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Pacte de stabilité : ne
vous réjouissez pas trop vite
par Georges Berthu, le 28 novembre
2003
Les souverainistes ont tendance à
se réjouir un peu vite de la conclusion du Conseil
des ministres européens du 25 novembre, qui a décidé
de suspendre, à l'égard de la France et de
l'Allemagne, la procédure de sanctions pour déficit
excessif demandée par la Commission. Evidemment,
il est agréable de voir que le point de vue politique
exprimé par le Conseil l'a emporté sur le
point de vue procédurier exprimé par la Commission.
Mais au moins quatre considérations
devraient ternir notre satisfaction :
1- Le déficit français est
toujours très élevé, il ne va pas revenir
sous la barre des 3 % du PIB en 2004, et il n'est même
pas certain qu'il soit vraiment maîtrisé aujourd'hui
encore.
2- Les conclusions du Conseil économique
et financier du 25 novembre montrent que la France est véritablement
mise sous tutelle : le Conseil lui fixe des étapes
pour le retour à l'équilibre et lui demande
d'en faire régulièrement rapport. De ce point
de vue, le pacte de stabilité n'est pas suspendu,
il est confirmé.
3- Si la France viole le pacte de stabilité,
comme le soutient la Commission, il faut rappeler aussi
que ce pacte violait la Constitution française, et
que le gouvernement français l'avait signé
malgré nos avertissements (voir rubrique séparée).
Ces fausses manoeuvres, d'une bêtise à pleurer,
rejoignent le constat fait par l'excellent article du Monde
du 27 novembre "Pourquoi le rôle de la France
s'affaiblit dans l'Union européenne".
4- Nous craignons de savoir ce qui va se
passer par la suite : la Commission va harceler la France
et l'Allemagne, et bientôt elle présentera
un quelconque projet tendant à durcir pour l'avenir
les règles du pacte de stabilité ou plus largement
la "gouvernance économique européenne".
Le gouvernement sera alors trop heureux d'y souscrire pour
se faire pardonner, et d'un coeur léger sèmera
d'autres problèmes que récolteront ses successeurs.
C'est un cycle quasi-invariable dans les affaires européennes.
Pour conclure, on pourrait espérer
que la France tire de tout cela une leçon salutaire,
et qu'elle fuie désormais tous les textes qui tendent
à supprimer sa marge de manoeuvre pour l'avenir.
Mais ce serait trop beau. D'ailleurs, aujourd'hui encore,
elle soutient fermement le projet de Constitution européenne
préparé par la Convention, qui la subordonnera
encore un peu plus, et produira demain d'autres situations
comme celle que nous vivons avec le pacte de stabilité.
Pis encore, on entend des gens qui tirent
de cette affaire la conclusion qu'il faut aller encore plus
loin dans l'établissement d'un pouvoir européen
supranational en matière économique. C'est
notamment le projet des socialistes, qui réclament
à cor et à cri à la CIG un gouvernement
économique de l'Europe. Seraient-ils contents, si
la Commission avait vraiment le pouvoir de nous demander
de réduire sans délai notre déficit
de moitié ? Les socialistes seraient sans doute les
premiers à hurler à l'assassinat de la classe
ouvrière par l'Europe libérale.