs...).
Pour que ces textes entrent en vigueur, sans
doute d'ici à deux ans, il faut que le Conseil des
ministres des Etats membres les adopte à la majorité
qualifiée.
II. Les conditions d'autorisation de mise
sur le marché
Le cadre réglementaire communautaire
sur les OGM, en vigueur depuis le début des années
90, a progressivement étendu et conforté les
compétences de la Communauté mais cette évolution
ne coulait pas de source. En effet, des imbroglios juridiques
ont alimenté des arrêts du Conseil d'Etat sur
le point de savoir qui, de la Communauté ou des Etats
membres, était le responsable ultime en matière
d'autorisation de mise en culture à des fins commerciales
des OGM. Les nouveaux règlements ont au moins le
mérite de clarifier la situation même si cet
état de fait ne servira pas nécessairement
la cause de la santé publique dans les Etats membres.
Il est donc à présent établi
que les autorisations de mise en culture à des fins
commerciales sur les OGM sont prises au niveau communautaire.
En revanche, les essais à des fins de recherche restent
autorisés au terme de procédures nationales.
En juin 1999, la France, l'Italie, la Grèce, le Luxembourg
et le Danemark (qui ont été rejoints en 2001
par l'Autriche et la Belgique) ont décidé
d'un moratoire sur les nouvelles demandes de mise sur le
marché d'OGM. Comme elle souhaitait débloquer
la situation, la Commission a présenté les
deux textes dont il est fait mention ici.
Comme l'a souligné Georges Berthu
au nom de la Délégation du Mouvement pour
la France (MPF), la procédure de décision
finale en matière d'octroi d'autorisations que met
en place cette nouvelle législation est contestable.
Derrière le flou artistique entretenu autour des
questions de comitologie, se "cache" une procédure
européenne d'autorisation des OGM centralisée,
libérée de tout système de sauvegarde
nationale. Au final, il apparaît que l'autorisation
d'un OGM peut être donnée contre la volonté
d'une minorité d'Etats membres voire même contre
la volonté d'une majorité.
Il paraît pour le moins déroutant
que la Commission choisisse le moment où la France
est menacée d'excommunication à cause de l'embargo
contre le buf britannique pour imposer une procédure
commune sur les OGM. Cette procédure excluant tout
droit de sauvegarde, les Etats membres se voient donc ainsi
privés du droit et du devoir de protéger la
santé de leurs populations le mieux possible
.
III. La position de la Délégation
du Mouvement pour la France (MPF)
La Délégation du MPF, qui
en appelle à l'impératif de santé publique
a soutenu les dispositions qui tendaient à jeter
les bases d'un système rigoureux et cohérent
de traçabilité, d'étiquetage et d'autorisation
des OGM. Elle s'est néanmoins abstenue sur le vote
final des rapports car les procédures de décision
retenues ne préservent pas la liberté de choix
de chaque peuple (voir ci-dessus).
La Délégation du MPF est certes
favorable à la mise en place d'une réglementation
sur les OGM qui assure une transparence de la chaîne
agro-alimentaire selon le respect du principe de précaution.
Cependant, les députés européens ont
eu à se prononcer en l'espèce sur des textes
parfois ambigus, qui maintenaient une certaine confusion
à la fois entre traçabilité et étiquetage
et questions d'autorisation, sur fond de querelles de compétences
au sein de la Commission, ainsi que l'a relevé Georges
Berthu. Pour couronner le tout, cette dernière
s'arroge de manière insidieuse tout pouvoir sur les
procédures d'autorisation des OGM.
En l'absence de données scientifique
fiables et définitives, les députés
européens ont été amenés à
prendre des positions "politiques" sur des options
totalement techniques mais non vérifiables
(seuil, détectabilité), ce qui a fait perdre
de leur crédibilité aux rapports.
La question essentielle demeure : y-a-t-il
risque ou non ? S'il y a risque, le seuil de 0,5% est encore
trop élevé et il devient absurde de voter
sur des seuils alors que l'on ne peut détecter les
OGM à tous les stades de la chaîne alimentaire.
