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Le député MPF Patrick
LOUIS observateur de l'élection présidentielle
en Palestine
Le 13 janvier 2005
A la suite de la mort du raïs
Yasser Arafat, une élection présidentielle
s'est tenue en Palestine le 9 janvier dernier qui s'est
traduite par la nomination du nouveau Président de
l'Autorité palestinienne, M. Mahmoud Abbas (Abou
Mazen).
Afin que ce scrutin se déroule démocratiquement,
l'Union européenne avait envoyé une délégation
d'observateurs, sous la présidence de M. Edward McMillan-Scott
(Député européen PPE-DE, UK), dont
Patrick LOUIS, Député MPF au Parlement européen
faisait partie. Il nous livre les impressions ressenties
lors de son voyage de 5 jours dans cette partie du monde
ravagée par les guerres incessantes.
Quelle ambiance avez-vous trouvée
à votre arrivée en Palestine ?
Patrick Louis
- Je me suis senti un peu gêné de me présenter
comme une sorte de "professeur de la démocratie".
En effet, le rôle-clé de l'observateur de telles
élections est d'assurer par son témoignage
que les procédures ont été respectées
sans toutefois donner l'impression de faire une intrusion
dans le fonctionnement d'un peuple qui n'aspire qu'à
une chose : être souverain. J'ai ressenti un double
sentiment : un sentiment d'enthousiasme d'avoir la chance
de participer humblement à la résolution du
conflit qui se déroule dans ce coin du monde et en
même temps un sentiment de gêne du fait de cette
impression d'ingérence.
Ma démarche d'observateur fut également
transcendée par le fait de me trouver en Terre sainte,
ce lieu symbolique où sont représentées
trois religions (chrétienne, juive et musulmane),
et où l'on est au coeur des sources du christianisme.
J'ai d'ailleurs fait le choix d'aller à Naplouse
qui est tellement chargée d'histoire. Naplouse fut
l'ancienne Sichem, cette cité des Samaritains, du
Puits de Jacob, où le Christ a rencontré Marie-Madeleine.
C'est la plus grande ville de Palestine, "la reine
sans couronne" puisqu'elle n'a jamais pu en devenir
sa capitale, mais c'est aussi, et malheureusement, une ville
en déclin. C'est également un des foyers les
plus vifs de la révolte palestinienne où résident
plusieurs camps de réfugiés.
Etes-vous entièrement satisfait du déroulement
des opérations de vote ? Etait-ce, selon vous, des
élections vraiment démocratiques ?
Patrick Louis
- L'Union européenne a investi plus de 16 millions
d'euros pour l'assistance et l'observation de cette élection.
Ce budget a notamment permis de former les Palestiniens
aux modalités démocratiques d'un scrutin et
j'ai pu en constater les bons résultats, les Palestiniens
ayant tenu de manière remarquable leurs bureaux de
vote. De l'ouverture des bureaux de vote le matin à
7 heures jusqu'à leur clôture à 21 heures,
sur les 17 bureaux que j'ai visités sur tout le territoire
de Naplouse, je n'ai constaté aucune faute, mais
bien au contraire un très grand respect des règles.
Le seul problème, en amont du processus, s'est situé
au niveau des inscriptions des gens sur les listes. Il faut
comprendre qu'il n'y a pas d'Etat palestinien et donc pas
d'état-civil. Les Palestiniens étaient invités
à s'inscrire sur des listes et ceux qui se sont inscrits
n'ont pas eu de problème pour voter. Ceux qui n'étaient
pas inscrits ne pouvaient voter que s'ils figuraient sur
l'ancien registre des élections de 1996. Bien sûr,
un nombre assez conséquent de Palestiniens ne se
trouvaient ni sur le registre de 1996 ni sur les nouvelles
listes et n'ont donc pas pu voter. Toutefois, au moins 70
% de la population a été en mesure de voter
et l'on peut donc considérer que cette élection
confère une véritable légitimité
au Président de l'Autorité palestinienne.
Que pensez-vous du nouveau Président de l'Autorité
palestinienne ?
Patrick Louis
- Ce nouveau Président, élu démocratiquement
et possédant une légitimité reconnue,
était particulièrement attendu par Israël
qui souhaitait avoir un véritable interlocuteur avec
qui contracter. En effet, il y a actuellement deux peuples,
le peuple juif et le peuple palestinien. Un Etat binational
n'est pas possible et il faut donc arriver à un accord
reconnaissant deux Etats souverains. L'Etat d'Israël
ne pouvait pas contracter avec des terroristes. Aujourd'hui,
il a la possibilité de contracter avec une Autorité
légitime. Il reste à savoir si Mahmoud Abbas
franchira le pas qui le sépare encore des anciennes
méthodes. Il reste en effet et veut être l'héritier
d'Arafat et l'on peut craindre qu'il n'y ait pas assez de
changement. Il faut donc qu'il entreprenne rapidement des
actes forts vis-à-vis des mouvements armés
pour mettre en application la Feuille de route émise
par le Quatuor (Nations-Unies, Russie, Union européenne,
Etats-Unis) afin de faire progresser la paix et de donner
à chaque peuple un territoire bien délimité
par des frontières et des institutions juridiques
propres.
Que pensez-vous des challengers de Mahmoud Abbas ?
Patrick Louis
- Je regrette que Mustapha Barghouti n'ait pas fait un meilleur
score. Ce jeune leader talentueux, médecin de profession,
démocrate et partisan d'une résistance non
violente à l'occupation israélienne aurait
mérité un score supérieur pour permettre
une concurrence et une alternative à Mahmoud Abbas.
Le système clanique qui entoure l'Autorité
palestinienne et qui avait été mis en place
par Arafat ne peut être bousculé que par un
contradicteur politique qui obligerait le Président
de l'Autorité à trouver un chemin innovant.