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Affaire "Leyla Zana" - la Turquie se paie la tête du Parlement européen
par Georges Berthu, le 23 avril 2004

Les institutions européennes, et le Parlement européen en particulier, sont bien mal récompensés de leurs efforts pour faire entrer la Turquie dans l'Union. En effet, en poursuivant ses persécutions contre Leyla Zana, en dépit de la réprobation européenne unanime, l'Etat turc montre qu'il entend bien ne se laisser influencer en rien dans ses pratiques détestables.

Mme Leyla Zana avait été condamnée en 1994 à quinze ans de prison, avec d'autres parlementaires, en raison de leurs activités politiques en faveur des droits fondamentaux de la population kurde. En 1995, le Parlement européen avait donné son prix Sakharov annuel à Leyla Zana, en réprouvant sa condamnation. Mais elle est restée en prison. Or le 17 juillet 2001, le Cour européenne des Droits de l'Homme de Strasbourg avait constaté le manque d'indépendance et d'impartialité de la Cour de Sûreté de l'Etat d'Ankara, ce qui avait amené les autorités turques à recommencer le procès. Or la Cour de Sûreté de l'Etat d'Ankara vient de confirmer à nouveau la sentence de 1994 : quinze ans de prison ferme contre Leyla Zana et les autres parlementaires !

Evidemment, cette sentence est en complète contradiction avec la respectabilité à laquelle la Turquie prétend lorsqu'elle présente sa candidature à l'Union européenne.

Le 22 avril, le Parlement européen a voté une résolution pour regretter toute cette affaire. Il ne pouvait pas faire moins, puisqu'il est le premier bafoué. Mais cela ne l'a pas empêché de voter en même temps une résolution qui approuve un plan de réunification de Chypre très avantageux pour la Turquie (voir nos commentaires sur le même site).

Comble d'hypocrisie, le Parlement européen a déclaré, au paragraphe 3 de sa résolution, qu'il "déplore l'exploitation que font de l'affaire Zana ceux qui souhaitent empêcher le processus de réforme en Turquie". Bientôt, ce sera de notre faute!

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