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ACTUALITES > LA CONVENTION SUR L'AVENIR DE L'EUROPE


Rapport "Action extérieure" - Vers un "ministre des affaires étrangères" de l'Union ?
par Georges Berthu, le 23 décembre 2002


Le rapport Dehaene présenté le 20 décembre 2002 à la Convention (voir rubrique voisine à ce sujet) prévoit une disposition-phare : la création d'un "Représentant européen pour les affaires extérieures" (1) qui cumulerait les fonctions exercées par le Haut Représentant pour la PESC (actuellement le secrétaire général du Conseil, Javier Solana) et celles du Commissaire chargé des relations extérieures (actuellement le Commissaire Chris Patten). Cette proposition ressemble fort à celle présentée par la Commission dans sa communication du 4 décembre 2002 (page 12). Elle est tout à fait défendable au nom d'une cohérence accrue. Mais elle nous semble néanmoins présenter des inconvénients sérieux :

1- Bien que tout le monde reconnaisse qu'il est indispensable de conserver la prééminence du Conseil, et donc des Etats membres, en matière de politique étrangère, cette proposition tire insidieusement les institutions en sens inverse. Si on la lit bien, on constate en effet que juridiquement, le "Représentant européen" serait avant tout un membre de la Commission (sans doute un vice-président), qui recevrait en plus des mandats du Conseil. La balance entre les deux fonctions ne serait donc pas égale : elle pencherait plutôt du côté de la Commission, à laquelle ce Représentant serait intégré.

2- D'ailleurs pourrait-il en aller autrement ? On voit mal comment une seule personne pourrait concilier sous sa double casquette des impératifs contradictoires : d'un côté ceux du Conseil, qui souhaite respecter la diversité des Etats membres, et veut procéder de manière intergouvernementale ; de l'autre ceux de la Commission, qui veut accaparer la représentation unique de l'Union, au détriment de la diversité des membres. Il nous semble donc que le "Représentant européen" présenté par le rapport Dehaene et par la Commission est une créature hybride au statut instable. D'ailleurs la Commission le cache à peine lorsqu'elle dit que son objectif ultime est la fusion des fonctions en son sein, sous l'autorité du président de la Commission.

*

Nous pensons pour notre part qu'il faut fermement garder la responsabilité de la politique étrangère du côté des Etats membres. Ils doivent pouvoir travailler ensemble lorsqu'ils ont des positions communes, mais aussi travailler séparément lorsqu'ils ont des intérêts différents. C'est une condition sine qua non pour préserver la souveraineté des démocraties nationales, et donc un ancrage fort de l'Union sur ses peuples.

Dans ces conditions, si l'on veut un Représentant européen, celui-ci doit être aux ordres exclusifs du Conseil, qui travaillerait lui-même en géométrie variable. Par exemple, on pourrait imaginer que le Représentant européen :

- ne serait plus le secrétaire général du Conseil, mais dépendrait directement de la Présidence du Conseil,

- présiderait le nouveau Conseil "Action Extérieure",

- aurait autorité sur le Commissaire "relations extérieures".


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(1) Appelé aussi par certains membres du groupe "Ministre des affaires étrangères de l'UE" (voir rapport, page 5).

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