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Lutte contre la fraude à Bruxelles : énervement à la Commission et au Parlement européen - Comment "aller au lit le soir à Bruxelles et se réveiller le lendemain dans un Etat policier" - Projet de motion de censure contre la Commission
par Georges Berthu, le 7 avril 2004

Les derniers jours à Bruxelles, et particulièrement la semaine de session du 29 mars au 1er avril, ont connu une certaine agitation sur le front de la fraude. A l'approche des élections, les parlementaires s'énervent de ne pas voir d'issue très claire à l'affaire Eurostat et à différents autres scandales. Ils ont d'ailleurs une fois de plus, le 30 mars, voté un rapport sévère sur la mauvaise protection des intérêts financiers des communautés (rapport Bösch - voir explication de vote de Georges Berthu le 30 mars 2004) (1).

En sens inverse, la Commission s'énerve aussi. L'Office de Lutte Anti-Fraude (OLAF) qui dépend d'elle a déposé devant la justice belge une plainte contre le journaliste d'investigation Hans-Martin Tillack, qui travaille pour le magazine allemand Stern, et que l'Office soupçonne (sans preuve à notre connaissance) d'avoir versé des pots de vin à des fonctionnaires pour obtenir des informations sensibles sur l'affaire Eurostat. Hans-Martin Tillack a été perquisitionné le 19 mars chez lui, à 7 heures du matin, par une équipe de policiers belges qui ont pris tous ses dossiers, ses fichiers informatiques, ses relevés de compte bancaire, etc. La presse comme les parlementaires ont manifesté un vif émoi devant ces méthodes. Hans-Martin Tillack a publié dans le Wall Street Journal du 25 mars un long article dont le titre montre bien l'atmosphère : "Going to bed in Brussels, waking up in a police state". Lors d'une réunion tenue au Parlement européen le 31 mars, Hans-Martin Tillack a reçu le soutien de nombreux députés, dont les souverainistes français.

De son côté, le président du Parlement européen monte au créneau pour défendre les institutions. Dans une déclaration solennelle du 31 mars il stigmatise les journalistes allemands qui à son avis vont trop loin (ils ont dénoncé aussi des fraudes supposées au Parlement européen) : "Je veux dire tout à fait clairement - en considérant spécialement les campagnes et le climat entretenus par certains journaux allemands - que les medias allemands, et d'ailleurs tous les medias en Europe, devraient savoir que la culpabilité collective ne peut être infligée à aucun peuple ni à aucune institution". Vous voyez l'ambiance.

Dans ce contexte, 76 députés européen (dont ceux du MPF) ont décidé de proposer une motion de censure contre la Commission. Nous espérons qu'elle pourra être présentée au vote lors de la prochaine session (fin avril) tout en sachant que des pressions s'exercent actuellement sur certains signataires pour qu'ils retirent leur soutien.

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(1) Voir aussi l'article figurant dans la dernière Lettre EDN (n° 11) "La Commission empêtrée dans les affaires".

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