ACTUALITES > GENERALES
Pacte de stabilité : au
fait, qui a violé quoi ?
par Georges Berthu, le 28 novembre
2003
Au sortir du Conseil des ministres économique
et financier du 25 novembre, le commissaire Pedro Solbes
a fulminé contre la suspension des poursuites pour
déficit excessif visant la France et l'Allemagne,
au motif que les conclusions "ne respectent pas
l'esprit et les règles du traité et du pacte".
Quand on examine cette phrase de près, on la trouve
ambiguë, un peu gênée aux entournures,
pour les raisons suivantes.
Le traité, à son article 104
introduit par Maastricht, est parfaitement clair : le Conseil
"peut" décider de mettre l'Etat membre
concerné en demeure de prendre des mesures de réduction
du déficit ; il "peut" décider d'appliquer
un certain nombre de sanctions. Il est donc clair, selon
le traité, que le Conseil dispose d'une marge de
manoeuvre qu'il utilise en fonction de son appréciation
politique. En ce sens, le Conseil du 25 novembre n'a violé
ni la lettre ni l'esprit du traité en suspendant
les poursuites contre la France et l'Allemagne.
En revanche, la Commission avait fait
adopter le 7 juillet 1997 deux règlements qui constituent
le pacte de stabilité proprement dit, et qui explicitent
les procédures des articles 103 et 104 du traité.
Or ces règlements vont beaucoup plus loin que le
traité, en raccourcissant les délais, en donnant
davantage d'automaticité aux sanctions, et en encadrant
le Conseil plus étroitement. Par exemple, à
l'article 104-9 et 11 qui nous intéresse aujourd'hui,
les règlements font disparaître la marge de
manoeuvre du Conseil.
Il y a là une extension des obligations
du traité par le pacte de stabilité, contre
laquelle nous avons vivement protesté en 1997. D'abord,
il s'agissait d'une violation de l'esprit du traité
de Maastricht qui, sur ce point particulier au moins, avait
raison de laisser le Conseil libre de sa décision.
En second lieu, dans le cas particulier de la France, les
règlements du pacte de stabilité violaient
la Constitution : son article 88-2 n'accepte en effet le
transfert de compétence nécessaire à
l'établissement de l'union économique et monétaire
que dans les termes du traité signé le 7 février
1992, dit traité de Maastricht. Or les deux réglements
outrepassent les termes du traité, et outrepassent
donc en même temps les limites fixées par notre
Constitution.
En 1997, le gouvernement français
était parfaitement conscient de ce problème,
puisque nous en avons souvent parlé, y compris dans
l'hémicycle du Parlement européen, et que
nous avions même rédigé un mémoire
à ce sujet (voir notre explication de vote du 28
novembre 1996 sur les projets de réglements relatifs
à la procédure des déficits excessifs).
C'est donc en toute connaissance de cause qu'à l'époque
le gouvernement et l'opposition réunis ont violé
la Constitution française, et il est difficile de
les plaindre aujourd'hui, lorsqu'ils se trouvent rattrapés
par les conséquences de leurs actes.