ACTUALITES > LA CONVENTION SUR L'AVENIR
DE L'EUROPE
Pour la Convention, "simplification"
= "fédéralisation"
par Georges Berthu, le 6 décembre
2002
Le groupe de travail "Simplification"
de la Convention, présidé par Giuliano Amato,
a rendu ses conclusions lors de la réunion plénière
du 5 décembre. Les habitués des négociations
européennes n'ont pu s'empêcher de sourire
(pour certains, tristement) : car en dehors de quelques
idées nouvelles correspondant à de réelles
avancées (par exemple concernant la procédure
budgétaire), le groupe de travail a surtout ressorti
de vieilles propositions fédéralistes qu'il
présente, non pas sous l'angle de leurs effets supranationaux,
mais sous l'angle d'un prétendu effet simplificateur.
Nous sommes donc ici à la limite de
l'imposture : le groupe essaie d'occulter des choix politiques
de la plus grande importance, en essayant de leur donner
l'apparence la plus banale et la plus technique possible,
celle de la simplification.
On ne peut s'empêcher de penser, à
cet instant, qu'il s'agit là de la méthode,
non pas du seul groupe de travail "Simplification",
mais bien de l'ensemble de la Convention. Par exemple :
la "simplification" des traités par unification
(ce qui tend à favoriser la "communautarisation"
des procédures intergouvernementales), ou la "simplification"
des statuts juridiques par extension de la personnalité
juridique de la Communauté à l'Union. Il faut
dénoncer cette imposture en voie d'extension.
Pour ce qui concerne le groupe de travail
"Simplification", les mesures faussement anodines,
qui cachent en réalité des choix politiques
majeurs dans le sens supranational, sont les suivantes :
1 - Pour "simplifier", la procédure
de codécision, qui accorde des pouvoirs considérables
au Parlement européen (1), "deviendrait la
règle générale pour l'adoption des
actes législatifs" (page 15 du rapport).
2 - Pour faire bonne mesure dans la "simplification"
précédente, la majorité qualifiée
au Conseil serait étendue à tous les cas de
codécision (page 14 du rapport)
3 - Pour "simplifier" le travail
du législateur européen, des actes législatifs
pourraient être délégués ...
à la Commission bien sûr (page 10 du rapport).
C'est un pouvoir considérable qui serait ainsi accordé
au collège.
4 - La procédure budgétaire
serait "simplifiée" par suppression des
cas où le Conseil a le dernier mot sur les dépenses
(dépenses dites obligatoires). Dans tous les cas,
le Parlement européen aurait donc le dernier mot
( page 19 du rapport).
5 - La "simplification" des instruments
juridiques communautaires (qui deviendraient "loi",
"loi-cadre", "décision" pour
la catégorie obligatoire, et "avis" ou
"recommandation" pour la catégorie non-obligatoire)
serait étendue au titre VI TUE (coopération
policière et judiciaire en matière pénale),
aujourd'hui intergouvernemental (page 5 du rapport). Cette
normalisation pourrait donc correspondre à une communautarisation
des décisions du titre VI ... Et comme par hasard,
c'est ce que propose le rapport du groupe de travail "liberté,
sécurité, justice" (pages 5 à
10).
6 - Les trois catégories d'actes de
la politique étrangère et de sécurité
commune (PESC) prévues au titre V TUE - stratégies
communes, actions communes, positions communes - seraient
"simplifiées" pour prendre une seule dénomination,
celle de "décisions PESC". Comme les "stratégies
communes" sont aujourd'hui décidées à
l'unanimité, et les deux autres catégories
à la majorité qualifiée (article 23
TUE), la "simplification" correspondrait à
une plus grande obscurité... à moins qu'on
ne décide ultérieurement de tout "simplifier"
à nouveau en généralisant l'usage de
la majorité qualifiée (pages 5-6 du rapport).
Enfin, à titre accessoire, et toujours
pour "simplifier", le règlement européen
s'appellerait "loi" et la directive européenne
s'appellerait "loi-cadre". Ainsi le groupe de
travail pense-t-il sans doute donner aux textes européens
une petite légitimité supplémentaire,
par transfert de l'estime que les citoyens portent à
leurs lois nationales... Il n'est pas exclu que le système
fonctionne en sens inverse, et que la nouvelle formule ne
finisse par délégitimer les lois nationales...
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(1) En application de la codécision, le Parlement
européen peut bloquer tout acte communautaire qui
ne lui plaît pas, y compris un acte qui serait voulu
par les quinze gouvernements des Etats membres réunis
(article 251 TCE).