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Irlande : les leçons du référendum
par Georges Berthu, le 23 octobre 2002

Le "oui" des Irlandais à leur second référendum sur le traité de Nice n'est pas surprenant, et nous en avions déjà donné les raisons : refus de passer pour égoïstes vis-à-vis des pays de l'Est candidats, crainte de se retrouver isolés en Europe (voir notre rubrique du 15 octobre 2002).

De cette mésaventure, les fédéralistes vont tirer une grande leçon : ils ne voudront plus qu'à l'avenir un pays, petit ou grand, puisse bloquer une réforme des traités. Attendez-vous donc à voir sortir de la Convention des propositions de nouvelle clause de révision des traités à la majorité, ou d'entrée en vigueur des projets de traités dès que le seuil d'un certain nombre de ratifications aura été dépassé. Mais après tout, c'est le droit des pays de conclure ou non un traité. L'essentiel à notre avis est que les minoritaires ne se voient pas imposer le nouveau texte ratifié par la majorité, ou qu'ils ne se voient pas expulsés de force de l'ancien.

Pour les souverainistes, il ressort de ce référendum un double constat :

- dans de nombreux pays membres, voire la plupart, la situation des institutions européennes dans l'opinion publique apparaît fragile. Raison : le sentiment de ne rien contrôler, engendré par les biais institutionnels, le monopole d'initiative de la Commission, les arrêts sans appel de la Cour de Justice, les votes à la majorité au Conseil et le manque de transparence général. Tout peut basculer à l'occasion d'un référendum mal mené, dans une conjoncture contraire, et à plus forte raison bien sûr si le texte présenté n'est pas bon !

- second constat : pour les fédéralistes, les ennuis commencent après le "oui" des Irlandais, car maintenant, il va falloir réaliser l'élargissement sur la base du traité de Nice. Bon courage ! Tous les arguments que nous avons donnés depuis le début sont toujours valables (1) et même certains fédéralistes les partagent maintenant bruyamment (2). A titre anecdotique, on notera que les représentants des gouvernements sont actuellement perdus dans de sombres calculs sur l'application des clauses de Nice au cas d'un élargissement progressif, et que, dès le 22 octobre au Parlement européen, le président de la Hongrie, M. Ferenc Madl, a demandé en séance solennelle que le nombre des députés européens futurs de son pays soit relevé de 20 à 22 !


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(1) Voir Georges Berthu, Traité de Nice - L'Europe sans repères - Editeur François-Xavier de Guibert - 2001.
(2) Voir le Figaro du 22 octobre 2002 - "La réforme de l'Union hypothéquée" par Jean-Louis Bourlanges.

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