Nicole Thomas-Mauro,
député MPF avait déclaré, lors
des débats, qu'une stratégie crédible
pour les OGM devait être définie. L'étiquetage
doit s'appliquer aux OGM et aux produits qui en sont dérivés
à partir de la traçabilité. Nicole
Thomas-Mauro se déclare contre l'étiquetage
des produits non-OGM qui entraînerait un surcoût
pour les entreprises. Elle se prononce en revanche pour
la tolérance zéro pour les denrées
importées comportant des OGM.
Pour Dominique Souchet, le véritable
enjeu de ces deux rapports réside dans un double
aspect, éthique et environnemental. Il convient de
ne pas méconnaître les possibilités
nouvelles engendrées par le génie génétique
mais, cependant, jusqu'où l'homme a-t-il le droit
de jouer aux apprentis-sorciers ? Dominique Souchet se prononce
en faveur de la mise en place de limites à l'industrie,
sans oublier de veiller à ce que celles-ci s'imposent
avec la même rigueur aux produits importés
de pays tiers.
Banque Centrale Européenne
: un rapport en trompe-l'oeil
Ode à la politique monétaire
de la BCE, le rapport annuel de la Banque Centrale européenne
pour 2001 se félicite de part en part de la coopération
entre la BCE et la FED, la réduction des taux d'intérêt
ou encore l'augmentation du nombre des obligations et valeurs
mobilières émises en euros par des non-résidents.
Malgré ses innombrables erreurs
stratégiques (absence de réaction de la
BCE suite au fort ralentissement de la croissance aux Etats-Unis
au début de l'année 2001 ; refus d'une baisse
des taux jusqu'en mai 2001, puis succession d'annonces surprises
qui ont dérouté les marchés financiers),
le rapporteur accorde finalement un quitus à
la BCE créditée d'une saine réaction
à la suite des attentats du 11 septembre.
Ayant fait l'éloge de la stratégie monétaire
de la BCE, M. Kauppi salue également les corrections
apportées à la stratégie de communication
de la BCE (réduction du nombre des réunions
du Conseil des gouverneurs ; centralisation de la communication
autour du seul Président de la BCE) mais regrette
toujours le refus de la BCE de publier les procès-verbaux
de ses réunions ainsi que le résultat de ses
votes.
Or, le ton triomphant de ce rapport
ne laisse guère deviner que cette année-là,
comme la précédente, ont été
désastreuses pour l'euro sur les marchés des
changes. La chute du cours de la monnaie européenne
a été bien plus profonde que toutes les turbulences
qu'ont connues depuis 1994 les monnaies nationales participantes.
De même, les flux financiers nets de la zone euro
en 2000 et 2001 montrent d'importantes sorties qui témoignent
du peu de goût des investisseurs pour notre zone ou
notre monnaie ou les deux.
Cf. intervention
de M. Georges Berthu le 2 juillet et explication de vote
par écrit le 3 juillet.
Le Parlement fait de la propagande
pour l'avortement
Le Parlement européen a adopté,
avec 280 votes pour, 240 votes contre et 28 abstentions,
un rapport d'initiative de Mme Van Lancker (PSE,B), sur
"la santé et les droits sexuels génésiques".
Ce rapport, tout en soulignant les inégalités
existantes entre les Etats membres en matière de
"santé et droits sexuels et génésiques"
met en avant un grand nombre de propositions plus ou moins
"gadgets" et déjà existantes qui
visent à masquer son objectif réel qui
est d'inciter à la généralisation de
la légalisation de l'avortement au sein de l'Union
européenne.
Certes, le rapport recommande aux gouvernements
de mettre en oeuvre une politique sanitaire et sociale permettant
une inflexion du recours à l'avortement : mise en
place de "services specialisés de santé
sexuelle et de conseil", diffusion d'informations
notamment sur la prévention des grossesses non désirées...
Derrière ces mesures en trompe-l'oeil,
il prône la légalisation de l'avortement
et l'impossibilité de poursuites judiciaires pour
les femmes qui se seraient fait avorter illégalement.
