ACTUALITES > GENERALES
Le grand guignol de la TVA sur
la restauration : qui est coupable ?
par Georges Berthu, le 12 février
2004
Le gouvernement s'est enfin rendu compte
qu'il n'obtiendrait pas de Bruxelles à brève
échéance les autorisations nécessaires
en vue d'appliquer le taux réduit de TVA à
la restauration. Pour ne pas avoir l'air ne renier purement
et simplement une promesse présidentielle, il déclare
vouloir réduire les charges des restaurateurs d'un
montant de 1,5 milliards d'euros. Même là,
il s'avance peut-être un peu trop, car il n'est pas
exclu que la Commission européenne y voie une distorsion
à la concurrence entre professions. Cela s'est déjà
vu.
Le grand guignol de ces derniers mois
a montré à quel point la France a perdu ses
pouvoirs, et combien il faut maintenant dépenser
d'énergie pour obtenir (ou même, ne pas obtenir)
de la part de Bruxelles des décisions simples qui
devraient aller de soi.
Le comble est qu'on laisse entendre que le
blocage est dû aux Allemands, qui s'opposent au transfert
de la restauration dans la catégorie des taux réduits.
Cette histoire nous fait penser aux chasseurs, à
qui l'on désigne les Néerlandais écologistes
comme responsables de tous leurs malheurs, parce qu'ils
refusent la révision de la directive sur les oiseaux
migrateurs. En réalité, il ne faut pas pointer
du doigt tel ou tel pays. Le coupable, c'est le système
lui-même, qui consiste à transférer
à Bruxelles des pouvoirs qu'il faut ensuite exercer
en commun.
En réalité, ces pouvoirs
devraient rester au niveau national. Et quand on veut les
exercer en commun à tort, on ne fait que provoquer
des conflits artificiels entre les pays. De l'Union européenne
comme facteur de conflits... il y a une belle étude
à faire là-dessus.
La question des révisions à
l'unanimité
Qu'on ne vienne pas nous dire que le problème
vient de la nécessité de réviser de
tels règlements à l'unanimité, et qu'il
serait résolu si l'on passait à la majorité.
En effet, la majorité susciterait elle aussi des
conflits. C'est le niveau de décision, et non pas
les modalités de procédure qui sont en cause.
Pourtant, il existe bien à Bruxelles
un problème pour la révision des règlements
adoptés à l'unanimité. En effet, il
a été admis depuis toujours que ces révisions
ne pouvaient être effectuées qu'à l'unanimité.
Or c'est tout à fait douteux. On pourrait soutenir
aussi que lorsqu'une décision a été
prise à l'unanimité, il suffit qu'un seul
membre la remette en cause pour qu'elle tombe. Au minimum
pourrait-on prévoir une procédure de vérification
tous les cinq ans, par laquelle on contrôlerait que
l'unanimité acquise au départ existe bien
toujours.
Au lieu de ces formules permettant
des évolutions souples, la Commission a réussi
à imposer une équation fallacieuse : l'unanimité
pour les décisions de base impliquerait l'unanimité
pour les révisions. Il serait temps que l'on se penche
sur ce problème, parce qu'il rend le système
bruxellois extrêmement rigide, et bloque l'évolution
naturelle des textes.