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Scandale Eurostat : un scandale
qui va plus loin qu'on ne dit - Nécessité
d'une commission d'enquête parlementaire
par Georges Berthu, le 26 septembre
2003
L'affaire qui secoue la Direction Générale
Eurostat de la Commission, et la Commission elle-même,
est maintenant connue dans son principe : par divers moyens,
les responsables d'Eurostat faisaient "retomber"
une partie du produit de leurs ventes de statistiques sur
des comptes bancaires occultes, qui servaient, nous dit-on,
à mettre de l'huile dans les rouages du service (pour
qu'il fonctionne mieux au bénéfice du public,
bien entendu).
Ne nous attardons pas sur les détails,
qui d'ailleurs ne sont pas tous encore connus. Mais retenons
trois traits principaux :
1. Pendant une période de plusieurs
années, la Commission Prodi a cherché à
étouffer le scandale. On peut supposer qu'elle craignait
que ne se reproduise la mésaventure de la Commission
Santer. Mais est-ce une excuse ? Son attitude incite évidemment
à se demander si les comportements d'Eurostat ne
se retrouvent pas aussi ailleurs. Ce que nous savons de
la gestion des programmes humanitaires, par exemple, pousse
à répondre "oui".
2. Comme d'habitude, la Commission a cherché
à rejeter la faute sur les autres. Il paraît
que les Etats membres, qui sont des pingres, lui refusent
les moyens financiers nécessaires afin de fonctionner
correctement pour le bien de l'Europe. C'est par dévouement
pour le service que les eurocrates en seraient réduits
à de tels expédients. Tant d'égoïsmes
d'un côté, et tant d'abnégation de l'autre...
Disons sans ambage que nous sommes fatigués de ces
excuses constantes de la Commission, qui rejette toujours
la responsabilité de ce qiu ne va pas en Europe sur
les pauvres restes des nations.
3. L'affaire a été découverte
par des fuites internes à la Commission, mais pas
du tout par les contrôles internes ou externes, qui
sont venus après. Ne manquons pas de rendre hommage
au sens moral des fonctionnaires qui se sont indignés,
mais n'oublions pas de dire non plus que les contrôles
n'ont guère fonctionné. Ils ont mal fonctionné
parce que, quoi qu'on en dise, les contrôles sur la
Commission restent structurellement faibles, les Etats paraissant
paralysés dès qu'il s'agit de demander des
comptes à cette "vache sacrée" qui
s'enveloppe toujours du manteau de l'intérêt
général européen. Quand cessera cette
comédie ? Quand commencera-t-on à traiter
la Commission comme une organisation identique aux autres,
justiciable des mêmes contrôles que les autres
? Le moins que l'on puisse dire, c'est que le projet de
Constitution européenne ne va pas dans le bon sens
lorsqu'il la sacralise encore plus (voir article I-25-1).
Nous voudrions bien savoir
également si l'affaire Eurostat (contrôles
faibles et violés) ne peut pas être mise en
relations avec la récente affaire Andreasen (dénonciation
par une fonctionnaire - renvoyée depuis - de la faiblesse
du système comptable de la Commission). Le rapprochement
des deux affaires serait en effet explosif.
En conclusion, il est clair que la soi-disant
"tolérance zéro" de la Commission
Prodi pour la fraude est prise en défaut. Le scandale
Eurostat est très grave (surtout par la répétition
de tels faits), et pourtant nous n'en connaissons pas encore
toutes les implications. C'est pourquoi nous demandons
la constitution d'une commission d'enquête parlementaire
qui devrait être composée de parlementaires
européens et nationaux.