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Echec du plan de réunification de Chypre : des conditions iniques étaient présentées aux Chypriotes grecs au profit de la Turquie - Vive protestation des députés MPF au Parlement européen
par Georges Berthu, le 28 avril 2004

Le 24 avril 2004, le double référendum simultané sur la réunification qui s'est tenu dans la partie sud de Chypre (grecque) et dans la partie nord (turque) a donné le résultat suivant : 75,83 % de "non" au sud, et 64,90 % de "oui" au nord.

Ces chiffres sont très parlants : les Chypriotes grecs ont estimé, à juste titre, qu'il n'était pas de leur intérêt d'adopter le plan de réunification préparé par l'ONU et l'Union européenne. Pourtant, trois jours auparavant le Parlement européen avait chaudement approuvé une résolution soutenant ce plan. Mais les députés MPF avaient quant à eux refusé de le suivre, estimant qu'il imposait des conditions iniques aux Chypriotes grecs, pour le plus grand bénéfice de la Turquie.

Du côté de Bruxelles, la pression était orchestrée par le Commissaire européen chargé de l'élargissement : le socialiste allemand Günter Verheugen, l'un des plus ardents avocats de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, qui pressait les Chypriotes grecs d'accepter un accord piétinant leurs droits.

Le plan prévoyait en effet d'accorder la citoyenneté chypriote aux colons turcs transplantés sur l'île par le gouvernement d'Ankara, tandis que les Chypriotes grecs réfugiés dans le Sud n'auraient pas pu récupérer les biens dont ils ont été spoliés, se seraient vu interdire tout recours devant la Cour européenne des Droits de l'Homme et auraient subi des restrictions durables à leur liberté de circulation. Quant à l'armée d'occupation turque, elle aurait été quelque peu réduite, mais sa présence aurait été pérennisée.

Pourquoi un tel zèle de la part de Bruxelles ? C'est que les partisans de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne pensaient éliminer, à la faveur de ce plan, un obstacle gênant : la division de l'île en deux, qui rappelle visiblement à tous que le Nord est occupé illégalement par la Turquie.

Mais voilà : les Chypriotes grecs résistent et ils ont raison. La population et ses dirigeants n'entendent pas se faire hara-kiri sur l'autel de la candidature turque à l'Union. Ils ont par conséquent voté "non" au référendum du 24 avril, au grand dam de Bruxelles.

Il faudrait maintenant respecter leur choix et en tirer les conséquences. Ce n'est pas ce que semblent vouloir faire les ministres des affaires étrangères (dont le nôtre, Michel Barnier) et la Commission européenne, qui ont aussitôt annoncé que les 260 millions d'euros mis de côté pour aider à la réunification seraient tout de même versés à la partie turque ! Ils montrent ainsi clairement leurs préférences.

Les députés MPF considèrent que la réunification de Chypre ne doit pas intervenir à n'importe quel prix. Elle ne doit certainement pas prendre la forme d'une prime accordée à l'envahisseur ni d'un déni de justice envers la population chypriote grecque.

Il est navrant de constater au passage le double jeu du gouvernement français, qui cherche à faciliter l'arrivée de la Turquie, et celui des députés français de l'UMP, qui ont voté "oui" à la résolution du Parlement européen, soutenant ainsi les menées pro-turques de Bruxelles, tout en se proclamant à Paris opposés à la candidature de la Turquie.

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