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Réforme du mode de scrutin européen : les mauvaises raisons de Nicole Fontaine
par Georges Berthu, le 2 décembre 2002

Dans le Figaro du 25 novembre 2002, Nicole Fontaine, ministre délégué à l'industrie et ancienne présidente du Parlement européen, se déclare "très favorable" à la régionalisation du mode de scrutin aux élections européennes. Elle invoque deux raisons :

- le système de la circonscription unique au niveau national favoriserait "l'absence de proximité entre élus et électeurs" ;

- ce même système entraînerait une "atomisation de la représentation française au Parlement européen" (et Nicole Fontaine cite les délégations françaises qui ne relèvent pas du duopole PPE-PSE, dont celle du MPF).

Le journaliste qui l'interroge corrige aussitôt en précisant que ces députés "ont le droit de siéger si les Français votent pour eux", mais visiblement, c'est ce qui dérange Nicole Fontaine : elle préfèrerait trouver un mode de scrutin qui oblige les Français à voter seulement pour l'UMP ou le PS. Dans ce but, la "proportionnelle régionalisée" apparaît comme le scrutin idéal... mais c'est le pire du point de vue de l'expression de l'opinion des Français.

En effet, la "proportionnelle nationale" a l'inconvénient de tous les scrutins proportionnels : ne figurent sur la liste que ceux qui ont été choisis par les partis (rien n'empêche d'ailleurs les partis d'organiser des élections internes pour désigner leurs candidats, comme en Grande-Bretagne). Mais cet inconvénient est contrebalancé par un grand avantage : l'importance de la circonscription permet à des listes concurrentes de naître et de se développer, si les listes des grands partis ont été composées de manière non représentative. C'est bien ce qui s'est passé en 1994 et 1999 pour la droite française. Au contraire, le scrutin "proportionnel régionalisé" rend bien plus difficile l'émergence de listes nouvelles. Il supprime donc le contrepoids au pouvoir des grands partis qui existe dans le scrutin "proportionnel national". C'est bien d'un verrouillage de la vie politique qu'il s'agirait, comme Philippe de Villiers l'a déjà dit à plusieurs reprises (voir France-Soir du 22 novembre 2002).

Le scrutin proportionnel national présente un autre grand avantage, dont Nicole Fontaine ne dit mot : il garantit mieux que les députés français au Parlement européen représenteront la France tout entière, et non une région particulière. Cette unité de base de la représentation française nous paraît essentielle au regard de l'exigence constitutionnelle d'indivisibilité de la République. Il est clair en effet que si les députés de tous les pays membres étaient élus dans des circonscriptions régionales, la Commission se ferait un plaisir d'établir des relations directes avec eux, en contournant les Etats, sous tous les bons prétextes que l'on peut déjà imaginer (voir à cet égard le rapport Napolitano sur les pouvoirs régionaux et locaux, qui sera discuté lors de la session de décembre 2002 au Parlement européen). Le scrutin proportionnel national impose un verrou contre cette dérive.

Pour terminer, revenons aux deux arguments de Nicole Fontaine. Ils sont tous les deux contestables :

1- La proximité. La quasi-totalité des membres français du Parlement européen détiennent parallèlement un mandat local (non exécutif), qui leur permet d'être enracinés dans une région. Plus largement, nous avons souvent dit que le sentiment d'éloignement ressenti par les Français (comme par les citoyens des autres pays membres) à l'égard de l'Europe, avait peu à voir avec le mode de scrutin, mais beaucoup avec le principe supranational lui-même. C'est ce principe qu'il faut corriger en réintroduisant les nations, et les Parlements nationaux, dans le processus de décision européen (1).

2- L'éparpillement. Il nous paraît indispensable que les diverses opinions des Français sur l'Europe soient représentées, et que le scrutin proportionnel national soit donc préservé. Mais bien évidemment, la diversité des groupes politiques ne doit pas empêcher les députés élus de voter ensemble dans le sens des intérêts nationaux lorsqu'un enjeu important à cet égard se présente. C'est bien ce qui se passe en général aujourd'hui.

Mais ce rassemblement pour la défense des intérêts nationaux devrait être mieux organisé au niveau français, surtout dans la perspective de l'application du traité de Nice et de l'élargissement, qui vont gravement réduire le poids de la France au Parlement européen. Nous avons fait des propositions précises dans ce but, par exemple celle de réunir dans un même immeuble des bureaux des députés européens et des administrations compétentes... et de préférence à proximité de l'Assemblée Nationale (voir notre note du 8 novembre 2002 : "Faut-il modifier le mode de scrutin aux élections européennes ?", qui figure sur ce même site).


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(1) Voir par exemple sur ce même site le rapport de l'Intergroupe SOS Démocratie du Parlement européen "Les Parlements nationaux, piliers de la démocratie en Europe" - Octobre 2001.

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