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Statut des députés
européens : l'objectif des fédéralistes
reste de détacher les députés européens
de leurs nations
Le 18 mars 2004
Question à Georges
Berthu : La négociation sur le statut unifié
des députés européens vient d'être
suspendue, mais elle pourrait bien redémarrer au
lendemain des élections européennes de juin
prochain. Au Parlement européen, vous avez dénoncé
ce projet. Qu'y a-t-il derrière tout cela ? Le problème
se résume-t-il à une dispute sur le niveau
de rémunération des députés
européens, comme on nous l'a dit ?
Réponse :
La question du niveau des rémunérations n'est
qu'un aspect superficiel de ce projet très grave
pour l'avenir de nos nations. Alors qu'aujourd'hui les députés
européens ont un statut essentiellement national,
et reçoivent de leur pays leur indemnité de
base, l'idée fédéraliste serait de
leur donner un statut unifié au niveau européen,
avec rémunération complète sur le budget
européen, et soumission à l'impôt communautaire.
Vous voyez bien l'objectif : il s'agit de faire des députés
européens les créatures de Bruxelles. Qui
paye commande ! Ce serait un élément de plus,
collaborant à un dessein plus vaste, poursuivi de
manière multiforme, et notamment par le projet de
Constitution européenne : une Europe supranationale,
détachée des nations. Mais cette Europe détachée
des nations serait une Europe sans les peuples.
J'ai combattu le projet de statut unifié
des députés européens depuis qu'il
a commencé à transparaître dans le traité
d'Amsterdam. Je le dénonçais déjà
en 1998 dans mon livre « Le traité d'Amsterdam
contre la démocratie ». Depuis, je suis
intervenu dans l'hémicycle une dizaine de fois, à
chaque étape de la progression du texte, mais dans
une indifférence totale. Le gouvernement français,
en particulier, poursuivait imperturbablement la négociation.
Il ne voyait pas de problème, semble-t-il, à
ce que les députés français ne soient
plus payés par le peuple français, et ne soient
pas soumis au même impôt que leurs concitoyens.
En décembre 2003, j'ai encore pris la parole au Parlement
européen pour protester, mais sans guère d'espoir.
Selon les prévisions, l'accord devait être
conclu au Conseil dans les jours suivants. Et puis, tout
s'est bloqué.
Que s'est-il passé ? Pour unifier
la rémunération des députés
européns, il avait fallu choisir un niveau moyen,
qui avait d'ailleurs été calculé assez
généreusement. Résultat : dans de nombreux
pays, la rémunération des députés
européens allait progresser, parfois fortement, et
dépasser de loin celle des députés
nationaux. Dans les pays de l'Est nouvellement adhérents,
elle allait même représenter vingt fois celle
des nationaux ! En plus, l'impôt communautaire, malgré
quelques astuces de présentation provisoires, allait
être plus léger que les impôts sur le
revenu du pays d'origine ! Ce constat - pourtant prévisible
depuis longtemps - a tout à coup inquiété
certains gouvernements, qui ont craint d'alimenter l'euroscepticisme
à la veille des élections. Ce sont les Allemands
qui sont montés au créneau et ont tout arrêté
début janvier.
Donc, ce qui a freiné les gouvernements,
c'est la proximité des élections. Mais je
n'ai entendu nulle part de condamnation du principe du statut.
Au contraire même, beaucoup expriment bruyamment des
regrets ! C'est ce qui me fait dire que, dès que
la crainte de l'électeur se sera dissipée,
après juin prochain, l'affaire va redémarrer.
La même tactique est d'ailleurs utilisée pour
l'adoption de la Constitution européenne, ou pour
l'adhésion de la Turquie : tout est repoussé
après les élections !
Il faut dénoncer cette entreprise
de captation du pouvoir des peuples. Les députés
européens doivent rester statutairement rattachés
à leurs nations respectives, payés par leurs
concitoyens, et soumis aux mêmes impôts qu'eux.
Plus largement, l'organisation de l'Europe devra s'inspirer
du même principe : si on la veut démocratique
et durable, elle doit être ancrée sur ses démocraties
nationales. C'est pourquoi d'ailleurs il faut réécrire
le projet de Constitution européenne, qui passe complètement
à côté de cette idée fondamentale.