ACTUALITES > LA CONVENTION SUR L'AVENIR
DE L'EUROPE
Surprenantes propositions franco-allemandes
dans le domaine de la police et de la justice
par Georges Berthu, le 10 décembre
2002
Les ministres des affaires étrangères
d'Allemagne et de France, MM. Joshka Fischer et Dominique
de Villepin, ont remis à la Convention un surprenant
document présentant des propositions conjointes dans
le domaine de la police et de la justice. Sur la forme,
on est frappé par le ton tranchant et expéditif.
Sur le fond, certaines propositions vont très loin.
Qu'on en juge :
- Procureur européen : "L'autorisation
de créer un parquet européen sera introduite
dans le traité". On est frappé par
le "sera", comme si la France et l'Allemagne étaient
seules à décider. Même le groupe de
travail de la Convention consacré à l'espace
de "liberté, sécurité et justice"
n'a pas osé aller aussi loin : il se borne à
constater les désaccords entre ses membres, et à
préconiser que les compétences d'Eurojust
(organisme intergouvernemental) puissent évoluer,
le cas échéant, vers la création d'un
parquet européen. On note au passage que le représentant
du Bundesrat allemand à la Convention, Erwin Teufel,
a contredit aussitôt Joshka Fischer en déclarant
que "avant la création d'un parquet européen,
il convient d'examiner attentivement si celle-ci apporterait
véritablement une valeur ajoutée par rapport
à une coopération améliorée
entre les autorités nationales responsables des poursuites".
- "Autorité policière"
européenne : le document franco-allemand tranche
avec les positions traditionnelles de la France, qui avait
toujours refusé qu'Europol puisse avoir des compétences
opérationnelles sur le territoire français.
Notre nouvelle position s'aligne complètement sur
celle de l'Allemagne : "nous avons pour objectif
d'attribuer à Europol le droit de mener des enquêtes"...
"Europol deviendra ainsi une autorité coercitive
européenne"... "il peut également
être prévu que les forces de police d'un Etat
membre soient autorisées à exercer sur le
territoire d'un autre Etat membre des droits de souveraineté
dans certains cas de figure...". Cette dernière
phrase, entre autres, apparaît d'une tonalité
complètement inédite.
- Politique d'asile et d'immigration
: le document franco-allemand veut appliquer la majorité
qualifiée dans le domaine des visas, de l'asile,
de l'immigration et du contrôle des personnes aux
frontières. Il est donc favorable à l'accélération
de l'application du traité de Nice, qui nous prive
de notre souveraineté dans ce domaine. Il ajoute
même : "une échéance sera fixée
pour la création d'une police européenne des
frontières dotée de compétences de
souveraineté...". Encore des compétences
de souveraineté pour la police !
- Architecture institutionnelle
: le document franco-allemand est favorable à la
suppression du caractère intergouvernemental des
affaires de police et de justice au niveau européen,
sous réserve de quelques nuances et de quelques modalités
transitoires. L'objectif selon lui devrait être l'application
générale de la procédure communautaire
de codécision, avec majorité qualifiée
au Conseil.