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Référendum sur la
Constitution européenne en Grande-Bretagne - "Douche
froide" pour les fédéralistes
par Georges Berthu, le 23 avril
2004
L'annonce par Tony Blair d'un prochain référendum
en Grande-Bretagne sur le projet de Constitution européenne
a fait, selon la presse, l'effet d'une "douche froide"
sur les fédéralistes des différents
pays membres. L'expression "douche froide" venue
spontanément sous la plume des observateurs est assez
savoureuse : elle montre bien le degré d'amour des
fédéralistes pour la démocratie.
La Grande-Bretagne n'est pourtant pas
le premier pays à prendre cette position. Certains
ont annoncé un référendum pour des
raisons constitutionnelles (Danemark, Pays-Bas), d'autres
l'ont annoncé par nécessité politique
incontournable (Irlande, Luxembourg...), d'autres encore
parce qu'ils l'avaient promis si le traité de Nice
était modifié (Pologne, République
tchèque, Portugal...). Le cas de l'Espagne est particulier,
puisque José Maria Aznar avait annoncé un
référendum, mais que son successeur n'a pas
encore pris de position claire.
L'honnêteté politique de ces
pays - qui ne sont pas les plus grands - n'avait pas suffi
à ébranler la France et l'Allemagne. Evidemment,
il en va tout autrement si la Grande-Bretagne se rallie
au référendum. Maintenant, il va être
difficile de procéder ailleurs à des ratifications
parlementaires en catimini.
Conséquence immédiate : il
devient un peu moins probable que le Conseil européen
puisse arriver à un accord sur le texte définitif
de la Constitution européenne le 18 juin prochain,
comme il avait été annoncé. Si les
responsables gouvernementaux se sentent sous la menace d'un
référendum, ils vont en effet regarder le
texte de beaucoup plus près. Les discussions seront
sans doute plus tendues. En premier lieu, seront probablement
retirés des points contestables dont ne voulait pas
Tony Blair (majorité qualifiée pour les décisions
de la coopération policière en matière
pénale, conception extensive des missions du procureur
européen, etc...). On voit donc que déjà,
la peur de l'électeur a un effet bénéfique.
Parallèlement, les juristes se remettent
au travail. Puisqu'il existe maintenant un risque sérieux
que certains référendums soient négatifs,
comment réussir à faire entrer la Constitution
en vigueur pour les seuls pays qui l'auront approuvée
? La question a été mille fois posée
pendant la Convention, mais les juristes n'ont pas trouvé
de solution. Tout nouveau traité, même constitutionnel,
doit être ratifié par les vingt-cinq, ou bien
il n'y a pas de traité (voir "L'Europe sans
les peuples", page 157). Les fédéralistes
essaient donc d'imaginer des artifices pour que les pays
qui auraient voté "non" à la Constitution
soient considérés comme ayant quitté
l'Europe. Mais cela ne tient pas debout. Pour que ce scénario
puisse se réaliser, il faudrait que le traité
actuel prévoie cette possibilité, donc qu'il
ait été modifié auparavant sur ce point
particulier par les vingt-cinq pays membres agissant dans
leurs formes constitutionnelles respectives. C'est évidemment
une hypothèse absurde, car un pays ne va pas ratifier
une révision du traité pour introduire une
possibilité de sanction qui serait applicable à
lui-même dès le lendemain.
Plus que jamais le référendum
sur la Constitution européenne apparaît comme
le moyen salutaire pour préserver nos démocraties
nationales.