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Kofi Annan inflige un camouflet au Parlement européen
par Georges Berthu, le 3 février 2004

Le 29 janvier dernier, le Secrétaire Général de l'ONU, M. Kofi Annan, est venu recevoir le prix Sakharov pour son action en faveur de la paix, lors d'une réunion solennelle du Parlement européen. Le Parlement avait tout fait pour que cette réunion soit sa propre apothéose et celle de l'Union européenne. Finalement, ce fut presque une déroute.

En effet, le Parlement avait voté le matin même le rapport Laschet - seul rapport inscrit au programme ce jour là - qui faisait du multilatéralisme la stratégie principale de l'Union européenne, et posait celle-ci en interlocuteur privilégié de l'ONU. Pat Cox, Président du Parlement européen, avait d'ailleurs rappelé dans son discours introductif que l'Union européenne est le principal donateur en terme d'aide au développement, qu'elle défend le processus de Kyoto contre l'effet de serre et qu'elle fut un pionnier dans la promotion de la Cour pénale internationale - comprenez à demi-mot : elle est plus zélée que les Etats-Unis sur tous ces points pour appliquer les objectifs de l'ONU.

En récompense de ses bons et loyaux services, le Parlement européen demandait pour l'Union un siège de membre permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies, dès que l'adoption de la Constitution européenne en préparation lui aura conféré la personnalité juridique (Que deviendraient alors les sièges de la France et de la Grande-Bretagne ? Le rapport Laschet ne dit rien là dessus, mais il est évident qu'ils devraient être éliminés si l'Union européenne en tant que telle recevait un siège).

Devant ce flot d'éloges et ces appels du pied, le Secrétaire Général de l'ONU aurait dû normalement faire un discours expliquant que les ambitions de l'Union européenne sont légitimes, et qu'il va faire son possible dès à présent pour qu'elle participe aux débats et aux actions de l'ONU comme un membre, même si elle ne l'est pas encore juridiquement.

Or Kofi Annan a complètement évité ce sujet. Pas un seul mot là-dessus, comme si le rapport Laschet n'existait pas !

Son discours a été consacré à un seul thème, complètement excentré par rapport aux préoccupations du jour : la question de l'immigration. Le sens du message était unique, et simple : "L'immigration n'est pas un problème : c'est une solution", pour les pays riches autant que pour les pauvres. Il faut donc que l'Union européenne ouvre ses frontières davantage. Comble de discourtoisie, Kofi Annan avait publié les "bonnes feuilles" de son discours dans Le Monde paru la veille au soir à Paris (daté du 29 janvier 2004).

Dans ce discours, Kofi Annan explique que la tendance à la migration vers les pays riches "ne fera que s'accentuer au cours des décennies à venir". De ce fait, "la notion même d'européanité s'élargit". Il proteste contre la tendance à restreindre l'accueil des demandeurs d'asile (Quelle est cette tendance ? Il est le seul à l'avoir vue.), sans jamais relever que neuf demandes sur dix sont infondées. Tout au plus note-t-il que si les systèmes de gestion des demandes d'asile sont parfois débordés, c'est parce que "beaucoup de ceux qui ressentent le besoin de quitter leur pays ne peuvent compter sur aucune autre filière régulière". Autrement dit : s'il y a trop de demandeurs d'asile, c'est votre faute parce que vous ne laissez pas entrer les immigrants assez largement par des voies légales. Pourtant, selon lui, "la solution passe nécesairement par l'immigration", aussi bien pour les pays riches qui ont besoin de jeunes, que pour les pays pauvres qui bénéficient de l'argent rapatrié par les travailleurs.

Conclusion : "C'est pourquoi j'encourage les Etats européens à ouvrir de nouvelles filières d'immigration régulière, pour les travailleurs qualifiés et pour les non-qualifiés, aux fins de regroupement familial et pour raisons économiques, à titre temporaire ou permanent". Ce qui signifie : ouvrez tout à tous les niveaux.

Que Kofi Annan se permette de venir dire au Parlement européen ce que nous devons faire chez nous (sans jamais parler des problèmes posés par cette immigration massive, dans nos pays comme dans les pays d'origine), a été ressenti comme une gifle par de nombreux députés. Malheureusement, les présidents de groupe, seuls habilités à parler, n'ont pas modifié leurs discours préparés à l'avance. Sauf deux, qui ont réagi en sens opposés : Charles Pasqua qui a courageusement dit que l'immigration telle qu'elle se présente aujourd'hui n'est une solution pour personne, et qu'il vaudrait mieux parler des méfaits du libre-échangisme mondial et de la nécessité de développer les pays pauvres ; Daniel Cohn-Bendit qui, avec une rapidité foudroyante, a emboîté le pas à Kofi Annan et a même surenchéri, déclarant que le discours du Secrétaire Général de l'ONU lui faisait penser à celui de Martin Luther King "I have a dream".

La discourtoisie de Kofi Annan a été incroyable assurément, mais il faut dire à sa décharge qu'il a certainement été agacé (et certains pays membres de l'ONU aussi) par l'entrisme forcené des institutions européennes. Le Parlement européen a reçu une gifle, mais après tout, est-ce qu'il ne la méritait pas ?

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