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Bruxelles appelle les Etats à lever les restrictions
Avril 2006

Dans une communication, la Commission européenne estime que "les flux de travailleurs des Etats membres d'Europe centrale et orientale vers l'Europe des Quinze ont eu des effets essentiellement positifs", mais qu'ils sont insuffisants. Qu'importe le chômage, pourvu que le principe de la mobilité des travailleurs soit appliqué...

Au lendemain de l'entrée des dix pays de l'Est dans l'Union européenne, au 1er mai 2004, la plupart des anciens Etats membres avaient érigé des barrières au libre accès des travailleurs sur leur marché afin de ne pas déstabiliser ces derniers. Or la Commission ayant déclaré "2006 année européenne de la mobilité des travailleurs" et prônant la liberté de circulation tant des personnes que des marchandises au sein de l'UE, elle a appelé tous les pays membres à lever leurs restrictions, entendant par là faire pression sur eux en se posant sur le plan des principes. A cette fin, elle a rendu publique, au début février 2006, une communication tendant à prouver que "les flux de travailleurs des Etats membres d'Europe centrale et orientale vers l'Europe des Quinze ont eu des effets essentiellement positifs et ont été dans la plupart des pays quantitativement moins importants que prévus".

Un premier constat s'impose d'emblée : chaque Etat ayant adopté un mode de décompte particulier des travailleurs en provenance des Dix (permis de travail, titre de séjour, numéro de sécurité sociale, etc...), il semble bien difficile d'établir un lien entre ouverture des frontières et évolution de l'emploi, d'autant que la période d'expérience (mai 2004-2ème trimestre 2005) est courte... De plus, l'étude ne prend en compte ni la situation géographique des anciens ressortissants par rapport aux nouveaux ni même la conjoncture de leur marché du travail.

Disparités nationales

En fait, si certains pays, tels le Royaume-Uni, la Suède et l'Irlande, dont les taux de chômage sont très bas, ont pu ouvrir dès 2004 leurs marchés aux Dix sans aucune restriction, les réalités nationales sont loin d'être comparables. Ainsi, l'Allemagne et l'Autriche, frontaliers des nouveaux membres, maintiendront-ils leurs restrictions jusqu'en 2009, la libre circulation pouvant à l'évidence leur poser de graves problèmes sociaux, Berlin arguant par exemple de son taux de chômage élevé (11,4 % en mars), certains länders enregistrant même des taux supérieurs à 20 %. L'Allemagne est d'ailleurs le pays qui a connu le plus de flux entrants avec 500 000 permis émis entre mai 2004 et septembre 2005 - alors qu'un régime de permis de travail est appliqué ! -, le Royaume-Uni n'enregistrant sur la même période que 300 000 nouveaux travailleurs, l'Irlande 100 000 et la Suède 10 000.

La Belgique et le Danemark reconduiront, eux, les restrictions tout en assouplissant leur dispositif. Les Pays-Bas, dont le gouvernement veut donner "un signal politique fort" après le vote négatif de son peuple au référendum du 29 mai, ont décidé d'ouvrir leur marché aux travailleurs de l'Est, et ce malgré la mise en garde du ministre des Affaires étrangères, Ben Bot, "contre un éventuel afflux d'ouvriers polonais dans la mesure où les grands voisins français et allemands maintiendront leurs restrictions", les prévisions laissant d'ores et déjà penser que le nombre de salariés de l'Est devrait ainsi doubler, passant de 30 000 à 60 000.

De leur côté, l'Espagne, le Portugal et la Finlande ont bien évidemment accepté d'ouvrir leurs frontières, le nombre d'entrants étant insignifiant chez eux (43 pour le Portugal, 2 000 pour la Finlande).

Enfin, la France, dont le taux de chômage s'élève à 9,6 %, procèdera à "une levée progressive et maîtrisée des restrictions", levée qui "concernera en priorité certains métiers connaissant des tensions de recrutement".

A noter que l'Irlande, pays réputé très ouvert, effleure l'idée de faire marche arrière en réintroduisant un système de permis de travail afin de mieux gérer les entrées de travailleurs de l'Est sur son territoire...

Si les économies des anciens membres étaient toutes florissantes, cette initiative serait bienvenue puisqu'elle permettrait de répondre positivement à la demande pressante des pays d'Europe centrale qui se sentent quelque peu rejetés et ce malgré leur adhésion à l'Union, d'autant que certains enregistrent des taux de chômage particulièrement élevés (Pologne : 17 %, Slovaquie : 15,8 %). Mais tel n'est malheureusement pas le cas : en France, par exemple, les métiers concernés par la levée des restrictions seront ceux pour lesquels les offres d'emploi de l'ANPE ne trouvent pas preneurs, c'est-à-dire dans le bâtiment, l'hôtellerie, la restauration et les aides à la personne. N'y a-t-il vraiment personne parmi nos 2,5 millions de chômeurs et nos 1,2 million de Rmistes pour occuper ces emplois qu'il faille les offrir sur un plateau d'argent à d'autres, laissant encore une fois notre pays s'enfoncer dans le chômage et la précarité ? La sagesse aurait plutôt commandé de suivre notre voisin allemand : ne pas lever les restrictions, mettre en oeuvre les réformes drastiques qui s'imposent pour endiguer le chômage puis, si la situation s'améliore, ouvrir en 2009 nos frontières aux autres travailleurs européens...

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