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Dominique Souchet écrit à Hervé Gaymard, Ministre de l'Agriculture et de la Pêche au sujet de l'empoisonnement des abeilles par les insecticides
15 janvier 2003

Monsieur le Ministre,

Apprenant que vous réunissez des parlementaires pour évoquer l'importante question de l'empoisonnement des abeilles par certains insecticides systémiques, je tiens à porter à votre connaissance la position que j'ai prise au Parlement européen, où je suis en charge de ce dossier, avec ma collègue luxembourgeoise, Mme Lulling, à la commission de l'Agriculture.

Le principe de précaution doit être appliqué. Or, un certain nombre d'indices convergents permettent d'avoir de forts soupçons sur la responsabilité de l'imidaclopride et du fipronil dans la mortalité anormalement élevée observée récemment chez les abeilles domestiques. Il convient donc d'interdire ces molécules tant qu'une certitude scientifique n'est pas établie. Ne procédons pas à l'envers, comme le fait l'OMC.

L'interdiction de ces deux matières actives ne causerait aucun préjudice aux agriculteurs, puisque d'autres insecticides existent sur le marché pour protéger le maïs et le tournesol. Le traitement par enrobage des semences, traitement systématique et préventif, n'est d'ailleurs pas une pratique conforme aux principes de l'agriculture raisonnée, qui veut que l'on ne traite que dans le cas d'une attaque, et non préventivement.

Outre les dommages aux abeilles, il y a une forte suspicion que ces produits soient néfastes pour l'environnement. Alors que les firmes productrices ont toujours affirmé que ces deux produits étaient très rapidement biodégradés et n'avaient donc aucune rémanence, on a prouvé la présence de la molécule, en France dans les résidus de récolte et dans le sol et aux Etats-Unis dans les nappes phréatiques.

Enfin, la présence du produit ayant été prouvée dans certaines parties des plantes traitées, on est fondé à penser que la molécule est présente dans le maïs utilisé en alimentation humaine et animale, ainsi que dans l'huile de tournesol. Il y a donc tout lieu de s'inquiéter pour la santé humaine et il est indispensable d'appliquer en conséquence le principe de précaution.

C'est pourquoi je vous demande la suspension immédiate de l'autorisation de ces produits.

En vous remerciant de l'intérêt que vous portez à cette importante question, ainsi qu'en témoignent les rencontres que vous organisez le 16 janvier avec des parlementaires et le 17 avec les représentants de la profession apicole, je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, à l'assurance de ma haute considération.

Dominique SOUCHET

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