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Sept ans de régime Bolkestein
pour le transport routier français
septembre 2005
Chacun a désormais entendu parler du projet de directive
Bolkestein et de ses effets pervers... Nos gouvernants ont
d'ailleurs affirmé lors de la campagne référendaire
avoir obligé les autorités bruxelloises à
remettre à plat le projet et à supprimer bel
et bien la notion du "principe du pays d'origine".
Pourquoi, dans ces conditions, la Fédération
Nationale des Transports Routiers lance-t-elle des cris
d'alarme et a-t-elle récemment publié un rapport
intitulé "Le livre noir du transport routier
français", sous-titré "7 ans de
régime Bolkestein" ?
Tout simplement parce que là encore on nous a trompés,
que les promesses politiques n'étaient que des leurres
et que le principe existe déjà bel et bien
! Les chiffres actuels sont alarmants : rien que depuis
le 1er janvier 2005, 379 entreprises de transport de marchandises
ont été placées en redressement ou
en liquidation judiciaire avec pour conséquence directe
de très nombreuses suppressions d'emplois.
Les transports internationaux intracommunautaires
ont en effet été totalement libéralisés
en Europe depuis le 1er juillet 1998 sans harmonisation
fiscale, sociale ni légale, donnant à tout
transporteur de l'Union européenne la possibilité
de réaliser des transports intérieurs dans
un autre pays de l'Union (cabotage) avec pour seule réserve
que ces transports soient effectués "de manière
temporaire et dans le respect de certaines réglementations
du pays d'accueil"... Ces notions extrêmement
floues entraînent abus et fraudes, les contrôles
étant largement insuffisants : ainsi en 2004, sur
153 000 camions contrôlés, seulement 4 000
ont été immobilisés dont la moitié
pour des raisons de conditions de travail et 53 pour des
raisons de réglementation.
On est vraiment là au coeur de l'esprit
de la directive Bolkestein : les chauffeurs communautaires
traversant notre territoire ou venant travailler en France
ne sont pas soumis aux tarifs et aux lois françaises...
Cette logique de dumping social, chère à la
Commission européenne, entraîne des conséquences
dévastatrices pour les entreprises nationales qui
ne cessent de perdre des marchés à l'international
comme sur leur propre territoire, les transporteurs français
ne pouvant absolument pas rivaliser face à des entreprises
à faible coût de main d'oeuvre, sans protection
sociale, et régies par des législations laxistes
à l'opposé de la législation française
qui fait peser sur eux des contraintes très lourdes.
Ainsi, ils ont à supporter une TIPP, taxe professionnelle,
particulièrement élevée : on enregistre
un écart de 84 % avec le pays le moins taxé,
la Lettonie. Les temps de travail français sont les
plus faibles d'Europe, encore accrus par une obligation
de "temps de service" propre à la France,
rendant nos camionneurs non rentables face à la concurrence.
Les coûts horaires français sont les plus élevés
d'Europe entraînant là aussi une concurrence
faussée face à de nombreux pays de l'Est dont
les coûts sociaux sont jusqu'à quatre fois
moindres (en 2004, le coût annuel d'un conducteur
français était de 45 000 euros contre 13 000
pour le Polonais et 12 000 pour le Hongrois !). Enfin, le
coup de grâce est donné par les records actuels
atteints par le prix du pétrole, hausse non compensée
en France par une baisse de la fiscalité.
Face à la grogne grandissante des
camionneurs français, le gouvernement a récemment
dû prendre quelques mesures : durée du cabotage
fixée (30 jours consécutifs ou 45 jours annuels)
et sanctions en cas de non-respect... Mais est-ce vraiment
ces mesures cosmétiques qui vont pallier les graves
problèmes de concurrence déloyale qui touchent
de plein fouet notre tissu économique ? Et la Commission
européenne ne va-t-elle pas sanctionner ces décisions
de nature à protéger notre marché et
qui vont à l'encontre de son principe de "concurrence
libre et non faussée" ?
Est-ce vraiment l'Europe que nous
voulions : cette Europe "rouleau compresseur",
uniformisatrice, ne tenant nullement compte des spécificités
de chacun, cette Europe arrogante, disciplinaire et autoritaire
? Voilà la vraie question posée...