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Déclarations récentes de Georges Berthu, député européen, sur la perspective d'adhésion de la Turquie

- Explication de vote sur l'état des relations entre la Turquie et l'Union européenne (6 octobre 1999)

- Explication de vote sur les résultats du Conseil européen d'Helsinki (16 décembre 1999)

- Explication de vote sur l'instauration d'un partenariat pour l'adhésion de la Turquie (14 février 2001)

- Explication de vote sur le rapport Poos relatif à l'état d'avancement des négociations avec Chypre (5 septembre 2001)

- Explication de vote sur le rapport Lamassoure relatif aux "progrès réalisés par la Turquie sur la voie de l'adhésion" (25 octobre 2001)

- Explication de vote sur le rapport Brok relatif au rapport d'étape sur l'élargissement (20 novembre 2002)

- Intervention dans le débat sur la préparation du Conseil de Copenhague (4 décembre 2002)

- Intervention dans le débat sur les résultats du Conseil européen de Copenhague (12-13 décembre 2002)

- Explication de vote sur les résultats du Conseil européen de Copenhague (19 décembre 2002)

- Explication de vote sur la recommandation Poos (9 avril 2003)

- Explication de vote sur le rapport Oostlander - Demande d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne (5 juin 2003)

- Déclaration annexée au débat sur l'élargissement (10 mars 2004)

- Explication de vote sur le rapport Brok - Rapport global de suivi sur le degré de préparation à l'adhésion des pays candidats (11 mars 2004)

- Intervention sur le rapport Oostlander relatif aux progrès réalisés par la Turquie sur la voie de l'adhésion (1er avril 2004)

- Explication de vote sur le rapport Oostlander (1er avril 2004)


Explication de vote sur l'état des relations entre la Turquie et l'Union européenne (6 octobre 1999)

Monsieur le Président, sur la question turque nous avons entendu ce matin des déclarations que je trouve assez ahurissantes de M. Verheugen, commissaire chargé de l’élargissement.

Déjà, lors de son audition, le mois dernier, il avait déclaré que la candidature de la Turquie devrait faire l’objet d’un réexamen en décembre prochain, lors du Conseil d’Helsinki, et qu’il la soutiendrait personnellement. Ce matin, M. Verheugen a récidivé. Il a déclaré que le Conseil d’Helsinki devrait donner à la Turquie un statut de candidat et que ce pays devrait être traité ensuite comme tous les autres candidats à l’adhésion. Il est vrai que la Turquie devrait, à ce titre, satisfaire aux critères fixés par le Conseil européen de Copenhague, parmi lesquels l’existence d’institutions stables garantissant la démocratie, les droits de l’homme et le respect des minorités. Évidemment, dans l’immédiat, la Turquie est loin de remplir ce critère. Mais il n’en reste pas moins que selon le discours, assez embarrassé, de M. Verheugen, la Turquie devrait recevoir le statut de candidat pour être en mesure, à terme, d’adhérer à l’Union européenne.

Or, autant il nous paraît nécessaire d’associer la Turquie à l’Union pour éviter une dérive islamiste dans ce pays, autant son intégration pure et simple aux structures de l’Union telles qu’elles existent aujourd’hui, comme le Parlement européen vient de le demander, nous paraît impossible. Il nous paraît impossible d’intégrer à un super-État en voie de constitution un pays profondément différent qui, à terme très rapproché, aura la population la plus nombreuse et donc, sans doute aussi, le plus grand nombre de voix au Conseil et le plus grand nombre de députés dans notre Assemblée. On se demande ce que la Turquie ferait de ce pouvoir quand on voit le véritable chantage auquel nous avons été soumis à l’occasion de l’offre qui lui a été faite de participer à la Conférence européenne.

De même, il nous paraît impossible d’étendre à la Turquie la zone de libre circulation des personnes dont bénéficient aujourd’hui les pays de l’Union. En fait, la question turque fait de nos jours ressortir l’inaptitude des structures de l’Union à l’élargissement . Il est impossible d’intégrer la Turquie à un super-État européen. En revanche, il devrait être possible de l’associer à une Europe à géométrie variable, respectant les souverainetés comme les frontières nationales.


