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DE L'EUROPE
Un traité refondateur pour l'Europe
21 mai 2002
Le numéro spécial de notre
Lettre "Europe des Nations" présente un
projet d'orientation pour un traité refondateur de
l'Union européenne, respectant la souveraineté
des nations. Ce texte a été adressé
par les six députés européens du Mouvement
Pour la France à Valéry Giscard d'Estaing,
Président de la "Convention" réunie
à Bruxelles dans le but de réfléchir
à l'avenir de l'Union.
Pourquoi avons-nous pris cette initiative
?
La "Convention", dont les travaux
viennent de débuter, doit proposer des réformes
des traités à la prochaine Conférence
Intergouvernementale (2004), pour adapter l'Union à
l'élargissement et lui permettre de relever les défis
de la démocratie et de la mondialisation. Dès
sa première réunion, les medias ont proclamé
en choeur que cette enceinte devrait "ouvrir la voie
vers une Constitution pour l'Europe". Les sondages
réalisés par la Commission à la même
époque ont montré qu'une vaste majorité
de citoyens des pays d'Europe semblait applaudir à
cette idée. Mais que signifie l'expression "Constitution
européenne" ? La plus grande incertitude règne
à ce sujet.
C'est pourquoi nous avons souhaité
préciser sans attendre notre conception d'un "traité
refondateur" ou "traité fondamental".
La petite camarilla fédéraliste
qui, appuyée sur les eurocrates, voudrait téléguider
en sous-main les travaux de la Convention, a une idée
bien précise de cette Constitution : elle devrait
installer définitivement au niveau européen
le pouvoir supranational dont les bases figurent déjà
dans les traités, notamment après Maastricht,
Amsterdam et Nice (ce dernier n'étant pas encore
ratifié à ce jour par tous les Etats membres).
Elle devrait donc selon eux :
- avoir une valeur juridique supérieure
aux Constitutions nationales,
- généraliser le vote à la majorité,
y compris, d'une manière ou d'une autre, pour la
révision du texte européen lui-même.
Mais à côté de cette
"Constitution" au sens strict, loi suprême
d'un super-Etat ou d'un pouvoir supranational équivalent,
on entend à la Convention beaucoup d'autres interprétations
du mot. Certains expliquent qu'il faut le comprendre dans
un sens très large : un acte qui "constitue"
une organisation quelconque. Par exemple, Peter Hain, représentant
du gouvernement britannique à la Convention, répondait
à un journaliste qui avait soulevé le problème
: "Et alors ? La BBC a bien une constitution, le parti
travailliste a bien une constitution... ". Dans cette
acception très vague, la "Constitution européenne"
est synonyme de "statuts européens", et
elle n'est pas forcément supérieure aux Constitutions
nationales - elle peut même leur être inférieure.
Dans ce flou artistique, le Président
Valéry Giscard d'Estaing a glissé sa petite
touche. Au cours de son discours inaugural du 26 février
2002, il a d'abord parlé de "Constitution",
puis, se reprenant, de "traité constitutionnel".
Ce n'est pas la même chose. La Constitution suppose
un peuple unique, et le traité au contraire plusieurs
peuples qui contractent entre eux. Le "traité
constitutionnel", comme la "fédération
d'Etats-Nations" de Jacques Delors, ne fait qu'allier
des contraires pour obscurcir encore le débat.
Qui pourrait y comprendre quelque chose
? Mais précisément, n'est-ce pas là
une confusion délibérée, comme d'habitude,
pour que les gens n'y comprennent rien ? Les vieilles méthodes
européennes de trucage des choix ont la vie dure,
tout simplement parce que l'objectif est toujours le même
: enlever petit à petit aux citoyens tous leurs pouvoirs
sans qu'ils ne s'en aperçoivent, afin qu'ils ne puissent
plus réagir le jour où ils sont agressés
(dans tous les sens du terme).
Pour leur part, les députés
du Mouvement Pour la France veulent une Europe qui maintienne
le pouvoir des citoyens, et même qui l'accroisse par
une saine coopération reposant sur le respect des
démocraties nationales. Le texte refondateur à
venir (quel que soit son nom) doit proclamer ce principe
: dans l'Union européenne, les démocraties
nationales possèdent la légitimité
première, et leurs Constitutions ont une valeur juridique
supérieure.
C'est pour essayer de clarifier ce débat,
pour donner aux mots leur véritable sens, et pour
éclairer le choix des citoyens, que les
députés MPF ont rédigé le projet
qui figure dans les pages suivantes. 