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Politique agricole
de l'imposture à la reconstruction

le 28 mai 2002

De nombreuses questions nous sont posées sur les questions agricoles. Pour y répondre, l'article ci-dessous présente un point d'actualité. Des propositions détaillées se trouvent par ailleurs dans le projet national du MPF (fiche 19), ainsi que dans notre projet européen (fiches 24, 25, 26).

La Commission européenne va présenter, dans les mois qui viennent, une évaluation de la politique agricole commune (PAC) à mi-parcours du programme "Agenda 2000". Certains responsables commencent à dénoncer le risque de propositions qui réduiraient de 40 % le revenu des agriculteurs. Ils font semblant d'oublier que ce risque résulte des décisions qu'ils ont eux-mêmes prises en approuvant l'Uruguay Round et la réforme de la PAC (1992-94).

A l'époque, ils ont en effet mis les agriculteurs des pays d'Europe dans une seringue : en adhérant au principe de l'ouverture des frontières agricoles et de l'alignement sur le marché mondial, ils acceptaient de mettre fin progressivement au soutien des prix. D'où deux conséquences :

- une agriculture soumise à la concurrence mondiale, et obligée à davantage de productivisme (avec tous les risques afférents) ;

- la nécessité de soutenir le revenu des paysans par des aides compensatrices, mais nécessairement transitoires : elles sont en effet très coûteuses, et le seront encore plus après l'élargissement, si l'on veut appliquer les mêmes règles à l'Est.

On peut résumer ainsi l'impasse actuelle : si l'on veut lutter contre la dérive productiviste pour maintenir la qualité des aliments ou l'équilibre de l'environnement, il faut édicter des normes élevées, qui poussent les prix à la hausse de sorte que, dans un contexte d'ouverture, notre agriculture est laminée ; si l'on veut subventionner les produits pour maintenir des prix bas concurrentiels, on entre en contradiction avec les règles de l'Uruguay Round acceptées par nous-mêmes ; si l'on veut à la fois des normes élevées avec l'ouverture et les prix bas, alors il faut soutenir le revenu des paysans, ce qui en fait une profession d'assistés chroniques. C'est de toute façon intenable financièrement, comme on l'a vu.

Comment pouvons-nous en sortir ?

Deux avenirs possibles

- Ou bien dans la décennie qui vient nous acceptons que notre agriculture disparaisse. Dans ce cas, les grandes productions agricoles (lait, viande, céréales) se délocalisent, et ne subsistent alors que quelques "niches" (appellations contrôlées, agriculture biologique, spécialités du terroir...). Les anciens paysans, dans leur immense majorité, vont concurrencer les immigrés sur le marché du travail (ou du chômage), tandis qu'une petite minorité de riches ira faire l'acquisition de propriétés dans les pays de l'Est,

- Ou bien nous décidons que notre agriculture est essentielle pour l'équilibre de notre société, le maintien de nos paysages, ou tout simplement notre indépendance alimentaire : dans cette hypothèse, il faut rejeter clairement, dès la prochaine négociation internationale, les règles du libre-échangisme appliqué à l'agriculture, et proclamer dans le même mouvement que les pays d'Europe ont le droit de préserver leur indépendance et leur modèle agricole.

Hélas, nos politiciens n'en prennent nullement le chemin. A Doha, ils ont réitéré leur volonté d'aller plus avant dans l'ouverture agricole mondiale. Lorsque les Etats-Unis ont décidé de taxer les importations d'acier, ou lorsqu'ils ont décidé de reprendre un subventionnement massif de leur agriculture, ces politiciens - au premier rang desquels Pascal Lamy, commissaire européen chargé des négociations commerciales internationales - les ont critiqués, mais au nom des principes du libre-échangisme. Autrement dit, en faisant semblant de nous défendre, ils consolident des principes qui, demain, seront employés contre nous et nous tueront.

Il ne s'agit pas pour nous de défendre ou d'attaquer a priori les décisions américaines sur l'agriculture, qu'il faut d'abord analyser. Mais nous n'allons pas les analyser à la lumière de la prétendue référence de l'Uruguay Round ! Nous allons les analyser à la lumière de nos références à nous : si ces décisions visent à protéger l'agriculture et les agriculteurs américains, dans une perspective de consolidation du marché intérieur, nous les estimerons défendables ; si elles visent à déstabiliser les partenaires des Etats-Unis en inondant leurs marchés, alors nous les jugerons indéfendables. Et nous appliquerons le même critère à l'Europe.

A l'avenir, seuls les systèmes agricoles respectueux de l'environnement et de la qualité, mais aussi moralement défendables, pourront durer. Un pays, ou un groupe de pays, pourront défendre avec légitimité leur volonté de protéger leur modèle agricole interne. En revanche, ils ne pourront plus, sans se trouver en position moralement fausse, développer à coups de subventions une agriculture exportatrice déstabilisante pour leurs voisins, y compris d'ailleurs pour les pays du Tiers-Monde.

Quelle réforme voulons-nous ?

Compte tenu des attendus précédents, il nous semble que, pour sauver en France une agriculture de qualité, respectueuse de la terre, honnêtement rémunératrice pour les paysans, créatrice d'emplois et contributrice positive à l'équilibre social, la réforme à venir devra obéir aux principes suivants :

1. Réviser l'Uruguay Round pour en exclure l'agriculture, découpler le traitement de l'agriculture et celui de l'industrie au sein des organisations internationales, et proclamer le droit à la protection nationale ou régionale du modèle agricole choisi par chaque peuple.

2. Fixer la protection aux frontières agricoles à un niveau approprié pour aboutir spontanément au niveau voulu de prix agricoles intérieurs.

3. Calculer ce niveau de prix en intégrant le coût des règles d'environnement et de qualité qui seront imposées aux agriculteurs.

4. Alléger le budget agricole du poids des subventions à la production (puisque la protection aux frontières produira le même résultat en termes de rémunération pour l'agriculteur).

5. Habituer le consommateur à l'idée qu'il doit payer une alimentation de qualité à son vrai prix (ce qui ne fera pas une grande différence pour lui, de toute façon, en raison de la prééminence des coûts de transformation, de conditionnement et de distribution dans le prix de sa nourriture).

6. Mettre fin au système européen dit des "restitutions à l'exportation", qui est moralement indéfendable car il favorise une concurrence déloyale vis-à-vis de nos partenaires, et pèse sur le budget européen.

7. Enfin, négocier avec les pays de l'Est candidats des modalités d'adhésion qui favorisent leur mise à niveau progressive sans déstabiliser les agriculteurs des pays membres actuels.

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