Explication de vote sur les résultats du Conseil européen d'Helsinki (16 décembre 1999)

Monsieur le Président, le caractère le plus frappant, à nos yeux, du Conseil européen qui vient de se tenir à Helsinki, c’est l’absence de toute vision politique à long terme des chefs d’État et de gouvernement, qui ont décidé un élargissement d’ampleur inédite avec l’addition possible de treize nouveaux membres, sans donner, à aucun moment, les outils conceptuels qui permettraient d’imaginer les structures institutionnelles susceptibles de le prendre en charge.

Cette fois, la contradiction est portée à son comble en raison de l’adjonction de la Turquie à la liste des candidats officiels. Bien que le Premier ministre turc ait déclaré au lendemain du Sommet que l’appartenance à l’Union européenne était, pour la Turquie, je cite : "un droit de naissance" - ce qui donne du reste une idée de la modestie avec laquelle il est prêt à pousser la porte de l’Union européenne - il est clair pour tous les observateurs qui conservent l’esprit libre que cette arrivée changerait profondément la nature de l’Union.

Peut-on par exemple imaginer une libre circulation des personnes entre la Turquie et les pays de l’Europe de l’Ouest, pratiquement sans contrôle comme on la pratique aujourd’hui à l’intérieur de l’Union ? Il faut vraiment que les chefs d’État et de gouvernement soi-disant responsables soient très éloignés des réalités pour l’imaginer un seul instant.

Pourtant, ils continuent à prôner une solution quasi unique, l’extension des votes à la majorité qualifiée, comme d’ailleurs le président de la République française, Jacques Chirac, vient encore de le répéter avant-hier devant notre Assemblée. Tout le camp fédéraliste répète ses recettes traditionnelles, de manière incantatoire et sans aucune imagination.

Nous avons l’impression d’un système institutionnel à la dérive, incapable d’imaginer son avenir, à moins que le Conseil ne l’imagine sans oser nous le dire, et qui semble prisonnier des conséquences d’une décision d’élargissement qu’il ne réussit pas à maîtriser.

Le Premier ministre turc s’est vanté d’avoir été soutenu par Washington dans sa démarche de candidature à l’Union européenne et, c’est vrai, cette intervention a été efficace. Il a même ajouté qu’il faudrait, et je cite : "moins de temps qu’on ne pense avant que la Turquie ne soit membre, à part entière, de l’Union". À ce rythme, il faudra aussi moins de temps qu’on ne pense avant que l’Union ne s’autodétruise.



Explication de vote sur l'instauration d'un partenariat pour l'adhésion de la Turquie (14 février 2001)

J’ai voté contre le rapport Swoboda, qui demande que l’aide financière de l’Union européenne à la Turquie (près de 200 millions d’euros par an) soit désormais classée à la rubrique 7 des perspectives financières "aide de préadhésion", où elle rejoindrait l’aide accordée aux pays candidats d’Europe centrale et orientale, ainsi que, prochainement, à Chypre et à Malte.

Ce nouveau classement me paraît en effet inopportun, car si le Conseil d’Helsinki du 13 décembre 1999 a bien reconnu à la Turquie le statut de candidat à l’adhésion (ce que je conteste), il a été spécifié que les négociations proprement dites ne seront pas ouvertes avec ce pays aussi longtemps qu’il ne satisfera pas aux critères de Copenhague et, notamment, à ceux concernant la démocratie et le respect des droits de l’homme.

Or, la Turquie n’y satisfait pas aujourd’hui, tout le monde en Europe le reconnaît. Elle n’est dans ces conditions, même pour ses partisans, qu’une sorte de candidat virtuel, pas un candidat effectif et actuel. Pourquoi donc faudrait-il lui reconnaître un statut financier qui ne correspond pas à son statut réel ?

Notre inquiétude est accrue par l’attitude assez provocatrice de ce pays, suite à la récente reconnaissance par l’Assemblée nationale française du génocide arménien. Non seulement la Turquie n’a pas reconnu sa faute (pourtant assez ancienne en théorie pour ne pas entacher le régime actuel), mais elle a nié l’évidence, et même pris des mesures de rétorsion injustifiables contre des entreprises françaises. Ces pressions, ce chantage permanent, ne sont pas admissibles de la part d’un pays qui voudrait être admis dans le club européen. Nous ne voyons donc pas pourquoi le rapport Swoboda nous propose aujourd’hui de prendre une mesure qui va conforter ces dispositions erronées.


