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Les députés MPF rejettent
la proposition de la Commission d'un Procureur européen
supranational
par Georges Berthu, le 28 mars
2003
Au cours de la session plénière
des 26-27 mars 2003 à Bruxelles, le Parlement européen
a examiné, et approuvé, le rapport Theato
qui soutient la proposition de la Commission de créer
un Procureur européen supranational doté de
pouvoirs coercitifs.
Les députés MPF ont rejeté
cette proposition qui viserait surtout à augmenter
les pouvoirs de Bruxelles. Ils ont expliqué que la
création éventuelle de ce Procureur européen,
instance supranationale chargée de diligenter les
enquêtes et d'exercer l'action publique auprès
des Etats membres, dans le cas d'infractions portant atteinte
aux intérêts financiers des Communautés,
présenterait plus d'inconvénients que d'avantages.
En effet, le Procureur européen
tel qu'il est proposé nous entraînerait dans
un engrenage d'harmonisations sans fin, puisqu'il faudrait
non seulement harmoniser des incriminations, des sanctions,
des prescriptions, et toutes sortes d'actes de procédures
comme l'admissibilité des preuves, mais il faudrait
aussi se pencher sur la question de la protection des libertés
individuelles à l'égard de tous les actes
coercitifs que le Procureur européen initierait :
perquisitions, saisies, écoutes, mandats d'arrêt,
contrôles judiciaires, détentions provisoires...
Il faudrait aussi créer un nouveau budget communautaire
pour assumer cette charge.
Bien entendu, il faudrait poser aussi l'immense
question du contrôle démocratique de la nouvelle
institution. Les fédéralistes suggèrent
qu'il faudrait un ministre européen de la justice,
et, cela va de soi, un contrôle parlementaire de ce
ministre. D'ores et déjà, le Parlement européen
est candidat pour assumer cette charge.
Enfin, il apparaît clairement que le
système proposé serait en "déséquilibre
avant", et voué à l'extension perpétuelle,
dans le domaine des procédures comme dans celui des
champs de compétences. A cet égard, la proposition
de la Commission laisse déjà entendre que
les infractions purement communautaires ne seraient pas
les plus nombreuses, et que la généralité
des cas consisterait en "affaires mixtes" (nationales-communautaires)
dans lesquelles le Procureur européen devrait bien
entendu intervenir.
Devant le risque de perte de maîtrise
du processus qu'introduit cet engrenage délibéré,
et à peine dissimulé, les députés
MPF ont refusé leur aval. Ils ont estimé qu'il
vaut mieux développer le système d'Eurojust
récemment précisé par le traité
de Nice : il met en place les conditions d'une coordination
plus efficace des poursuites, dans le respect des compétences
et des droits nationaux. C'est la bonne solution pour progresser
avec discernement.
On doit noter au passage l'incroyable acharnement
des fédéralistes pour faire avancer la proposition
du Procureur européen. En effet, la Commission l'avait
déjà présentée à la Conférence
Intergouvernementale chargée de rédiger le
traité de Nice, mais cette dernière avait
rejeté l'offre, les gouvernements ayant alors choisi
la voie beaucoup plus sage d'Eurojust.
Aujourd'hui, la Commission revient
à la charge avec un Livre vert de consultation, et
le Parlement européen lui emboîte évidemment
le pas. Contretemps pour ces institutions : le groupe de
travail compétent de la Convention, trop divisé,
n'a pas adopté la proposition. Qu'à cela ne
tienne ! Le Praesidium l'a repêchée proprio
motu et l'a insérée d'office dans son
projet de Constitution européenne.
Derrière cet acharnement se dessine,
une fois de plus, une simple lutte pour le pouvoir. Aux
yeux des fédéralistes, le Procureur européen
aurait le mérite principal d'introduire un coin dans
les systèmes judiciaires nationaux, et d'entraîner
des réformes en chaîne jusqu'à leur
intégration complète.
Les députés MFP ont regretté
que l'Assemblée Nationale française, au mépris
des compétences nationales, et même de ses
propres prérogatives, ait présenté
un rapport favorable à l'idée d'un Procureur
européen (rapport n° 445/2002). Ils ont demandé
que l'on fasse prévaloir au contraire l'idée
d'un réseau des systèmes nationaux coopérant
entre eux, en respectant les souverainetés de chacun.