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Le turc très bientôt langue officielle de l'Union
par Georges Berthu, le 12 mars 2004

Dans le rapport Brok sur le suivi de l'élargissement, voté le jeudi 11 mars à Strasbourg, le Parlement européen a examiné la question de Chypre, toujours divisée entre un sud indépendant et un nord occupé par la Turquie, non reconnu par la communauté internationale. Il est prévu que le 1er mai prochain, seul le Sud, au nom de l'ensemble, accède à l'Union européenne. Mais évidemment cette solution est boîteuse. Tout le monde aurait souhaité, et souhaite encore, un réglement amiable rapide permettant aux deux parties, réunies dans un Etat confédéral conformément au plan des Nations Unies, d'entrer ensemble dans l'Union. Au passage, il est extraordinaire que la Turquie, candidate officielle se permette d'occuper illégalement, malgré des condamnations internationales répétées, un territoire qui ne lui appartient pas.

En examinant cette question de Chypre, le Parlement européen a voté massivement un paragraphe 64 ainsi rédigé : "note que l'Union européenne est disposée, en cas de réglement de la question de la partition de l'île, à promouvoir une Conférence Internationale des donateurs, à fournir elle-même une aide supplémentaire de plus de 300 millions d'euros, et à accepter le turc en tant que langue officielle".

La dernière partie de cette phrase revient donc à accepter l'utilisation immédiate du turc comme langue officielle dans l'Union, même si la Turquie n'y entrait que dans longtemps (ou jamais). La justification serait la présence d'une minorité turque à Chypre. Mais pourquoi faudrait-il accorder à la minorité turque de Chypre, qui est peu nombreuse, un privilège aussi exorbitant qu'on n'a pas accordé aux minorités d'autres pays d'Europe ? Parce que le futur Etat confédéral chypriote reconnaîtrait le turc à côté du grec ? Mais nous n'en sommes pas là. Et de toute façon, l'Union européenne est surchargée de problèmes de traductions. Même l'Irlande a renoncé à demander que le gaélique soit langue officielle, pour ne pas multiplier les problèmes d'organisation.

Il nous semble donc que l'acceptation du turc comme langue officielle est motivée surtout par le désir de donner par avance des gages à la Turquie. C'est ce que Georges Berthu a exposé dans une explication de vote du 11 mars, où il proteste contre l'attitude du Parlement européen.

Celui-ci a voté le texte litigieux par 351 voix pour, 24 contre (dont les souverainistes français) et 29 abstentions. On se demande en particulier comment les membres du PPE qui ont voté "pour" peuvent gérer leurs contradictions, alors qu'ils déclarent s'opposer, au moins en apparence, à l'entrée de la Turquie.

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