Explication de vote sur le rapport Poos relatif à l'état d'avancement des négociations avec Chypre (5 septembre 2001)

Chypre est aujourd'hui le pays candidat le plus avancé dans ses négociations avec l'Union européenne (23 chapitres provisoirement clos sur 29), et l'on peut donc, sur le papier, envisager une adhésion dès 2004. Mais en pratique, celle-ci va poser de redoutables problèmes en raison de l'occupation illégale de la partie Nord de l'île (37 % du territoire total) par la Turquie depuis 1974.

L'Union européenne considère que le gouvernement chypriote de la partie sud représente la totalité de l'île, conformément au droit international, et qu'il négocie donc pour l'adhésion de tous les habitants. Elle a raison, puisqu'agir autrement reviendrait à reconnaître une modification de frontière imposée par la force. Mais le résultat pourrait être l'inclusion dans l'Union d'une zone fermée (puisque les communications sont coupées, sauf avec la Turquie), où les droits de l'homme ne sont pas respectés (la Cour européenne a encore condamné la Turquie le 10 mai dernier pour son comportement à Chypre), et où la situation économique échappe à toutes les normes. Comment gérer de telles contradictions ?

Le rapport Poos que vient d'adopter notre Assemblée déclare à juste titre que si la Turquie décidait d'annexer le nord de l'île, "elle sonnerait elle-même le glas de sa candidature à l'Union européenne". Mais si elle ne l'annexe pas, et si elle refuse de reprendre les négociations, c'est-à-dire si la situation actuelle perdure, que fait-on ? Pour le moins, il faudrait dire que l'attitude de la Turquie ne correspond pas à ce que l'on attend d'un pays qui se voudrait candidat à l'Union.



Explication de vote sur le rapport Lamassoure relatif aux "progrès réalisés par la Turquie sur la voie de l'adhésion" (25 octobre 2001)

Nous avons voté contre le rapport Lamassoure relatif "aux progrès réalisés par la Turquie sur la voie de l'adhésion", car nous ne voyons pas comment le rapporteur parvient à concilier sa conception d'une Europe fédérale, aux compétences supranationales fortes, et l'inclusion de la Turquie. Les règles de droit doivent en effet correspondre à l'identité d'un peuple, et la pratique de la démocratie s'inscrit dans ce cadre. Déjà, nous ne parvenons pas à trouver le peuple européen. Alors qu'en serait-il du peuple turco-européen ?

Le rapport Lamassoure n'a, en réalité, pour seul mérite que de faire éclater au grand jour les contradictions de l'Europe actuelle. S'il est nécessaire d'établir des coopérations fortes avec la Turquie, celles-ci ne peuvent en aucun cas passer par un pouvoir supranational édictant des règles s'appliquant uniformément à tous, mais doivent résulter d'un dialogue de nation à nation, dans le cadre d'une Europe à géométrie variable.

Par ailleurs, le rapport Lamassoure fait l'impasse sur la reconnaissance du génocide arménien de 1917, sans doute dans une intention d'apaisement vis-à-vis de la Turquie. Il faudrait à notre avis être plus franc et demander à la Turquie de reconnaître ce génocide. C'est évidemment difficile, mais elle ne serait pas le premier pays à regretter un épisode sombre de son histoire. Il faudrait ensuite qu'elle en tire les conséquences, dans un but d'apaisement véritable, en rétablissant les relations diplomatiques avec l'Arménie.


Explication de vote sur le rapport Brok relatif au rapport d'étape sur l'élargissement (20 novembre 2002)

Depuis le Conseil d'Helsinki, l'Union européenne feint de considérer la Turquie comme un candidat "normal", du même type que les autres, et se voile les yeux sur les problèmes de fond que pose cette candidature. Le rapport Brok y ajoute quelques ambiguïtés puisque, après le rejet d'un amendement qui aurait confirmé le statut de la Turquie comme candidat à part entière, il demande néanmoins au Conseil européen de "faire progresser le processus d'adhésion".

Nous pensons qu'il serait totalement prématuré que le Conseil de Copenhague fixe une date pour l'ouverture des négociations d'adhésion avec la Turquie. Nous pensons qu'il serait tout autant prématuré de fixer dès à présent la date d'une réunion future où l'on fixerait la date d'ouverture. Il ne faut pas se laisser enfermer dans le piège des calendriers préétablis, que les eurocrates utilisent avec dextérité, en misant sur la faiblesse des États membres.

Le Conseil d'Helsinki a commis une grave erreur, en 1999, en reconnaissant la Turquie comme un État "européen" susceptible d'adhérer à l'Union. En réalité, la Turquie n'entre pas dans le cadre prescrit par l'article 49 TUE pour les adhésions. En revanche, elle trouverait parfaitement sa place dans le cadre d'un grand partenariat euro-méditerranéen renouvelé.




