Processus d'adhésion de l'Islande à l'Union européenne

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Publié le 05/05/2011

Alors que la dernière salve d'adhésions n'a eu lieu qu'il y a 4 ans, l'Union européenne semble vouloir continuer à couvrir l'Europe géographique. La Roumanie et la Bulgarie ne peuvent pas encore profiter entièrement de leur adhésion, les pays des Balkans, la Croatie, en tête, et la Turquie sont toujours sur le chemin des négociations. Néanmoins, les médias ne parlent que peu de ce qui peut-être ou pourrait être l'adhésion "express" de l'Islande.

L'adhésion de l'Islande ne bouleversera probablement pas l'Union européenne. En effet, l'adhésion de ses 320 000 habitants détrônera Malte comme pays le moins peuplé de l'Union mais devrait recevoir le même nombre de voix. Aussi une nouvelle langue officielle s'ajoutera aux 23 existantes.

Les autres changements seront d'une ampleur moindre car l'Islande est déjà signataire de nombreux accords avec l'Union européenne. Seuls la pêche et l'agriculture, secteurs primordiaux pour l'Islande, peuvent être sources de négociations et de débats.

Membre de plusieurs organisations internationales - ONU, OCDE, OTAN - l'Islande est depuis le début des années 70 étroitement liée à l'Europe dans le cadre institutionnel du terme. En effet, en 1970, elle devient le huitième membre de l'Association européenne de libre-échange. Deux ans plus tard, elle signe un accord bilatéral avec la Communauté économique européenne.

La suite de son rapprochement est marquée en 1994 avec l'adhésion à l'Espace économique européen qui, c'est important de le noter, ne concerne pas le secteur de la pêche et de l'agriculture. Puis en 2001, l'Islande fait partie intégrante de l'Espace Schengen.

Les liens institutionnels entre l'Islande et l'Union européenne sont donc forts. De plus, le gouvernement islandais affirme que 2/3 de la législation de l'Union est déjà appliquée dans le pays. Cependant, d'après d'autres études, notamment celle de l'Association européenne de libre-échange, ce taux d'application ne serait que de 6,5 %, ce qui serait une raison sérieuse pour ralentir le processus d'adhésion.

La récente crise a eu des répercutions palpables en Islande et la dévaluation de 35 % de la couronne islandaise par rapport à l'euro en est une preuve significative. Le pays voyait donc dans la possibilité d'intégrer l'Union européenne, un moyen visant à restaurer sa crédibilité à l'échelle internationale, surtout du point de vue économique, et à stabiliser sa monnaie en adoptant l'euro.

Cependant, seule l'Alliance sociale-démocrate d'Islande est un véritable défenseur de l'adhésion à l'Union européenne. Cette alliance prend le pouvoir en avril 2009 et pose sa candidature à l'entrée dans l'Union dès juillet de la même année.

Cette possible adhésion "express" présente plusieurs problèmes. Il y a tout d'abord le problème de la pêche. En effet, ce secteur représente pour les Islandais près de la moitié des exports, 10 % du PIB et 8 % de la population active. Devant le poids de ce secteur, les Islandais ne sont pas près à faire des concessions. D'ailleurs, le chapitre 13 du rapport sur l'Islande en vue de l'adhésion, qui concerne la pêche, stipule que des efforts considérables doivent être faits par l'Islande afin de respecter les normes et les directives européennes. Le ministre des affaires étrangères islandais a clairement dit qu'il n'accepterait aucun accord qui pourrait affaiblir le secteur de la pêche de son pays.

Aussi, sur les 35 chapitres du rapport, seuls sept nécessitent des efforts considérables de la part du pays. Il s'agit de l'agriculture, des impôts, de l'économie et de la politique monétaire, des statistiques et du contrôle financier.

Autre frein à l'adhésion, les conséquences de la crise financière. En effet, plusieurs banques islandaises ont fait faillite lors de cette période. Le gouvernement néerlandais est le plus strict par rapport à cette situation, car il a affirmé qu'il bloquera l'adhésion de l'Islande si elle ne rembourse pas les victimes néerlandaises de la faillite de la Landsbanki.

Mais l'adhésion de l'Islande à l'Union européenne ne dépend pas seulement des autorités européennes et de la majorité nationale. Selon différents sondages les Islandais seraient généralement pour la poursuite des négociations avec l'Union mais ils ne voudraient pas d'une adhésion totale de leur pays à l'Europe institutionnalisée.

Cette vision est partagée par le Parti de l'Indépendance qui affirme que de part les traités et les accords déjà signés entre l'Islande et l'Union, les liens et la coopération sont déjà très forts et étroits. Il n'y a, donc, nul besoin, selon lui, d'adhérer à l'Union, cette adhésion ne sera que source de restrictions et de dépendance. Le Premier ministre, quant à lui, voit l'entrée de son pays dans l'Union européenne comme une bonne stratégie qui permet de projeter l'Islande dans une vision à long terme. Il est conscient que depuis la crise, l'Islande a perdu de sa crédibilité aux yeux des investisseurs et des entreprises et estime que le label "Union européenne" redonnera une dynamique économique au pays.

 

Conclusion

L'Islande a demandé l'adhésion à l'Union européenne quand elle n'allait pas bien. La crise y a été fortement ressentie et les séquelles sont toujours présentes. Le fait d'entamer les négociations avec l'Union et de montrer que le pays respecte déjà la majorité des cadres et standards européens est peut-être suffisant pour se refaire une image, une notoriété.

L'entrée de l'Islande dans l'Union serait sans doute une perte pour le secteur de la pêche du pays et au regard de son importance, l'Islande ne peut pas se permettre cela, d'autant plus qu'elle serait obligée de respecter les normes internationales. Ce serait aussi un risque pour les autres Etats membres. Alors, pour se rapprocher encore plus de l'Union sans subir les conséquences négatives, le gouvernement islandais avait pensé à adhérer uniquement à la zone euro mais les autorités de l'Union ont catégoriquement refusé cette demande.

Quand l'Islande a demandé, en 2009, d'ouvrir les négociations en vue de son adhésion, les médias annonçaient une entrée rapide du pays mais depuis les choses semblent s'être tassées et il est probable que les deux entités se demandent aujourd'hui si une collaboration encore plus rapprochée présente réellement des avantages.

Wiktor Zamojski

 

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