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Coup tordu sur les OGM
le 9 juillet 2002

Depuis que les Etats membres ont décidé un moratoire sur les autorisations d'OGM, la Commission européenne cherche tous les moyens pour les obliger à l'abroger. Dans cette perspective, elle a présenté au Parlement européen le 3 juillet 2002 deux propositions de textes réglementant avec une certaine rigueur les autorisations, la traçabilité, l'étiquetage et la commercialisation des OGM.

La rigueur affichée a évidemment pour but de désarmer les oppositions. Le Parlement européen en a d'ailleurs rajouté, par exemple en abaissant à 0,5 % le seuil en deçà duquel la présence accidentelle d'OGM autorisés dans des aliments non OGM n'a pas à être étiquetée. Les députés MPF ont voté en faveur des amendements les plus rigoureux. Jusque là, c'est acceptable.

Mais où les choses se gâtent, c'est quand on s'aperçoit que la Commission a discrètement placé, à la fin de la procédure d'autorisation, une méthode de décision viciée, qui va balayer la souveraineté et le droit de sauvegarde des Etats.

Concrètement, les propositions de règlement renvoient de manière obscure à une décision 1999/468/CE sur la comitologie, selon laquelle:

1) les décisions d'autorisation sont prises par la Commission sur avis conforme de la majorité qualifiée d'un "Comité de réglementation" composé de représentants des Etats membres ;

2) si le comité n'est pas d'accord, l'affaire remonte au Conseil lui-même ; mais si le Conseil n'adopte pas la proposition de la Commission (à la majorité qualifiée), ou s'il ne s'y oppose pas (à l'unanimité), la décision revient à la Commission, qui la prend seule. Or sur les sujets controversés, ce cas n'est pas rare.

Ainsi, l'autorisation pourrait être donnée à des OGM, contre la volonté d'une minorité d'Etats membres, et même dans certains cas contre la volonté d'une majorité. Aucune clause de sauvegarde nationale n'est prévue à ce niveau, même dans l'hypothèse où, par exemple, un pays exprimerait par référendum son opposition à un OGM.

Cette procédure est visiblement destinée à laisser les mains libres à la Commission pour donner des autorisations dont les gouvernements diront ensuite "Nous n'y pouvons rien, c'est la règle européenne". C'est ainsi que Bruxelles confisque la démocratie.

Cet abandon de souveraineté apparaît d'autant plus paradoxal que ces affaires d'alimentation et de santé publique sont extrêmement sensibles, nous le savons bien, aux yeux de l'opinion. Au moment même où ce texte passe devant le Parlement européen, la France vient d'être condamnée par la Cour de Justice, à la demande de la Commission, pour avoir refusé de lever l'embargo sur la viande bovine britannique, décidé par les autorités communautaires. Allons-nous être obligés de manger de cette viande bovine ? N'est-ce pas ici la preuve parfaite de la nécessité d'un droit de sauvegarde pour chaque démocratie nationale ? Comment dans ces conditions, le gouvernement français pourrait-il accepter au Conseil un texte sur les OGM qui ne prévoit aucune sauvegarde nationale au moment de l'autorisation ?

 



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