Intervention dans le débat sur la préparation du Conseil de Copenhague (4 décembre 2002)

"... Le deuxième grand sujet à l'ordre du jour de Copenhague sera la candidature de la Turquie. Nous partageons le sentiment de Valéry Giscard d'Estaing pour qui, dans l'état actuel des choses, l'adhésion de la Turquie signifierait la fin de l'Union européenne. Nous l'avions d'ailleurs déjà exprimé à plusieurs reprises dans cet hémicycle. Le Conseil d'Helsinki, en 1999, a commis une lourde erreur, hélas non pas corrigée, mais confirmée depuis. Cette erreur, de la part de l'Union, montre la méconnaissance de ce qu'elle est, et l'ignorance de ce qu'elle veut.

Pat Cox, président du Parlement européen, a laissé entendre que Valéry Giscard d'Estaing, en prenant position, était sorti de son rôle. Je ne le crois pas. Car précisément, comment la Convention pourrait-elle élaborer des propositions sur l'avenir de l'Union, sur ses institutions, sur ses politiques, si elle n'a pas répondu d'abord aux questions : qu'est-ce qui nous rassemble ? Quel est notre modèle pour l'Union à échéance de 50 ans? Où doivent s'arrêter ses frontières ? Valéry Giscard d'Estaing est donc exactement dans son travail lorsqu'il soulève indirectement ces questions.

En fait, à notre avis, la Convention, sous l'influence de je ne sais qui, s'est lancée trop vite dans la préparation de propositions techniques, sans avoir répondu d'abord aux questions politiques fondamentales qui les commandent. Il faut rapidement redresser la barre, dans l'intérêt de l'Europe."


Intervention dans le débat sur les résultats du Conseil européen de Copenhague (12-13 décembre 2002)

Monsieur le Président, avec la décision de faire entrer dans l'Union dix nouveaux membres, le Conseil de Copenhague a ouvert une nouvelle époque, celle de l'Europe réunifiée. Et avec la décision programmée de faire entrer la Turquie, il a aussitôt décidé de mettre fin à cette époque et peut-être à l'Union elle-même.

À Copenhague, en effet, a été mis en place un engrenage qui, accompagné du doublement immédiat de l'aide financière à la Turquie, pourrait conduire à des négociations d'adhésion avec ce pays dès le début de l'année 2005. Pour le justifier on se cache hypocritement derrière une promesse datant de 1963 qui en réalité n'existe pas. Car ce qui était envisagé en 1963, ce n'est pas l'adhésion de la Turquie à l'Europe de l'Acte unique, à l'Europe de Maastricht, à l'Europe d'Amsterdam, à l'Europe de Nice. Ces Europe n'existaient pas alors, ce qui a été envisagé c'est seulement sa participation à l'Europe du marché commun.

Les peuples d'Europe qui ne veulent pas de l'adhésion turque ont été trompés par le Conseil de Copenhague. Le rendez-vous de décembre 2004 a été fixé avec le cynisme habituel pour enjamber l'année électorale 2004. Cela n'empêchera probablement pas les citoyens d'ouvrir eux-mêmes le débat à cette occasion.


Explication de vote sur les résultats du Conseil européen de Copenhague (19 décembre 2002)

Nous avons voté contre la résolution relative aux résultats du Conseil européen de Copenhague, car elle profite de ce que la plupart des députés approuvent évidemment l'entrée dans l'Union de dix candidats de l'Est, pour chercher à glisser des paragraphes qui approuvent en même temps le processus d'adhésion de la Turquie.

Ces paragraphes se félicitent notamment du doublement de l'aide financière à ce pays, dans le cadre d'une stratégie qui, selon les conclusions de Copenhague, n'est même plus de "pré-adhésion", mais "d'adhésion". Ils se félicitent aussi que "la procédure normale ait été confirmée à Copenhague pour la demande d'adhésion de la Turquie". En réalité, l'article 49 du traité sur l'Union européenne est inapplicable en l'espèce: il prévoit en effet la procédure d'adhésion pour des États "européens". Les autres cas ne sont pas prévus. Il aurait fallu à notre sens ouvrir d'abord une réflexion d'ensemble sur les finalités et les limites de l'Union européenne, qui aurait pu se tenir au sein de la Convention.

