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"Le pacte de stabilité est stupide" - Derrière la provocation, Romano Prodi cherche à faire évoluer le pacte vers le super-Etat
par Georges Berthu, le 22 octobre 2002

En déclarant que "le pacte de stabilité est stupide, comme toutes les décisions qui sont rigides" (Le Monde du 18 octobre), le président de la Commission, Romano Prodi, n'a fait que reconnaître une opinion de plus en plus largement partagée. Il donne ainsi son feu vert à des réflexions destinées à conférer au pacte quelque souplesse en fonction de la conjoncture (voir sur ce site notre rubrique du 25 septembre 2002).

Les commentateurs se sont en général étonnés de voir le principal gardien du pacte se retourner contre ce dernier. Mais ils n'ont pas lu Romano Prodi jusqu'à la fin : tout en critiquant le caractère rigide et arbitraire de cet accord budgétaire, le Président de la Commission a aussi souligné que "le pacte de stabilité, c'est la façon d'être ensemble dans la même monnaie". Il en a donc défendu le principe. Puis, allant jusqu'au bout de sa pensée, il a terminé en disant : "Vous savez bien que si nous voulons flexibilité et intelligence, il faut avoir l''autorité... il faut aussi le pouvoir de décider".

Autrement dit, Romano Prodi a expliqué tout simplement qu'en l'absence d'autorité européenne supranationale pour la politique économique, le pacte de stabilité ne pouvait être qu'une règle abstraite fixée pour tous à l'avance, et susceptible, éventuellement, de devenir absurde en fonction des circonstances ultérieures. Si l'on veut un pacte de stabilité flexible - puisque de toute façon il faut un pacte complétant l'euro - alors il faudrait, selon le président de la Commission, instituer une autorité européenne souveraine capable de le modifier en fonction de la conjoncture.

Ainsi, Romano Prodi n'attaque pas le principe du pacte de stabilité. Il le valide au contraire, tout en soulignant qu'il ne pourra bien fonctionner qu'avec un gouvernement économique de l'Union. Il cherche donc, tout bonnement, à remettre en marche l'engrenage vers le super-Etat européen, qui semble s'être enrayé ces derniers temps dans le domaine économique.

C'est fort bien joué. En réalité, le gardien du pacte ne s'est pas retourné contre lui : il le protège intelligemment tout en cherchant à faire progresser la cause du super-Etat.

Mais il joue un jeu dangereux : car il déstabilise le pacte actuel, sans avoir aucune garantie que les chefs d'Etat et de gouvernement, qui tiennent les rênes du Conseil, ont envie d'abandonner d'autres pouvoirs pour construire le super-Etat économique.

Or, d'après ce que nous voyons à la Convention, les pays membres n'ont aucune envie de lâcher ces pouvoirs. Et ils ont raison, doublement :

- d'abord, le super-Etat économique ne pourrait pas fonctionner, car les conditions objectives n'en sont pas réunies en Europe (pas plus que pour le super-Etat en général) ;

- et de toute façon, les eurocrates ont à l'origine présenté l'unification monétaire aux citoyens en leur disant qu'elle pouvait fonctionner dans le cadre des dispositions de Maastricht. Alors maintenant, qu'ils la fassent fonctionner dans ce cadre, sans venir demander autre chose !

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