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Les accords de partenariat économique,
instruments de développement ou de déstabilisation
pour les pays ACP ?
Intervention de Dominique SOUCHET
devant la 7ème session de l'Assemblée Paritaire
ACP-Union européenne
Abbis Abeba, le 16 février 2004
Les inquiétudes qu'expriment les
pays ACP à l'égard des accords de partenariat
économique (APE) sont parfaitement fondées.
Derrière cette nouvelle sémantique, se cache
en effet un changement radical de philosophie touchant le
cadre de notre coopération. Fondamentalement, à
une coopération volontairement asymétrique
visant à favoriser de manière originale le
développement des pays ACP, les APE vont substituer
le dogme imposé du libre-échange symétrique,
pour se mettre en règle avec ce que l'Union européenne
s'est laissée imposer au GATT. Cette normalisation,
plaçant un signe d'égalité totalement
artificiel entre des économies agricoles et industrielles
de niveaux et de structures totalement différentes,
risque de fragiliser dangereusement les économies
des pays ACP.
Deux effets négatifs sont particulièrement
appréhendés par les pays ACP.
Le premier, c'est la conséquence
des futurs accords sur leurs recettes douanières
qui, pour beaucoup de pays ACP, sont des ressources importantes,
souvent déterminantes, pour leur budget. C'est en
particulier le cas pour le pays qui nous accueille, l'Ethiopie.
Si l'on veut négocier en confiance, la question de
la compensation de ces pertes de recettes est donc essentielle.
Nous ne pouvons pas nous contenter de renvoyer l'examen
de cette question aux calendes grecques, de spéculer
sur l'accroissement ou la meilleure perception des recettes
fiscales pour compenser éventuellement ces pertes.
Nous devons définir avec précision les instruments
et les financements qui permettront, au titre de la coopération
ACP-Union européenne, de compenser ces pertes de
recettes douanières.
Le second point, c'est l'effet de
choc que produira la libéralisation tarifaire sur
la production locale. Les accords de partenariat ne doivent
pas soumettre à une concurrence insupportable des
agricultures vivrières fragiles et des industries
manufacturières naissantes. Des protections agricoles
seront donc durablement indispensables pour les ACP, ainsi
que des asymétries suffisamment longues, si l'on
veut réellement favoriser l'éclosion et non
pas la déstructuration du tissu industriel des pays
ACP.