Enfin, la résolution se félicite de "l'accord global dégagé avec l'OTAN" en oubliant de préciser que l'Union européenne s'est engagée en même temps à associer autant que possible la Turquie à la politique européenne de sécurité et de défense.


Explication de vote sur la recommandation Poos (9 avril 2003)

La République de Chypre se trouve dans une situation juridique inextricable, puisque le nord de l'île est occupé illégalement par la Turquie. Cette occupation a d'ailleurs été condamnée aussi bien par les Nations unies que par l'Union européenne.

Pourtant, j'ai pensé qu'il fallait voter "oui" à l'adhésion, parce que le vote "non" aurait pénalisé doublement les Chypriotes, occupés par les Turcs d'un côté, et rejetés par l'Union de l'autre.

En réalité, il aurait fallu établir avec la Turquie une relation de force, puisqu'elle ne comprend que cela, en lui disant clairement qu'elle perdrait son statut de partenaire associé de l'Union européenne si elle n'évacuait pas immédiatement le nord de l'île. Je regrette qu'on n'ait pas eu le courage de le dire dans le passé, et j'espère qu'on le dira dans l'avenir.

Hélas, ce n'est pas le chemin que prend l'Union pour le moment, puisqu'elle joue encore la conciliation, en maintenant la perspective de l'adhésion de la Turquie, en doublant son aide financière, et en inscrivant celle-ci dans la catégorie "préadhésion".

Dans ces conditions, nous exigeons que, dans tous les pays d'Europe, un référendum soit tenu avant (je dis bien : "avant") l'ouverture d'éventuelles négociations d'adhésion avec la Turquie.


Explication de vote sur le rapport Oostlander - Demande d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne (5 juin 2003)

Nous avons voté contre le rapport Oostlander sur la demande d’adhésion de la Turquie, bien que le rapporteur ait montré une certaine volonté de nuancer les positions habituelles du Conseil et de la Commission. Il semble donc que le message de la base commence à influencer un peu certains parlementaires.

En particulier, le rapport semble bien mesurer l’immensité du travail qui reste à faire pour implanter des valeurs ressemblant à celles de l’Union européenne, non seulement dans les superstructures étatiques de la Turquie (ce qui impliquerait le démantèlement de l’État autoritaire), mais aussi dans les profondeurs de sa population.

Mais finalement, le rapport Oostlander n’ose pas briser le tabou, et continue à faire semblant de croire que, à la fin de 2004, il sera envisageable d’ouvrir vraiment les négociations d’adhésion avec la Turquie, si elle fait d’ici là des efforts pour satisfaire aux critères de Copenhague.

Nous pensons pour notre part qu’il faut être plus réaliste, et ne pas sous-estimer les différences profondes entre la Turquie et l’Europe. En tout cas, nous demandons que les peuples ne soient pas mis une fois de plus devant le fait accompli et qu’ils soient consultés avant toute ouverture de négociations.


Déclaration annexée au débat sur l'élargissement (10 mars 2004)

Dans cette discussion commune sur l'élargissement, il a une fois de plus été affirmé que le traité constitutionnel préparé par la Convention fournirait un "cadre permettant le fonctionnement efficace de l'Union élargie", et qu'il faudrait l'adopter le plus vite possible, voire même avant le 1er mai 2004.

Or ce n'est pas exact. La réalité est même inverse. Le projet de Constitution est parfaitement inadapté à l'Europe élargie pour deux raisons:

Premièrement, il dessine une structure étatique beaucoup trop lourde et trop rigide pour des pays diversifiés aux préoccupations très différentes les unes des autres. Dans une Europe élargie, nous avons au contraire besoin d'une structure de coopération allégée et flexible, autorisant des géométries variables beaucoup plus facilement que le projet constitutionnel actuel.

Deuxièmement, le projet de Constitution prévoit des institutions européennes fonctionnant essentiellement à la majorité, ce qui est difficilement concevable dans une Europe élargie sans aucune clause de sauvegarde nationale. Puisque l'adhésion de la Turquie semble envisagée sérieusement par nos gouvernements – hypothèse que pour ma part je récuse – ont-ils pensé aux conséquences lointaines des réformes qu'ils proposent, et qui risquent de donner à la Turquie un rôle décisionnel central dans une Europe aux règles uniformes ?