L'avortement est présenté par le rapporteur
comme une composante à part entière des droits
"de la reproduction" (sic !) . En fait,
et contrairement à ses déclarations de principe,
tout est fait dans ce rapport pour conduire à banaliser
le choix de poursuivre ou non la grossesse.
Par ailleurs, le rapport passe sous silence
les multiples détresses qui accompagnent les avortements,
non seulement en y répondant par une banalisation
abusive, mais également en omettant d'inciter les
Etats membres à encourager la création et
le développement d'initiatives visant à soutenir
les futures mères en situation de détresse.
En ce qui concerne la contraception,
le rapport encourage les gouvernements à élaborer
une politique nationale de qualité sur la santé
sexuelle et génésique avec : un accés
égal pour tous à une gamme de moyens contraceptifs
de qualité, la fourniture gratuite ou à moindre
coût de ces moyens contraceptifs, des services de
santé sexuelle et génésique
aux groupes défavorisés (jeunes...), ou encore
un accès renforcé à la contraception
d'urgence. Bien entendu, le rapporteur se garde bien
de définir le sens qu'elle donne à "contraception
d'urgence"... Or, le vote du texte sur la "pilule
du lendemain" lors de la dernière législature
à l'Assemblée nationale a mis en évidence
l'assimilation de la "pilule du lendemain" (qui
n'est autre qu'une pilule abortive) à ladite "contraception
d'urgence".
Ce rapport encourage également la
mise en place d'une éducation sexuelle de plus
en plus précoce, prodiguée dès
l'enfance, et déconnectée de la famille, ainsi
que de centres d'information pour les jeunes, ou de campagnes
de publicité spécifiques...
La délégation MPF a voté
contre le rapport Van Lancker. En particulier, lors de son
intervention au cours du débat, Elizabeth Montfort
a souligné que ce rapport relevait "d'un
curieux procédé : le mépris du principe
de subsidiarité, car il s'agit bien, en effet, d'ingérence
de l'UE non seulement dans les compétences des Etats
membres, mais aussi dans celles des pays candidats, par
sa volonté de les pousser à intégrer
des dispositions contraires à leur éthique
comme conditions à leur adhésion à
l'Union."
On soulignera cependant qu'il s'agit là
d'un "rapport d'influence", qui montre bien l'état
d'esprit déplorable du Parlement européen,
mais n'a pas en lui-même de valeur juridique contraignante.
Cf. intervention
de Mme Elizabeth Montfort le 2 juillet
Proposition de décision-cadre
sur le racisme et la xénophobie. Peut-on étendre
indéfiniment la définition du racisme ?
A la suite de la proposition de décision-cadre
de la Commission sur le racisme et la xénophobie,
visant à étendre la définition du racisme
et rapprocher les sanctions pénales sur les infractions
racistes entre les Etats membres de l'Union européenne,
le Parlement européen a été amené
à se prononcer, dans le cadre de la procédure
de consultation. C'était l'objet du rapport Ceyhun
(PSE,D) que les députés ont adopté
malgré une forte opposition (dans laquelle figurait
le MPF).
Cette proposition est en effet dépourvue
de base légale : les articles du TUE sur lesquels
elle se fonde pour rapprocher les règles de droit
pénal entre les Etats membres - et notamment les
sanctions - ne lui accordent pas une telle compétence,
du moins pour ce qui concerne la lutte contre le racisme.
De plus, a souligné Georges Berthu,
"la coopération policière et judiciaire
a bien pour mission, entre autres, de lutter contre "le
racisme et la xénophobie", mais la proposition
de la Commission élargit de son propre chef la définition
de ces mots, en incluant dans le racisme beaucoup d'autres
comportements bien différents, comme l'aversion motivée
par "la religion ou les convictions". S'il
suffisait de changer le sens des mots a posteriori pour
étendre les compétences visées par
le traité, ce serait un peu trop facile.
Si cette proposition était adoptée
finalement par le Conseil, on assisterait à une tentative
d'extension abusive de la définition du racisme,
dans laquelle l'expression même des différences
ou des convictions personnelles sur d'autres sujets que
la race pourraient devenir condamnables.
Cf. explication
de vote de Georges Berthu le 4 juillet.