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Conseil de Séville (2) -
Une déclaration qui n'engage à rien, pour
amadouer les Irlandais
le 27 juin 2002
Le Conseil européen réuni à
Séville (21-22 juin 2002) a fait comme prévu
un geste envers les Irlandais qui devront voter une seconde
fois sur le traité de Nice (sans doute en octobre
prochain).
Mais ce geste paraît singulièrement
inconsistant et sans portée, à tel point qu'on
peut se demander s'il ne va pas plutôt fournir de
nouveaux arguments aux partisans irlandais du "non".
Annexées aux conclusions du Conseil,
figurent deux déclarations : la première,
unilatérale, de l'Irlande, rappelle que sa ratification
éventuelle du traité de Nice, à l'instar
de sa participation actuelle à la PESC, n'affecterait
pas sa politique traditionnelle de neutralité militaire,
qu'elle n'impliquerait a priori la participation à
aucun projet en matière de défense, et que
toute modification de cette situation nécessiterait
un référendum national spécifique (annexe
III) ; la seconde déclaration, émanant des
autres partenaires au Conseil européen, "prend
acte" de la déclaration de l'Irlande et reconnaît
notamment que "comme tous les Etats membres de l'Union",
l'Irlande "conserverait le droit, après l'entrée
en vigueur du traité de Nice, de décider souverainement,
conformément à sa Constitution et à
ses lois, d'engager ou non du personnel militaire pour participer
à une opération menée dans le cadre
de la politique euroépenne en matière de sécurité
et de défense" (annexe IV).
Cette déclaration appelle deux remarques.
1) Sur le fond, elle dessine une politique
de sécurité et de défense "à
la carte", à laquelle chaque pays peut ou non
participer, au coup par coup, et en fonction de l'appréciation
qu'il porte démocratiquement sur chaque action entreprise.
C'est excellent. Mais il faut dire que cette orientation
est beaucoup moins claire dans le Traité actuel (1),
et encore plus obscure dans le projet de Nice (2). En réalité,
on observe une tension permanente entre l'objectif "à
la carte" présenté par la nouvelle déclaration,
et celui du traité, qui cherche à rassembler
tous les membres pour fabriquer une politique de défense
"commune" (3).
2) Sur la forme, si la déclaration
du Conseil "prend acte" de la déclaration
irlandaise, ce n'est vrai que dans la version française
de l'annexe IV. Dans les autres versions linguistiques
(et notamment l'espagnole, qui fait foi ici), le Conseil
ne fait que "prendre connaissance" de la déclaration
irlandaise. Entre les deux, il y a un écart important
: quand on prend acte, c'est qu'on est obligé d'admettre,
bon gré mal gré ; quand on prend connaissance,
on réserve son jugement sur la validité de
l'acte. Avec cette nuance de vocabulaire, on entrevoit tous
les pièges dans lesquels l'Irlande se trouvera peu
à peu enfermée si elle accepte le traité
de Nice.
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(1) Par exemple, aux articles 23 et 28 TUE, on voit qu'un
Etat membre qui ne veut pas participer à une action
est obligé de participer quand même aux dépenses
administratives correspondantes.
(2) Par exemple, à l'article 25 TUE nouveau, proposé
par Nice, rien n'est prévu pour une éventuelle
"géométrie variable" du Comité
politique et de sécurité.
(3) Voir à ce sujet l'ouvrage
de Georges Berthu "Traité
de Nice - L'Europe sans repères" - Editions
F-X. de Guibert, 2001.