Explication de vote sur le rapport Brok - Rapport global de suivi sur le degré de préparation à l'adhésion des pays candidats (11 mars 2004)

Je me suis abstenu sur le rapport Brok bien qu'évidemment je soutienne tout à fait l'élargissement de l'Union européenne aux dix États membres dont l'adhésion va être effective le 1er mai prochain.

Mais deux paragraphes de la résolution me posent problème. Le paragraphe 63 déclare que l'absence d'un accord sur la réunification de Chypre pourrait constituer un "obstacle sérieux aux aspirations européennes de la Turquie". C'est très bien. Mais il faudrait ajouter qu'il y a beaucoup d'autres problèmes tout aussi sérieux. Sinon la Turquie dira demain qu'on lui avait promis l'adhésion si elle favorisait un accord mettant fin à la sécession du nord de l'île.

D'autre part, le paragraphe 64 affirme que si Chypre est réunifiée, l'Union européenne serait prête à immédiatement "accepter le turc en tant que langue officielle". C'est tout à fait inopportun. Les Chypriotes turcs sont peu nombreux et leur situation est comparable à celle des Irlandais parlant le gaélique, auxquels il n'a pas été donné de langue officielle. Pourquoi faire davantage pour la minorité turque de Chypre ? A-t-on besoin de surcharger les services de traduction en ce moment ? Il n'y a pas de raison de donner d'avance de tels gages à la Turquie.


Intervention sur le rapport Oostlander relatifs aux progrès réalisés par la Turquie sur la voie de l'adhésion (1er avril 2004)

Madame le Président, le rapport Oostlander conclut prudemment que la Turquie n'est pas prête à entrer dans l'Union européenne parce que, je cite, "elle ne satisfait pas encore aux critères politiques de Copenhague". Et à vrai dire, quand on lit en détail le rapport, on ne découvre guère de points franchement positifs pour l'adhésion, sinon les efforts méritoires du gouvernement turc, dont on n'est même pas certain d'ailleurs qu'ils aient un impact réel sur sa société en profondeur. Les valeurs de la société turque sont aujourd'hui très éloignées de celles des pays de l'Union dans des domaines nombreux et fondamentaux, par exemple dans les relations de l'État avec les religions, comme le montre le rapport Oostlander aux paragraphes 32 et 33 que j'invite tout le monde à méditer.

Bien sûr, on peut toujours espérer une accélération de l'évolution constitutionnelle turque dans le sens de la démocratie, du pluralisme, des libertés publiques et du démantèlement de l'État militaire parallèle. Mais ce n'est pas encore acquis. Et si c'était acquis, à quelle vitesse la société turque suivrait-elle? Et en plus, ne peut-on pas craindre des réactions négatives de certains groupes sociaux et des effets pervers que nous autres Européens ne maîtriserions pas?

Dans ces conditions, mes chers collègues, il serait irresponsable de notre part de proposer à la Turquie autre chose qu'un partenariat privilégié destiné à accompagner son évolution sans engager l'Union dans une aventure dangereuse. Il vaudrait mieux, il aurait mieux valu depuis longtemps, le dire clairement: c'est le reproche essentiel que je fais au rapport Oostlander.


Explication de vote sur le rapport Oostlander (1er avril 2004)

Le rapport Oostlander qui évalue "les progrès réalisés par la Turquie sur la voie de l'adhésion" est bien obligé d'aligner les jugements négatifs sur chaque point particulier, mais ne se résoud pas à donner une conclusion globale qui soit négative. Si l'on ne veut pas rediriger la Turquie vers un partenariat privilégié, comme je l'ai proposé dans mon intervention au cours du débat, où est l'issue?

Le rapport Oostlander montre timidement une direction inattendue: la réforme interne des politiques et des institutions de l'Union elle-même (voir considérant G et paragraphe 36). Cette idée mérite considération, d'autant qu'elle peut se rapprocher d'une suggestion que nous avons faite nous-mêmes par le passé: une Europe à géométrie variable accueillerait plus facilement la Turquie comme partenaire, car elle établirait des relations libres entre pays souverains, et ne conduirait pas à des situations explosives de subordination à un système de décisions supranational dans lequel la Turquie pèserait d'un poids très lourd.

Malheureusement, le rapport Oostlander, après avoir esquissé quelques pas dans cette voie, repart dans la mauvaise direction, puisqu'il propose comme solution à tous les problèmes... le renforcement du système supranational, par l'adoption de l'actuel projet de constitution européenne. Les fédéralistes tournent en rond.

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