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Repoussée le 29 mai 2005, la Constitution européenne trotte toujours dans la tête des politiques français...
Avril 2006

La Constitution européenne n'est pas morte. A Bruxelles, on en est persuadé. A Paris aussi. Mais pas question de faire revoter les Français ! Leurs représentants suffiront, qui, en 2005, avaient voté pour à 92 %. "Un texte resserré" faisant l'objet d'une "approbation par le Parlement", indiquait ainsi Nicolas Sarkozy en janvier. C'est plus sûr...

Alors que le printemps se réapproprie les jardins, les parsemant de mille couleurs, bourgeonnent dans les têtes des responsables politiques français mille idées pour faire repartir la construction européenne. Objectif : remettre au goût du jour une Constitution que le joli mois de mai 2005 s'était chargé d'enterrer.

Ah, le 29 mai 2005 ! Quelle belle fête de la démocratie et des idées ! Il n'y a qu'à voir avec quelle belle énergie les Français se sont appropriés le débat européen, qu'à constater les remises en cause de certains sujets prépondérants pour comprendre combien cette date restera symbolique.

Car si les partisans du "oui" n'ont eu de cesse de rendre les électeurs coupables d'avoir "mal voté", voire de s'être "tirés une balle dans le pied" - selon la formule de Jacques Chirac adressée à des agriculteurs qui l'interpellaient sur une Europe agricole jugée peu soucieuse des intérêts tricolores lors de sa visite au Salon de l'agriculture en février 2005 -le référendum aura eu l'immense avantage de montrer aux Français que l'idéologie mondialiste sur laquelle se construisait jusqu'alors l'Europe n'était pas si inévitable, et qu'une alternative s'offrait à eux.

Or, presque un an après, quelles réponses les dirigeants français sont-ils prêts à apporter aux attentes des citoyens ? Pour le promoteur du projet constitutionnel, Valéry Giscard d'Estaing - qui indiquant sur la BBC Radio 4 le 22 septembre dernier "qu'un oui français était possible mais pas avant les élections de 2007", annonçait ainsi implicitement un passage en force (sans doute dans la "fenêtre de tir" des fameux "100 jours" !) du gouvernement qui sortira des urnes-, il s'agit tout simplement de séparer les parties 1 (dispositions constitutionnelles) et 2 (Charte des droits fondamentaux) de la partie 3 (politiques communes et leur fonctionnement), puis de soumettre le premier bloc à référendum alors que la partie qui pose le plus problème serait ratifiée par les Parlements nationaux. Une idée qui fait son chemin dans l'esprit de la chancelière Angela Merkel et du Président Jacques Chirac.

Une approbation par le Parlement !

Mais certains vont même plus loin et occultent carrément les sujets qui fâchent, tels Michel Barnier, ancien commissaire européen et vice-président du Parti Populaire Européen (PPE), qui propose de ne reprendre que les parties 1 et 2 et de les faire ratifier par les Parlements nationaux ou - plus sérieux car il est présidentiable - Nicolas Sarkozy, qui, après avoir reculé sur la question de l'entrée de la Turquie à la fin septembre, suggéra, le 12 janvier, à l'occasion de ses voeux à la presse, de ne prendre que la première partie et de la faire approuver par l'Assemblée nationale : "Je propose que ce texte resserré et consensuel (sic !) fasse l'objet, le moment venu, d'une approbation par le Parlement", avait alors indiqué celui qui, depuis, s'est fait remarquer par ses reculades. Et d'expliquer : "Nous devons établir, à partir du texte initial, un texte plus court, fondé sur la première partie du traité, un texte qui finalement ait pour seul objet d'organiser le fonctionnement de l'Europe à 25." Un texte qui, annonçait Nicolas Sarkozy, serait élaboré par "une mission d'évaluation" qui rencontrerait "les gouvernements, les parlements nationaux, les partis politiques et les représentants des sociétés civiles", les peuples n'apparaissent nulle part dans sa liste...

Toutes ces initiatives n'ont pour seul objectif que de sauver à tout prix la Constitution européenne, personne n'imaginant que l'idée même de Constitution puisse revêtir la forme d'un frein supplémentaire à la construction européenne, déjà en proie à de grandes rigidités et qui apparaît de plus en plus ingérable aux yeux des citoyens.

Du côté des partisans du "non", on considère plus que jamais qu'une Constitution est inutile et qu'il est urgent de préciser de manière claire l'Europe de demain, son architecture, ses limites géographiques, ses objectifs. "Les Français se sont exprimés distinctement sur ce qu'ils attendaient de l'Union, souligne-t-on au MPF, où l'on s'apprête à fêter l'anniversaire de la victoire du non par un grand meeting prévu le 29 mai prochain à Paris. Sachons leur répondre sans ambiguïté, donnons-leur une Europe capable de les protéger, une Europe respectueuse des identités et des traditions nationales, une Europe efficace et innovante susceptible de rivaliser avec les grandes puissances émergentes...".

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