ACTUALITES > LA CONVENTION SUR L'AVENIR
DE L'EUROPE
Réunion plénière
des 12-13 septembre 2002 : les fédéralistes
rencontrent de la résistance
par Georges Berthu, le 13 septembre
2002
L'équipe fédéraliste
de la Convention, formée des députés
européens et des représentants de la Commission
a encore déployé beaucoup d'activités
lors de la réunion plénière des 12-13
septembre 2002. Toutefois, elle n'a pas eu la tâche
facile.
Subsidiarité : la revendication d'un
vrai contrôle
Rendant compte des travaux du groupe de travail
"subsidiarité", son président Inigo
Mendez de Vigo (député européen PPE,
fédéraliste) a expliqué que pour mieux
protéger la subsidiarité il pouvait être
envisagé de donner aux Parlements nationaux un droit
"d'alerte rapide" avant l'adoption des textes,
et ensuite, au cas où l'alerte aurait été
infructueuse et où le texte aurait été
adopté, un droit de saisir la Cour de Justice. Cette
proposition est visiblement destinée à "botter
en touche" pour éviter de donner aux Parlements
nationaux le dernier mot sur les questions de subsidiarité,
et pour les soumettre à la Cour de Justice comme
de vulgaires assemblées locales.
M. Mendez de Vigo s'est fait remettre à
sa place par Hubert Haenel, représentant du Sénat
français, qui a expliqué que donner le contrôle
de la subsidiarité à la Cour de Justice ou
à une quelconque autre institution communautaire,
c'est comme "confier à l'ours la garde du
pot de miel". Hubert Haenel a réaffirmé
avec raison que seuls les Parlements nationaux doivent être
compétents sur ce point (malheureusement il pense
que les Parlements nationaux doivent être chargés
du contrôle de la subsidiarité "collectivement",
alors que nous pensons qu'ils doivent en être responsables
"individuellement", chacun étant le gardien
des intérêts et de la souveraineté de
son pays).
Question pertinente de Valéry Giscard
d'Estaing sur la personnalité juridique de l'Union
Le meilleur moment de la réunion du
12 septembre a sans doute été l'échange
Amato-Giscard d'Estaing sur la personnalité juridique
de l'Union européenne. Giuliano Amato, président
du groupe de travail "subsidiarité", a
en effet expliqué qu'il s'acheminait vers la conclusion
qu'il faudrait accorder la personnalité juridique
à l'Union européenne (la Communauté
l'ayant déjà). Comme par hasard, cette proposition
concorderait très bien avec l'idée de Constitution
européenne, et elle offrirait aussi plusieurs possibilités
d'extension des compétences de l'Union, par exemple
la signature de traités internationaux en son nom
propre. Après l'avoir écouté, le président
Valéry Giscard d'Estaing lui a signalé qu'il
existait encore une question non résolue : "quelle
serait la nature de cette personnalité juridique
? Celle d'un Etat ou celle d'une organisation internationale
?", ajoutant aussitôt qu'il ne demandait
pas de réponse immédiate à sa question.
Cette remarque a jeté l'effroi chez
les fédéralistes qui, bien entendu, veulent
progresser pas à pas vers le super-Etat sans expliciter
leur objectif. La "méthode Giscard" les
met au pied du mur, car officiellement ils ont toujours
clamé qu'ils n'étaient pas favorables à
un super-Etat européen.
Le monopole d'initiative de la Commission
en discussion
Gianfranco Fini, représentant
du gouvernement italien, a levé un beau lièvre
lorsqu'il est intervenu le 12 septembre pour proposer de
ne plus laisser à la seule Commission le monopole
d'initiative des textes européens, mais de donner
ce droit également au Parlement européen et
aux Parlements nationaux. Michel Barnier, représentant
la Commission, a aussitôt contre-attaqué en
expliquant qu'en réalité les textes proposés
par la Commission lui ont été la plupart du
temps suggérés par une autre institution.
Mais cette argumentation paraît faible : si vraiment
le monopole d'initiative a si peu d'importance, pourquoi
la Commission n'accepte-t-elle pas de le partager ? En réalité,
tout le monde sait bien que la Commission en tire un pouvoir
immense, ne serait-ce qu'en sélectionnant des suggestions
de diverses origines. Il n'existe aucune raison, du point
de vue démocratique, pour ne pas donner le droit
d'initiative aux élus du peuple.
Le lendemain 13 septembre, plusieurs "conventionnels"
sont revenus à la charge en demandant à leur
tour l'ouverture du monopole d'initiative. Michel Barnier,
visiblement ulcéré, a dû le défendre
encore une fois avec des arguments qui, au fil de la discussion,
apparaissaient tous plus contestables les uns que les autres.
Tout se passe comme si la Commission pensait qu'elle seule
est capable de connaître l'intérêt général,
et que personne d'autre dans l'Union ne peut en avoir la
moindre idée. Visiblement, voilà une discussion
intéressante qui va prospérer dans les mois
à venir.