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Etiquetage des denrées alimentaires
dans d'autres langues que le français : à
qui la faute ?
par Georges Berthu, le 27 août
2002
La quiétude estivale sur le front
européen a été rompue par une salve
d'articles de presse annonçant que la Commission
venait, par un "avis motivé", de demander
à la France d'abroger l'obligation (prévue
par l'article R 112-8 du Code de la Consommation) d'étiqueter
en langue française les denrées alimentaires
vendues sur notre territoire. Et beaucoup de protester bruyamment
contre "les ingérences inacceptables" de
la Commission.
Nous ne nous joindrons pas à ce choeur.
En effet, comme l'a établi un remarquable article
de Romain Rochas, ancien chef de division à la Cour
des Comptes des Communautés, publié dans la
rubrique "Débats et Opinions" du Figaro
(1), les premiers responsables de cette situation - effectivement
intolérable - sont les Français eux-mêmes,
et leurs gouvernements successifs.
Le tournant juridique dans cette affaire
n'est pas juillet 2002, mais le 12 septembre 2000, lorsqu'a
été rendu l'arrêt Geffroy/Casino de
la Cour de Justice des Communautés : la France se
trouvait condamnée pour avoir voulu imposer aux magasins
Casino l'étiquetage en français de boîtes
de Coca-Cola importées directement du Royaume-Uni
; selon la Cour, le Code français de la Consommation
serait en contradiction avec l'article 16 de la directive
79/112/CE (modifiée le 20 mars 2000), qui impose
seulement l'étiquetage "dans une langue facilement
comprise par le consommateur", ici l'anglais.
A l'époque, nous avions vivement protesté
contre cet arrêt, dans nos interventions publiques
et par écrit (2), mais en pure perte. Peut-être
certains croyaient-ils, comme d'habitude, qu'il suffirait
de faire le gros dos, et que les institutions communautaires
s'arrêteraient d'elles-mêmes, devant l'énormité
des conséquences de leurs actions. C'est mal les
connaître.
Elles ne s'arrêteront que si on les
arrête.
Romain Rochas, dans l'article du Figaro
précité, fait justement remarquer qu'il s'est
trouvé des gouvernements français pour approuver
la rédaction ambigüe de la directive 79/112/CEE,
et de ses modifications ultérieures. L'arrêt
de la Cour de Justice ne fait qu'exploiter à fond
les failles de cette rédaction au profit de la conception
la plus unificatrice de l'Union (3). Mais qui a donné
à la Cour ces pouvoirs d'interprétation exhorbitants
? Qui l'a ensuite laissé les utiliser activement,
pendant des décennies, au profit de la centralisation
européenne ?
De même, la Commission, à son
tour, ne fait qu'élargir la brèche ouverte
par la Cour de Justice. Mais qui a donné ses pouvoirs
à la Commission ? Qui l'a laissé implanter
en Europe les conceptions les plus supranationales ? Qui
a refusé d'agir chaque fois que les souverainistes
dénonçaient les effets pervers du système,
et leurs conséquences prévisibles pour l'avenir
?
Aujourd'hui, le gouvernement français
fait semblant de croire qu'on peut tout concilier : le 1er
août a été signé un décret
qui ajoute à l'article R112-8 un alinéa précisant
qu'en plus du français, d'autres langues peuvent
figurer sur le même étiquetage. Bien sûr
! Mais ce n'est pas le problème ! Le problème
posé par l'arrêt Geffroy/Casino, c'est de savoir
s'il est licite d'utiliser l'anglais seul, à l'exclusion
du français.
Dans un premier temps, les institutions communautaires
vont peut-être fermer les yeux provisoirement pour
ne pas envenimer les choses. Mais plus tard, de toute façon,
elles reviendront à la charge. La volonté
de conciliation du gouvernement français n'aura une
fois de plus servi à rien, sinon à différer
la prise de conscience, par les Français, de leur
subordination croissante, et à différer, du
même coup, leur nécessaire réaction.
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(1) "Français, faites votre examen de conscience
!" par Romain Rochas, le Figaro, 8 août 2002.
(2) Voir Démocratie ou super-Etat, par Georges
Berthu - Editions François-Xavier de Guibert, 2000,
page 63.
(3) La Cour reste plus fidèle à la lettre
des traités dès qu'il s'agit de sauvegarder
les prérogatives, même exhorbitantes, de la
Commission : voir dans la même rubrique notre commentaire
sur l'arrêt Jego-Quéré.