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L'euro étouffe-t-il la croissance
?
par Georges Berthu, le 30 septembre
2003
Dans le Figaro du 25 juillet 2003,
Philippe de Villiers et Georges Berthu remarquaient l'éclatante
différence de santé entre la zone euro et
la zone non-euro et, sans imputer la totale responsabilité
de cette situation à l'euro, donnaient des arguments
laissant penser qu'il n'est pas complètement innocent
("Gestion
de l'euro : le super-Etat est-il la solution ?").
Pour mémoire, on rappellera l'idée
principale de ce texte : l'unification monétaire
a consisté à remplacer une gestion décentralisée
de la monnaie, adaptée à la situation particulière
de chaque pays, et ajustable de manière flexible
en fonction de son évolution, par une gestion européenne
centralisée, appliquant les mêmes règles
à tous de manière uniforme et rigide. La flexibilité
antérieure comportait certes des inconvénients
(par exemple l'instabilité des taux de change intra-européens
en certaines périodes), mais d'un autre côté,
la gestion centralisée comporte une grande rigidité,
dont on commence à voir certains effets négatifs,
notamment en terme de croissance. D'ailleurs, ce caractère
de l'euro - transformation d'une gestion décentralisée
et flexible en une gestion centralisée et rigide
- est aussi un caractère de la construction européenne
tout entière, dans les termes où elle se poursuit
depuis l'Acte Unique. On pourrait donc dire que non seulement
la conception de l'euro, mais aussi celle de l'Union elle-même,
sont actuellement plutôt négatives pour la
croissance.
Depuis notre article du 25 juillet, le débat
s'est développé. En particulier, sous le titre
"La zone non-euro fait des envieux", Pierre-Antoine
Delhommais explique, dans le Monde du 30 septembre,
que la croissance beaucoup plus forte de la zone non-euro
viendrait essentiellement d'une vitalité plus grande,
tirée de la réalisation, par les pays concernés,
de réformes de structure en temps utiles.
Cette position peut présenter
de bons arguments en sa faveur. Mais si on l'admet (ce n'est
pas notre cas), il faut expliquer pourquoi justement les
pays qui ont la plus grande vitalité ont refusé
de faire le choix de l'euro. On est alors conduit sur des
voies étranges, qui amènent à se demander
notamment si l'euro ne serait pas par hasard une sorte de
cartel de pays immobilistes, désireux de trouver
un moyen de prolonger leur situation sans faire de réels
efforts. L'état présent des principaux pays
de la zone euro cadre étrangement avec cette théorie.
Ainsi, on arriverait à une conclusion
légèrement différente de la nôtre,
mais tout à fait compatible : l'euro en lui-même
n'étoufferait pas la croissance, mais il serait le
produit d'un état d'esprit qui, lui, l'étouffe
bel et bien.