ACTUALITES > GENERALES
Les tensions sous-jacentes de l'euro
par Georges Berthu, le 5 février
2004
Depuis quelques temps, des articles
de plus en plus fréquents soulignent que la zone
euro affiche des performances économiques bien moins
bonnes que celles de la zone non-euro, et rappellent que
la zone euro n'étant pas une zone monétaire
optimale, des tensions vont inévitablement naître
et s'intensifier.
Peuvent-elles aller jusqu'à
la rupture du système euro ? Un rapport de la banque
d'affaires Morgan Stanley estime que oui, remarquant notamment
: "nous pensons que les marchés devront attacher
une plus grande probabilité à une rupture
de l'union monétaire et/ou de l'Union européenne
elle-même à une date future... en dépit
des coûts liés à l'abandon de l'euro,
un pays pourrait conclure que les bénéfices
de la réintroduction d'une monnaie nationale sont
encore plus grands". Les extraits de ce rapport
sont publiés sur le site "EU Observer"
(référencé en page d'accueil), où
figure aussi une réponse du Prix Nobel Robert Mundell
selon lequel l'hypothèse d'une rupture de l'euro
est tout à fait marginale aujourd'hui. Dans le Wall
Street journal daté du 5 février 2004,
Morgan Stanley récidive néanmoins sous la
plume de Joachim Fels, l'un de ses directeurs à Londres.
M. Fels souligne que l'euro rencontre des
difficultés propres (la monnaie unique impose l'unification
des taux de change et d'intérêt à des
pays qui ont des besoins différents), aggravées
par les conflits qui traversent actuellement l'Union européenne
: pacte de stabilité, projet de Constitution, et
bientôt perspectives financières et entrée
de la Turquie.
Tout additionné, M. Fels estime
que la probabilité d'une cassure s'accroît,
d'autant que, contrairement à ce que l'on croit,
sortir de l'euro sera techniquement plus facile que d'y
entrer.
Pour notre part, nous avons toujours pensé
que l'unification monétaire était inadaptée
à la situation de l'Europe, où coexistent
des peuples distincts avec des économies spécifiques.
En dépit de ces obstacles, les pays participants
sont entrés dans ce système en 1999, et maintenant
il va dérouler implacablement ses conséquences.
Nous ne pouvons pas souhaiter son explosion, car tout le
monde le paiera très cher. Mais nous ne pouvons pas
exclure que cette hypothèse se produise, le jour
où, comme Morgan Stanley le souligne, certains dirigeants
gouvernementaux se rendront compte que les coûts de
la sortie de l'euro sont considérables, mais encore
moins que ceux du maintien.
L'Argentine, qui avait établi
une parité fixe de sa monnaie avec le dollar, a finalement
été obligée de la rompre. Ce n'était
pas de gaieté de coeur. Mais la catastrophe engendrée
par la dépossession de la politique monétaire
était telle qu'il n'y avait plus de choix. Nous n'en
arriverons pas là, espérons-le. Mais le sens
de l'évolution nous est bien montré, malheureusement,
par l'aventure argentine.