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ACTUALITES > LA CONVENTION SUR L'AVENIR DE L'EUROPE


Protocoles sur les Parlements nationaux et la subsidiarité : la Convention se paie la tête des Etats membres
par Georges Berthu, le 18 mars 2003

Les deux projets de protocoles examinés en séance plénière de la Convention le 18 mars 2003 (sur les Parlements nationaux d'une part, sur l'application des principes de subsidiarité et de proportionnalité d'autre part) montrent un profond dédain envers la légitimité fondamentale des nations. Sur certains points, la rédaction sortie du Praesidium montre même des reculs par rapport aux propositions des groupes de travail, qui pourtant n'étaient pas bonnes.

Le protocole sur les Parlements nationaux ne fait guère que reprendre le protocole correspondant du traité d'Amsterdam, lequel ne faisait que prévoir certaines modalités de l'information des Parlements nationaux. La principale innovation du nouveau protocole se trouve à l'article 8, qui dit que "le Parlement européen examine avec les Parlements nationaux comment promouvoir de façon efficace la coopération interparlementaire au sein de l'Union européenne". Mais il s'agit d'une simple déclaration d'intention, sans contenu juridique précis.

Le protocole sur l'application des principes de subsidarité et de proportionnalité présente pour l'essentiel la procédure "d'alerte précoce" ("early warning") qui avait été proposée par le groupe de travail "Subsidiarité". Elle est complètement creuse, et plus creuse encore après le passage du Praesidium. Voici la description de ses principales étapes :

- dans les six semaines qui suivent la transmission d'une proposition législative de la Commission, tout Parlement national peut adresser aux institutions européennes "un avis motivé" exposant pourquoi il estime que la proposition en cause n'est pas conforme au principe de subsidiarité. Les institutions "tiennent compte" de ces avis motivés ;

- si un tiers au moins des Parlements nationaux émettent de tels avis motivés, la Commission est "tenue de réexaminer sa proposition". Mais cela ne veut pas dire qu'elle doit obligatoirement la modifier. Après l'avoir réexaminée, elle peut aussi décider de la maintenir ;

- si la proposition est finalement adoptée malgré des avis contraires, tout Etat membre possède toujours, en application de l'actuel article 230 TCE, le droit de saisir la Cour de Justice. Des recours peuvent être introduits aussi par le Comité des régions.

Cette procédure appelle de notre part les observations suivantes :

- à aucun moment les Parlements nationaux, ou même les Etats membres n'obtiennent un droit de veto sur les questions de subsidiarité, ce qui doit être logiquement leur revendication de base dans ce domaine ;

- toute la procédure montre un profond sentiment de supériorité, voire de dédain des institutions européennes par rapport aux Parlements nationaux : la Commission n'est obligée à rien, même après avoir reçu des avis motivés d'un tiers des Parlements nationaux (1) ; la Cour de Justice décide finalement et en toute liberté de l'interprétation des limites des compétences nationales ;

- il n'est même pas prévu de droit de recours des Parlements nationaux devant la Cour de Justice, comme le groupe de travail "Subsidiarité" l'avait proposé. C'est les Etats membres qui exerceront ce droit, qu'ils possèdent d'ailleurs déjà en application du traité actuel, et qui visiblement ne sert à rien. On rappellera pour mémoire qu'en tout état de cause les Parlements nationaux n'ont pas, selon nous, à aller s'aplatir devant la Cour de Justice. Ils doivent avoir un droit de veto, purement et simplement ;

- dérision suprême : le projet de protocole ne prévoit pas ce droit de recours pour les Parlements nationaux, mais il le prévoit pour le Comité des régions (article 8) ! On a même entendu le représentant du gouvernement belge, M. Louis Michel, demander le droit de recours au profit de chaque région, alors qu'il le refuse pour les Parlements nationaux.

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(1) Un amendement cosigné par Pierre Lequiller, président de la délégation de l'Assemblée Nationale française, demande que le seuil de 1/3 soit élevé à 2/3, alors même que les avis motivés des Parlements nationaux n'engagent la Commission à rien ! On croit rêver !

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