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OGM : nos pires craintes se réalisent
par Georges Berthu, le 28 avril 2004

Réunis en Conseil le 26 avril dernier, les ministres de l'Agriculture des Quinze ne sont pas parvenus à se mettre d'accord sur l'autorisation de commercialisation du maïs transgénique BT-11 de la firme suisse Syngenta destiné à l'alimentation humaine. Conformément aux textes en vigueur, si le Conseil ne parvient pas à s'entendre, c'est la Commission qui décide... Cette dernière va probablement s'empresser de lever le moratoire de 1999 en autorisant la mise sur le marché de ce maïs (Europe Information Service et Agence Europe, 27.04.2004).

Il est ahurissant de constater qu'une décision aussi lourde de conséquences est remise à la seule Commission. Mais c'est une procédure qui était prévue dans la directive sur la dissémination des OGM adoptée en 2002 par les Etats membres. Il est clair que les Etats, connaissant d'avance les difficultés politiques vers lesquelles ils allaient avec les OGM, avaient préféré introduire dans le texte une procédure leur permettant de se défausser. A l'époque, Georges Berthu avait vivement protesté au Parlement européen contre cette méthode hypocrite (voir explication de vote du 3 juillet 2002 sur le rapport Scheele).

Tout le but de la manoeuvre, c'est d'autoriser les OGM en faisant croire que certains Etats sont contre, et en faisant porter le chapeau à la Commission. Justement, on nous annonce que la France a voté "contre" la mise sur le marché du maïs BT-11. Si elle est vraiment contre, pourquoi a-t-elle acquiescé à la procédure d'autorisation absurde que prévoit la directive ?

La situation est d'autant plus ubuesque que l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) vient de s'opposer à l'autorisation du maïs doux BT-11 considérant que "pour évaluer l'impact d'une consommation régulière de maïs BT11, il conviendrait de disposer d'une étude de toxicité/tolérance chez le rat". C'est en effet un maïs destiné à la consommation humaine, et l'Afssa considère en conséquence qu'il y a tout lieu de prendre davantage de précautions (Le Monde, 24.04.2004).

A l'issue de cet imbroglio, il y a donc tout lieu de penser que cet OGM se retrouvera bientôt dans les rayons des magasins... Bien sûr l'étiquetage obligatoire qui vient d'être mis en place devra noter la présence d'OGM dans ces produits. Mais encore faut-il que les consommateurs lisent les étiquettes, souvent rédigées en caractères microscopiques. C'est un peu facile pour l'Etat de laisser mettre en vente des produits douteux, en demandant seulement qu'on écrive sur l'étiquette une mention du genre : "Attention, produit douteux". Une fois de plus, l'Etat abdique son rôle de gardien de la sécurité.
Après la vache folle, les insecticides Gaucho et Régent, voici maintenant le BT-11...

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